ÉCONOMIE SOCIAL

Michel Rollier, gérant du groupe Michelin : "La crise n'est pas la cause de la restructuration"

Créé le 18/06/2009 à 08h02 - Mis à jour le 18/06/2009 à 10h40

Michel Rollier

Michel Rollier / AFP / Eric Piermont

Le PDG du groupe Michelin répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. "Ce n'est pas la crise, c'est notre souci de renforcer la productivité et l'efficacité de nos usines pour qu'elles fassent face à l'avenir", a dit Michel Rollier au lendemain de l'annonce de la suppression de 1.093 postes en France. Il a justifié la fermeture de l'usine de Noyelles-lès-Seclin, qui emploie 276 personnes dans le Nord : "C'est vraiment une nécessité. Ce site est trop petit, il ne peut pas faire face à la concurrence". Et d'ajouter : "Chacun aura plusieurs propositions" de reclassement, mais Michelin est "tout à fait prêt à discuter" d'un départ avec indemnisation. Ecouter aussi :
- Le plan social de Michelin concernera 1.093 salariés
- Michelin pourrait supprimer plus de 1.000 emplois en France


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Michel Rollier.

Michel Rollier : Bonjour.

La société Michelin que vous dirigez vient d'annoncer 1.093 départs volontaires de salariés dans vos usines françaises. Pas de licenciement, assurez-vous, des reclassements, des départs à la retraite. Qu'est-ce qui a motivé votre décision, Michel Rollier ?

Ecoutez, c'est une décision qui n'est pas du tout dictée par la crise dans laquelle nous sommes aujourd'hui mais qui traduit bien les grandes orientations stratégiques que nous avons en France qui est, en particulier, de garder une base industrielle solide en France ; mais ça, ça suppose d'avoir des usines très compétitives alors même que nous étions souvent en retard. Alors, ça veut dire souvent des usines très automatisées mais surtout spécialisées qui leur permettent de faire face à une concurrence qui, vous le savez, s'est beaucoup renforcée ces dernières années.

Pas la crise ! Michel Rollier, on est étonné quand on entend ça. On sait que le marché du pneu ne va pas bien. Tous vos concurrents procèdent comme vous ?

Nous sommes confrontés à une crise qui, vous avez raison de le dire, est extrêmement violente. J'ai même employé, je crois, lors de l'assemblée générale... Une crise terrible avec des chutes d'activités sur le premier trimestre - notre activité était en chute de 25%. Nous avons certains clients dont l'activité a chuté de 80%. Vous voyez, c'est absolument colossal ; mais cette crise, nous y faisons face. Nous tenons et nous tenons par une gestion extrêmement resserrée.

Mais les départs de plus de 1.000 salariés de votre groupe, c'est quand même la crise qui le motive ?
 
Non, ce n'est pas la crise. Encore une fois, c'est vraiment notre souci de renforcer la productivité, l'efficacité de nos usines, encore une fois pour qu'elles fassent face à l'avenir et qu'elles soient vraiment durables.

Le plan que vous présentez, Michel Rollier, pour Michelin est critiqué de deux manières : d'abord, vous avez les usines dans beaucoup de pays ; et pourtant, vos mesures ne concernent que la France. Michelin ferait de la délocalisation sans le dire, expliquent ceux qui critiquent votre plan ?

Alors, nous avons des usines dans beaucoup de pays. Nous avons annoncé, il y a deux mois, la fermeture d'une très grosse usine dans l'Alabama aux Etats-Unis. Nous avons au cours du quatrième trimestre de l'année dernière, annoncé la fermeture d'une usine en Italie, et d'une en Espagne. Donc, nous ne visons absolument pas la France, au contraire... Nous essayons d'avoir partout des outils efficaces parce que vraiment, encore une fois, nous avons une concurrence qui est loin d'être facile, je tiens à vous le dire. Alors délocalisation ! Vous savez, les usines françaises exportent une très grande partie de leur production dans tous les pays.

Donc, le procès qui vous est fait, ne vous paraît pas juste ?

Absolument pas. Nous investissons, bien entendu, sur les nouveaux marchés ; mais vous savez, nos investissements en Chine ou dans certains pays d'Europe de l'Est ne suffisent même pas à suivre la croissance de ces marchés.

La deuxième critique, Michel Rollier, porte sur votre décision de fermer le site de Noyelles-les-Seclin à côté de Lille : 276 salariés sont concernés. Une minorité partira à la retraite, vous faites des propositions de reclassement aux autres. Mais les salariés sur le site ont du mal à comprendre pourquoi vous fermez ce site ? Quelles sont vos raisons, Michel Rollier ?

