Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 11/03/2010 à 10h30 - Mis à jour le 11/03/2010 à 10h41

Louis Gallois à RTL, le 15 juin 2009 / La rédaction de RTL
Le président du groupe européen EADS répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Il est "légitime" que l'Europe demande des explications aux Etats-Unis après le retrait d'EADS de l'appel d'offres sur le contrat des avions ravitailleurs, a estimé Louis Gallois, tout en jugeant "improbable" un retour de son groupe dans la course. Interrogé sur un retrait définitif d'EADS de la compétition, il a dit : "On va voir", alors que l'appel d'offres expire dans "soixante jours".
Ecouter aussi :
- EADS - Avions ravitailleurs américains : Fillon se fâche
- Eric Zemmour : "Avions ravitailleurs : quelle leçon !" (vidéo)
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Louis Gallois.
Louis Gallois : Bonjour.
Nous sommes en pleine crise diplomatique entre l'Europe et les Etats-Unis. EADS que vous présidez était le favori d'un appel d'offres visant à renouveler la flotte d'avions ravitailleurs de l'US Air Force. A la clef, un gigantesque contrat de 35 milliards de dollars ; et puis, les autorités américaines ont décidé, ces derniers jours, de modifier les conditions de cet appel d'offres. Ce qui revient à avantager votre grand rival américain Boeing. Du coup, vous avez retiré EADS de la compétition. Le gouvernement français, les autorités européennes dénoncent le protectionnisme américain. Selon vous, Louis Gallois, le retrait d'EADS de cet appel d'offres est-il définitif ?
D'abord, je voudrais dire que je ressens une énorme frustration. C'est clair. On travaille sur cet appel d'offres depuis cinq ans avec Northrop, notre partenaire américain, c'est un travail qui nous a conduit en 2008 à gagner cet appel d'offres puisque c'est une affaire qui a une histoire.
Et puis, il a été annulé.
Il a été annulé pour des questions juridiques qui n'ont rien à voir avec la qualité de l'avion qui a été reconnu comme étant le meilleur. Et puis là, on nous représente un appel d'offres qui, comme vous venez de le dire, donne un avantage décisif à l'avion de Boeing qui est plus petit que le nôtre et moins capable, moins moderne.
Alors, on peut dire ce que l'on veut là-dessus. La conséquence c'est que le contribuable américain vraisemblablement va payer plus cher parce qu'il n'y a pas de compétition ; et deuxièmement, que l'US Air Force va avoir le matériel moins capable, moins moderne, c'est-à-dire que les Anglais, les Australiens, les Saoudiens vont avoir un matériel de meilleure qualité que les Américains pour 45 ans.
Vous en parlez comme si c'était définitif. Appel d'offres ?
Ecoutez, on va voir.
Il faut déposer les offres avant le 10 mai.
Oui.
On comprend que du moins du côté français, le gouvernement, le Président de la République souhaitent peut-être faire revenir les Américains sur leur décision. D'où ma question : est-ce que votre retrait est définitif, Louis Gallois ?
La décision de se retirer a été prise par Northrop...
Votre partenaire américain. D'accord.
... qui était le maître d'œuvre et qui connaît bien la manière dont marchent ces contrats aux Etats-Unis.
Il ne va pas se fâcher avec les autorités américaines ?
Si nous voulions rester, il faudrait trouver un autre partenaire américain parce qu'il nous faut un partenaire américain, parce que dedans, dans cet avion il y a des matériels extrêmement sensibles que nous ne pouvons pas apporter nous-mêmes. Donc, il nous faut un partenaire américain. Vous imaginez en soixante jours trouver un nouveau partenaire, monter une affaire, ça me paraît très improbable.
Donc, la colère des autorités politiques françaises, si elle est compréhensible, est vaine. Rien ne va changer, c'est terminé pour vous, Louis Gallois ?
On verra, on verra, moi je ne veux pas préjuger l'avenir. On verra.
Vous venez de dire que vous ne trouverez pas un autre partenaire en soixante jours, donc...
Non, non, mais euh... Peut-être que les Américains décideront de prolonger l'appel d'offres. On ne sait jamais. Moi je ne veux pas préjuger l'avenir ; et je pense que le fait d'exprimer la déception de l'Europe, et plus que ça, est tout à fait légitime parce qu'il y a des règles, il y a un appel d'offres qui a été monté, cet appel d'offres a été monté en 2008 d'une manière qui nous paraissait équitable et qui nous a permis de gagner. Et nous avons le sentiment, cette fois-ci, qu'il est biaisé.
Donc, c'est un préjudice pour le développement d'EADS ?
