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Créé le 02/04/2009 à 07h50 - Mis à jour le 02/04/2009 à 10h00

Laurent Fabius / La rédaction de RTL
Le député socialiste de Seine-Maritime et ancien Premier ministre répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Laurent Fabius a estimé qu'en menaçant de quitter la table du sommet du G20 de Londres Nicolas Sarkozy avait illustré sa façon de gouverner : "Le gouvernement par bravade". Selon lui, l'attitude du chef de l'Etat relève d'une stratégie de "communication" et de ressorts "psychologiques" avec une tendance "à toujours vouloir être devant". Interrogé sur les rumeurs le disant intéressé par la présidence du groupe PS à l'Assemblée nationale, il a assuré qu'il n'était "candidat à rien".
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.
Laurent Fabius : Bonjour.
Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison de dramatiser sa participation au G20?
Non, je ne crois pas. J'ai trois explications pour cette dramatisation. Ce que j'appelle le gouvernement par bravade. Mais les bravades, en général, sont suivies de reculades. Première explication : c'est une explication de communication. Il dit : "Si ça n'est pas un succès, je m'en vais en pensant à l'a contrario : si je ne m'en vais pas, c'est que c'est un succès". Stratégie de communication.
Deuxième explication : une explication de type psychologique. Ce n'est pas la vedette dans ce sommet. C'est monsieur Obama, c'est la réalité. Et donc, il y a probablement chez monsieur Sarkozy une tendance à toujours vouloir être devant, devant.
Et puis, troisième explication un peu plus profonde, qui est une explication politique. Il va y avoir à la suite de ce G20 une réunion de l'OTAN. Et dans l'OTAN, dans la réunion de l'OTAN, l'élément central c'est l'alignement de la position de la France. Et je pense que monsieur Sarkozy en faisant son éclat qui ne sera pas suivi d'effets, veut dire : eh bien, vous voyez malgré l'alignement de la position de la France, je suis là.
Il y a peut-être une quatrième explication : on fait monter les enchères, en quelque sorte, pour obtenir quelque chose parce qu'on sait que la négociation sera difficile, notamment sur ce que l'on appelle la moralisation du capitalisme financier ?
Oui, mais tout est déjà négocié. Moi j'ai l'habitude...
C'est vrai ? Vous le savez pour dire ça ?
... On a vu déjà le compte rendu, enfin le projet final dans les journaux, ce n'est pas un mystère.
Ca peut bouger aujourd'hui peut-être ?
Oui, il y a quelques éléments, mais ça c'est classique, qui restent entre parenthèses et la conversation porte sur la parenthèse. Mais c'est marginal.
Et ce que disait Alain justement, vous ne soutenez pas le Président de la République dans sa réflexion sur la moralisation du capitalisme, la rémunération de traders, contre la titrisation...
Ah tout à fait. Non, non, au contraire, au contraire.
Vous le soutenez, vous trouvez qu'il a des bonnes idées là-dessus ?
Dans la mesure où ce sont les nôtres, oui.
Ah, c'étaient les vôtres !
Monsieur Duhamel a oublié dans sa chronologie mais il l'a dit à la fin, mais peut-être présenté différemment : l'idée de régulation, l'idée de lutte contre les paradis fiscaux, l'idée de transparence, c'est une idée socialiste. Et c'est très bien que monsieur Sarkozy qui a combattu cela pendant des années, maintenant y vienne. Alors, je vais vous donner un exemple plus précis. Donc, cet appel-là, nous le soutenons tout à fait. Nous souhaitons qu'il soit suivi d'effet.
Mais j'aurais aimé (j'en ai fait la proposition, malheureusement ça n'a pas été suivi) que par exemple, en matière de paradis fiscaux, lorsqu'il y a eu la négociation en France avec les banques auxquelles on a donné beaucoup d'argent, la contrepartie exigée, ce qui aurait donné une position plus forte en arrivant à Londres, la contrepartie exigée par la France c'est de dire : nous vous soutenons, nous apportons des fonds mais commencez, vous les banques, la BNP, la Générale et les autres, par rompre vos relations avec les paradis fiscaux. C'était tout à fait possible. Si nous l'avions fait en plus avec les Allemands, ça nous aurait donné une crédibilité en arrivant à Londres (c'est ce que j'avais proposé) plus forte. Ca, c'était du domaine de monsieur Sarkozy, il ne l'a pas fait.
De manière globale, Laurent Fabius, un accord au G20 aurait-il, selon vous, un impact positif sur le climat de crise que nous connaissons ?
Oui, oui, oui. Je pense que ce G20 est à la fois nécessaire et partiel.
Vous en souhaitez le succès ?
Bien sûr. Nécessaire parce que la crise est mondiale, parce qu'elle est profonde, parce qu'on a besoin de coopération, parce qu'il y aura des choses qui sont déjà acquises et qui sont excellentes, par exemple une augmentation du rôle du FMI avec une dotation plus grande ; mais partielle parce qu'il y a toute une série de sujets qui ne sont pas traités et qui sont très, très importants : le système monétaire international, etc. Et puis, ayant un peu l'habitude de cela, je sais qu'il y aura des pétitions de principe dont on n'est pas sûr qu'il y aura ensuite les effets.