Bon écoutez, très clairement, c'est un site qui est trop petit pour avoir une vraie compétitivité et nous n'avons pas le moyen ou la possibilité d'en augmenter la taille alors qu'au contraire, en le regroupant avec un site qui a les mêmes équipements à Clermont Ferrand, nous pouvons vraiment avoir une base solide pour ces pneus très haut de gamme. Donc, c'est vraiment une nécessité. Nous ne pouvons pas maintenir ce site. Il est trop petit. Il ne peut pas faire face à la concurrence.

Beaucoup de ces salariés que nous avons interrogés depuis l'annonce de la fermeture, donc à côté de Lille, disent ne pas vouloir quitter le Nord. Ils souhaitent plutôt négocier avec vous, peut-être des indemnités, quelque chose de cette nature, y êtes-vous prêt, Michel Rollier, pour Michelin ?

Ecoutez, on est très ouvert. Vous savez, le personnel de l'usine de Lille est un personnel très hautement qualifié. Alors, bien sûr, nous notre souhait compte tenu de sa qualification c'est de le garder et qu'il accepte les propositions que nous leur ferons dans nos autres usines. Chacun aura plusieurs propositions. Maintenant s'ils souhaitent rester à Lille -et je sais qu'ils auront la possibilité compte tenu de leurs compétences, ils auront beaucoup d'offres-  nous sommes tout à fait prêts à discuter avec eux, bien entendu.

Alors, la politique se mêle évidemment du dossier Michelin parce que Michelin représente quelque chose d'important dans la société. On a, par exemple, vu Martine Aubry sur le site de Noyelles-les-Seclin, ça vous embête que les responsables politiques s'occupent de vos affaires ou que vous considérez que c'est la règle du jeu ?

Ah, je pense que c'est la règle du jeu, si vous voulez. Une personne politique ne peut pas être indifférente à des suppressions d'emploi, c'est bien évident. Ce que je demande au personnel politique français, c'est de reconnaître que Michelin est une des entreprises qui fait des efforts considérables pour garder, d'une part, un très gros centre de recherche mondial en France, un siège mondial en France en Auvergne, et aussi une base industrielle forte. Ce que nous essayons de faire actuellement, c'est de renforcer Michelin en France.

On note aussi la demande de Christine Lagarde. Elle dit que vous êtes concernés par une obligation de revitalisation des sites industriels quand vous les quittez. Vous vous êtes penché sur cette question à propos du site...

Absolument mais je crois que nous avons surtout démontré, que ce soit notamment avec l'usine de Toule que nous avons fermée, l'année dernière, notre capacité à nous engager dans ce domaine et à réussir. Ca là-dessus, je dirais qu'il n'y a pas de soucis à se faire. Michelin a toujours assumé l'entièreté de ses obligations et même au-delà.

Vous le disiez, votre production a baissé de 25% au premier trimestre. Carlos Ghosne dans le "Herald Tribune", le PDG de Renault Nissan, dit que selon lui, le marché automobile ne redémarrera pas avant 2001. Les perspectives pour vous, pour le marché du pneumatique, sont sombres, Michel Rollier ?

Ecoutez, on n'est pas très optimiste et effectivement, nous ne voyons pas de véritables reprises avant le milieu ou la fin de l'année 2010. Cela dit, il y a quand même un élément à prendre en compte : sur  les derniers mois de 2008 et les premiers mois de 2009, nous avons eu en plus à faire face à un gigantesque destockage de tous nos clients. Ce destockage paraît approcher de son terme. Ce devrait nous permettre d'avoir une activité qui remonte un petit peu. Mais oui, notre devoir est de rester prêt à faire face à des moments difficiles.

Si la production se maintient au niveau où elle est aujourd'hui, vous en avez terminé avec des plans sociaux en France ?

Encore une fois, ce plan de départs volontaires n'est pas lié à la crise. Il est lié à notre souci de renforcer notre base industrielle. Pour faire face à la crise, nous avons effectivement beaucoup réduit l'activité de nos usines, surtout pendant les mois d'avril et de mai. Nous l'avons fait par l'annualisation du temps de travail. Nous l'avons fait en faisant beaucoup de formations, et effectivement un petit peu de chômage technique que nous nous efforçons d'indemniser d'ailleurs dans de très bonnes conditions, je crois qu'on peut le dire.

Dans cette année 2009 qui est une année évidemment très difficile, Michelin va gagner de l'argent ou en perdre ?

Ecoutez, ça je ne peux pas vous répondre aujourd'hui. Nous sommes très prêts de la fin du semestre, donc dans une période pendant laquelle il est préférable de ne pas communiquer sur les prévisions de résultats. Mais nous avons un objectif - et celui-là, j'y tiens dans cette période difficile - c'est de dégager un cash flow libre positif.

Ah ça, c'est une formule : "cash-flow libre positif" ! Michel Rollier, président de Michelin, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

Publicité

J’ai besoin de :
Ménage
Garde d’enfants
Jardinage
Aide aux Seniors

Publicité

Publicité