On ne peut pas dire que ça a des conséquences financières immédiates. C'est à peu près quinze avions par an. Nous en produisons 500, donc ce n'est pas quand même quelque chose qui perturbe les équilibres d'EADS ; mais ça nous permettait d'installer aux Etats-Unis une chaîne d'assemblage, donc de devenir un avionneur américain, ce qui était très important pour nous. Ceci ne pourra pas se faire puisque nous n'aurons pas ces avions à construire.
Le Président de la République sera à Washington le 31 mars. Il avait déjà fait savoir qu'il aurait l'occasion d'un dîner avec Barack Obama et hier, les sources gouvernementales indiquaient que Nicolas Sarkozy entendait en parler avec Barack Obama de cette affaire. Avez-vous eu un contact avec le Président ?
C'est ce que j'ai compris. Je n'ai pas de contact direct, mais c'est ce que j'ai compris.
Mais c'est une mission de la dernière chance, à votre avis, de la part du Président de la République ?
Moi je pense que les pays européens sont tout à fait légitimes à demander des explications aux Américains pour savoir comment cette affaire s'est passée ; et pourquoi elle prend cette tournure ? Et est-ce que ça peut faire changer les Américains de comportement ? Je n'en sais rien. On le verra. Je le souhaite évidemment.
On va suivre ça ! On parle d'un autre problème d'EADS parce que votre société est complexe ; et hélas, il y a beaucoup de problèmes. L'A380...
... Mais moins complexe que les institutions européennes. Je reprends monsieur Duhamel.
... Magnifique avion, et il continue visiblement de vous poser, là, des problèmes financiers. On a lu à l'occasion de la présentation de vos résultats, mardi, que selon des estimations officieuses, Airbus perdrait de 50 à 100 millions d'euros par avion, par A 380. C'est une estimation officielle ?
Oui, ce sont des estimations qui ne sont vérifiées par rien. Donc, je ne les confirme pas ; évidemment, ce genre de chiffres ne circulent pas dans l'entreprise.
Mais l'A380 vous coûte plus cher, pour l'instant, qu'il ne vous rapporte...
L'A380 n'est pas encore à l'équilibre, et c'est normal pour un avion qui démarre. L'A320 a mis plusieurs années avant d'être à l'équilibre et de nous rapporter beaucoup d'argent parce que l'A320 nous rapporte de l'argent. Donc, il ne faut pas s'en étonner.
Non, le problème de l'A380 c'est que c'est un magnifique avion, les voyageurs veulent voyager en 380, ils se détournent des avions classiques pour monter dans l'A380, c'est devenu une image pour les compagnies aériennes qui en disposent ; mais en même temps, nous dépensons trop d'argent pour construire chaque avion. Donc, il faut qu'on améliore les processus industriels pour réduire le coût de fabrication de cet avion.
A quel moment sera-t-il rentable ? Vous aviez fixé un seuil d'équilibre en octobre 2006 - j'ai lu ça - à 420 appareils.
C'est une information que je ne donne pas habituellement, cette information...
Habituellement, mais là vous faites une exception ?
Non, non je ne fais pas fait d'exception pour RTL, j'en suis désolé.
On reste dans l'habitude. Dernier dossier : l'A 400M, avion militaire européen de transport de troupes. Vos clients, c'est-à-dire les 7 Etats qui sont à l'origine du projet, vont prendre à leur compte un dépassement de devis de 3 milliards et demis d'euros. Il y en a peu près 4 milliards pour vous.
Oui, absolument.
Aujourd'hui, diriez-vous, Louis Gallois, que l'A 400M est sauvé ?
Je pense que l'A 400M est remis sur les rails grâce aux efforts des Etats ; et je tiens à les reconnaître parce que c'est très significatif ; mais c'était le plus important programme européen. C'est un avion qui va être sans concurrents dans le Monde par ses performances. Il a un très grand potentiel à l'exportation : c'est 40.000 emplois en Europe. Il fallait qu'on fasse tout ce qui était possible de faire pour le sauver. Les Etats ont fait le pas nécessaire. Nous avons fait le nôtre, 4 milliards qui font que nous sommes en perte, qui expliquent que nous sommes en perte en 2009. Nous payons le prix mais je pense que cet avion le mérite.
Combien d'avions vendrez-vous en 2010, Louis Gallois ?
Nous avons indiqué que nous livrerions de l'ordre, comme à peu près cette année où nous avons livré près de 500 avions, et nous allons prendre en commande entre 250 et 300 avions parce que nous sommes encore en période de crise.
Zéro commande en février. Vous n'êtes pas inquiet ?
Mais vous avez vu qu'hier, nous avons pris 25 A 350 avec United Airlines, ce qui est une très bonne nouvelle. Cet avion A350 sera un magnifique gagnant sur le marché.
Louis Gallois, président d'EADS, qui est une société simple à diriger, était l'invité de RTL ce matin.

Publicité
Publicité
Publicité