L'application. Donc voilà.
Donc nécessaire mais partiel.
Nous verrons pour ce soir. Vous êtes Laurent Fabius (on peut le dire comme ça) un des dirigeants historiques de la Gauche. Isabelle Adjani, dans "Le Parisien" du 29 mars, qui se dit, elle, "épidermiquement de Gauche", disait ceci : "Jamais je n'aurais imaginé vivre une absence de Gauche à ce point-là". Que lui répondez-vous, Laurent Fabius ?
Que j'estime beaucoup Isabelle Adjani qui est une femme de réflexion, et qui est, je crois, profondément de Gauche. Que la Gauche est en convalescence, il faut le dire honnêtement ; mais que la Gauche n'est pas absente. On l'a vue dans toutes les mobilisations, à la fois syndicales et puis avec aussi un soutien politique. On le voit dans une série de propositions : sur la relance, sur la solidarité et on verra demain...
La formule est forte tout de même...
Oui bien sûr.
"Je n'aurais jamais imaginé vivre une absence de Gauche à ce point-là".
Mais c'est très bien qu'il y ait des aiguillons de cette sorte. Donc ça nous pousse à avancer.
Alors vous, vous pensez que la Gauche est seulement convalescente. Il y avait un sondage récent qui disait que pour 76% des Français, la Gauche n'avait pas de réponse à la crise.
J'ai vu ; mais évidemment ce n'est pas un bon sondage. En même temps, monsieur Aphatie, vous qui avez l'expérience de tout ça, il faut voir que la crédibilité ne s'acquiert qu'au moment où on s'approchent des élections. C'est une règle dans toutes les études d'opinions, bon. Et puis, concrètement, pour le Parti socialiste dont je suis l'un des membres, l'un des responsables même, on sait bien que si l'on veut une alternative à la direction très injuste et pas très efficace de monsieur Sarkozy, elle viendra du Parti socialiste.
Mais il y a énormément de progrès à faire, ça je vous le concède tout à fait. C'est la raison pour laquelle je soutiens Martine Aubry parce que je pense qu'elle a tout à fait la capacité de mener à bien ce progrès.
"L'anti-Sarkozysme primaire ne fait pas une politique". Vous savez qui dit ça ? L'un des vôtres : Pierre Moscovi.
Oui, oui, oui, c'est vrai. C'est tout à fait vrai... Il faut critiquer M. Sarkozy lorsqu'il doit être critiqué, je vais vous en prendre un exemple dans un instant ; mais en même temps, il faut avancer de nos propres positions.
Mais vous ne cédez pas à la facilité parfois ?
Peut-être. Dans ce cas-là, il faut y résister. Non, je vais en prendre un exemple : la fameuse relance. Nous serions beaucoup mieux placés en France pour dire ce que nous pensons à l'Europe et au monde, si nous mêmes nous avions un plan de relance plus fort, plus équilibré. On sait bien qu'il y a l'investissement qui est soutenu et encore ! et pas assez la consommation. Et plus juste : la fameuse affaire du bouclier fiscal. Donc, il faut que nous balayons devant notre porte en tant que Français. Il faut que nous donnions l'exemple, que nous avancions.
J'ai l'une de vos propositions. Il y en a sans doute beaucoup ; mais l'une. Proposition du Parti socialiste : accompagner les salariés licenciés et empêcher les licenciements boursiers. Et quand on lit ça, on se dit : quelle est la différence entre Olivier Besancenot et les socialistes ?
Alors, accompagner les salariés licenciés c'est notre demande qu'il y ait un accompagnement en terme de formation et aussi une indemnisation plus longue parce que la chômage croît et va malheureusement encore croître.
Et les licenciements boursiers ?
Et faire la différence entre licenciements boursiers et licenciements d'aubaine, eh bien sous le contrôle du juge, il y a dans cette crise des licenciements qui sont parfaitement justifiés et ça, c'est une différence avec monsieur Besancenot qui dit : jamais aucun licenciement. C'est irréaliste ; mais il y a (tout le monde le reconnaît) des licenciements où les entreprises profitent de la crise et ceux-là doivent être pénalisés.
Donc, il y a des différences entre Olivier Besancenot et vous ?
La différence entre l'opposition systématique et la responsabilité.
Philippe Martin, député du Gers, c'est l'un de vos amis. Dans le "Nouvel Observateur", cette semaine :"Laurent (donc, il parle de vous) aimerait être président du groupe socialiste".
Non, je ne suis candidat à rien...
Vos amis disent des choses fausses ?
Ah, ça peut leur arriver ! Je suis candidat à rien. C'est vrai que je travaille comme parlementaire et beaucoup ; et que je voudrais voir le Parti socialiste encore plus fort au Parlement et le Parlement encore plus fort dans la vie politique française mais à ne pas obliger d'être président du tout.
Laurent Fabius, qui résiste à l'anti-Sarkozysme primaire, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
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