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Laurence Parisot : "Les banques françaises doivent adopter la PME attitude" (vidéo)

Créé le 03/09/2009 à 08h24 - Mis à jour le 03/09/2009 à 16h41

Laurence Parisot, le 23 mai 2008 sur RTL

Laurence Parisot, le 23 mai 2008 sur RTL / capture rtl.fr

La présidente du Medef répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. "Moi aussi, je souffre de la crise", a affirmé Laurence Parisot, en appelant les banques françaises à adopter la "PME-attitude". "Je leur demande d'avoir la souplesse, de faire un peu plus que ce qu'ils font en temps normal à l'égard des PME françaises, surtout en ce moment, c'est le moment le plus difficile pour elles" en raison des chutes de carnets de commandes, a souligné la dirigeante de l'Institut français d'opinion publique (Ifop). Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurence Parisot.

Laurence Parisot : Bonjour.

Les entreprises que vous représentez ont obtenu la suppression d'une partie de la taxe professionnelle, la suppression de l'impôt forfaitaire annuelle, la baisse de la TVA dans la restauration ; et dans le journal "Le Monde" daté d'aujourd'hui, vous expliquez, Laurence Parisot, que vous acceptez que les entreprises acquittent la future taxe-carbone à condition, dites-vous, que l'Etat la rembourse sous la forme d'un chèque vert. Votre mot d'ordre pour cette rentrée, c'est toujours moins d'impôts, Laurence Parisot ?

Je vous rappelle que les entreprises françaises sont les entreprises qui subissent le fardeau fiscal le plus lourd au monde, le plus lourd au monde. 15% environ du PIB français provient des taxes que paient les entreprises alors que la référence en Allemagne, par exemple, est de 9%. Nous avons beaucoup travaillé ces derniers mois pour obtenir un bon compromis, je crois, sur une réforme de la taxe professionnelle, quoique tout n'est pas totalement abouti et nous disons très clairement qu'il ne doit pas y avoir d'entreprises perdantes, c'est-à-dire qu'il faut absolument qu'une fois que la réforme sera faite, chaque entreprise paie moins, en équivalent taxe professionnelle, demain, qu'elle ne paie aujourd'hui. Ca, c'est une chose.

Mais la taxe-carbone ?

La deuxième chose. Nous avons toujours dit, notamment quand nous avons participé et nous avons été très pro-actifs dans le Grenelle de l'Environnement, nous avons toujours dit qu'il fallait faire quelque chose. S'il est admis, même acquis, que le CO2 est nuisible pour l'Etre humain, pour la planète, nous sommes responsables.

Les entreprises polluent, vous le savez ?

Chacun pollue. Vous, vous polluez, vous émettez des CO2.

Et donc si je pollue, je paierais la taxe-carbone ?

L'agriculture, les administrations, tout le monde. Donc il est évident qu'il faut faire quelque chose et nous sommes tout à fait favorables à donner ce qu'on appelle un signal-prix, c'est-à-dire à faire en sorte que les produits ou les processus de fabrication qui émettent du CO2 coûtent plus cher parce que si on augmente le prix de ces produits, eh bien cela va inciter tout le monde à s'organiser pour utiliser d'autres formes d'énergie, pour revoir ses processus de production, pour être moins émetteur de gaz à effets de serre.

Mais vous dites : "Les entreprises ne doivent pas payer la taxe-carbone". C'est ça que vous dites. Donc, vous êtes contre la taxe-carbone pour les entreprises.

Nous sommes pour la contribution climat-énergie, c'est-à-dire que nous sommes pour...

Ah oui, c'est vrai, on l'appelle comme ça...
 
Ces différentes taxes. Quelle est la différence ? La différence, c'est ce que je vous dis, c'est que ça doit coûter plus cher mais ce n'est pas un impôt de plus qui a un objectif de rendement fiscal pour le budget de l'Etat.

Mais nous sommes d'accord, Laurence Parisot, vous ne voulez pas que les entreprises paient la taxe-carbone. Nous sommes d'accord ?

Eh bien, nous ne parlons pas de taxe-carbone, nous parlons de contribution climat-énergie.

Oui mais moi, je parle de taxe-carbone.

Eh bien, ce n'est pas ce qui est dans les projets à l'heure actuelle à Bercy, ce n'est pas une taxe-carbone, c'est une contribution climat-énergie, pour les ménages comme pour les entreprises mais aussi pour les administrations, pour les collectivités locales. L'objectif c'est que certaines énergies en particulier coûtent plus cher mais il n'y a pas de raison que ça devienne un impôt en plus. Il s'agit d'orienter les comportements et les processus de fabrication.

Ce n'est pas toujours simple...

