
Christian Menanteau
Crédit : Christian Menanteau
Conséquences économiques du vote de dimanche, le PS est en passe d'obtenir une large majorité. Est-ce que ce sera suffisant pour engranger le grand changement comme il était annoncé ? La chronique de Christian Menanteau.
C'est la grande interrogation parce que, pour mettre en œuvre les 60 engagements de campagne du candidat, le président Hollande a besoin d'un P.S qui dispose d'une majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Sans ces 289 sièges, il risque en effet d'avoir de sérieuses difficultés. Les choses sont, finalement, assez simples : la France doit, dès l'an prochain, réduire ses déficits à 3% pour respecter ses engagements d'équilibre budgétaire en 2017. La vague de taxes qui se mitonne pour cet été n'y suffira pas : les recettes d'impôts sont déjà en recul de 6% par rapport à la même période de 2011.
Celles de la T.V.A progressent actuellement deux fois moins vite que prévu. Il va donc falloir réorganiser et diminuer des pans entiers de la dépense publique, reconsidérer les subventions en tous genres, les transferts financiers aux régions, certaines dépenses sociales et, sans une majorité de fer, ce sera mission impossible. Ni Les Verts, accessoirement, ni Le Front de Gauche et le Parti Communiste, plus rugueusement, ne l'accepteront sans batailler.
Et sur le dossier de la crise européenne ?
Les conditions de sauvetage de la zone Euro sont telles qu'Angela Merkel a très habilement mis François Hollande dans une situation délicate.
Si la France veut un véritable pacte de croissance à côté de la rigueur budgétaire, il faut - dit-elle - des réformes structurelles de compétitivité. Et c'est vrai que la publication, vendredi, des chiffres dévastateurs de notre commerce extérieur, témoignent de cet effondrement et lui donne raison. Le problème, c'est que cela signifie libéraliser le code du travail, le code du commerce ou réformer la fonction publique.
François Hollande veut des Euro bonds pour sauver - dit-il - les pays en difficulté. "O.K" lui rétorque Angela Merkel mais uniquement dans le cadre d'un transfert de compétence budgétaire vers une institution fédérale. En clair : déléguer une partie du pouvoir financier. La France est-elle prête à voter une perte de souveraineté ? Ce n'est pas sûr avec un P.S doté de la majorité absolue. C'est inconcevable, me semble-t-il, si les voix du Parti Communiste et du Front de Gauche sont nécessaires.
Justement, si le président et le premier ministre dépendent des alliés du P.S sur quels dossiers devront-ils composer ?
D'abord, avec Les Verts sur le nucléaire, les gaz de schiste mais aussi avec le Parti Communiste et le Parti de Gauche sur la stratégie d'EDF, sur les dispositifs d'aide contre la précarité énergétique et même la planification des arrêts futurs des centrales. Et puis, il ne faut pas oublier le grand volet de la ré-industrialisation, celui des taxes aux frontières, la réforme bancaire, la réforme de la fiscalité. Bref, tous les points essentiels du changement et là, le gouvernement serait obligé de composer avec des alliés qui ont leur propre programme.
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10/04/2013 - 09h48
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