Je le reconnais, c'est pour ça que ne nous précipitons pas. On a besoin d'un débat. Si tout ceci peut se faire dans le consensus, ce serait beaucoup mieux. Moi je me souviens d'avoir eu des discussions avec Nicolas Hulot sur le sujet, qui était tout à fait d'accord avec ce que j'essaie d'expliquer à votre antenne, ce matin, c'est que tout ceci doit se faire pour les ménages comme pour les entreprises à iso-fiscalité, c'est-à-dire sans prélèvement obligatoire en plus.

Donc, on ne sait pas trop qui va la payer cette contribution taxe climat-énergie ; mais on verra bien. Les banquiers sont souvent montrés du doigt dans la crise, Laurence Parisot. Qu'avez-vous pensé du titre du "Figaro" (26 août dernier) "Sarkozy fait plier les banquiers" ?

Je pense beaucoup de choses sur les banques françaises.

Du bien ou du mal ?

Je pense, premièrement, qu'il faut dire ce que personne n'explique, c'est que les banques françaises n'ont aucune responsabilité dans la crise.

Ce n'est pas ce que pense Nicolas Sarkozy, visiblement !

Ah je ne crois pas, je crois qu'il partage tout à fait ce point de vue. Il faut bien comprendre que les origines ou les facteurs de la crise n'ont rien à voir avec le travail et le comportement des banquiers français. Deuxièmement, autour du Président de la république, dès octobre 2008 et avec le Medef et les banquiers, s'est organisée toute une mobilisation avec également le médiateur du crédit pour faciliter les relations entre les banques et les entreprises dans les moments les plus difficiles de la crise du crédit.

Et ça marche ?

Ca a bien marché, oui. Ca a bien marché. J'ai vu plus d'un dossier parce qu'il y a eu cette médiation par les cellules TPE, PME du Medef en relation avec le médiateur du Crédit. J'ai vu plus d'un dossier qui était en difficulté, qui finalement a trouvé une solution.

Déclaration de Christine Lagarde, ministre de l'Economie, fin août : "Les banques ont vraiment des efforts à faire vis-à-vis des PME". Vous n'avez pas le même sentiment, alors ?

Je dis, aujourd'hui, qu'il ne faut pas relâcher cet effort. C'est pour ça que l'appel du Président de la République, très récemment qui a dit aux banquiers : il faut continuer à être vigilant avec les PME, je le relaie, je le soutiens et je demande à tous les réseaux bancaires...

Mais beaucoup de gens ont le sentiment, et les chefs d'entreprise l'expliquent : que les banques ne font pas assez d'efforts. Vous savez, je ne sais pas si vous les représentez là les chefs d'entreprise quand vous dites ça, Laurence Parisot ?

Ecoutez, figurez-vous, peut-être que vous l'avez oublié : mais je suis patronne de PME et moi aussi, je souffre de la crise...

Et vous n'avez pas de problèmes de trésorerie ?

Eh bien, si. On a eu des moments difficiles.

Et vous avez un banquier qui vous soutient ?

Et ce n'est pas facile avec, y compris mon banquier, figurez-vous !

Il y a beaucoup de chefs d'entreprise qui s'en plaignent et vous ne relayez pas tout à fait cette inquiétude, me semble-t-il, ce matin !

Je crois qu'au contraire quand je demande à tout le monde, y compris dans une interview que j'ai donnée dans un journal du soir, hier ; quand je demande à tout le monde, et je dis expressément, je le demande au réseau bancaire français, d'avoir la PME attitude, je leur demande d'avoir la souplesse de faire un peu plus que ce qu'ils font en temps normal à l'égard des PME françaises, surtout en ce moment. C'est le moment le plus difficile pour elles parce que ça fait des mois qu'elles ont des chutes de carnet de commandes de 30, 40, 50%. Pour une grande entreprise, on peut tenir ; pour une PME, on ne tient pas. Et ça, je le sais, peut-être même mieux que vous !

Sans doute mieux que moi... Didier Migaud, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, confirme ce matin sur RTL au micro de Marie-Bénédicte Allaire, l'existence d'une liste de 3.000 contribuables français disposant d'un compte bancaire dans une banque suisse ; et on imagine, Laurence Parisot, que sur une telle liste, il doit y avoir davantage de patrons que d'ouvriers. Etes-vous inquiète, Laurence Parisot ?

Je ne me sens absolument pas concernée en temps que présidente du Medef par ce dossier. C'est une affaire de droit. Je pense que l'administration fiscale française avec Eric Woerth à sa tête, fait tout ce qu'il faut et je leur fais tout à fait confiance pour ça.

Sa stratégie de la tension, de la menace ; vous avez quelque chose à en dire, Laurence Parisot ?

C'est une affaire de droit. Je pense qu'ils appliquent les procédures qu'il faut appliquer. Ils sont beaucoup plus compétents que moi sur le sujet.

Et vous n'essayez pas d'en savoir plus sur cette éventuelle fraude fiscale majeure ?

C'est un dossier qui ne nous concerne absolument pas.

C'est vrai ? Pourtant, c'est vrai ce que je dis, on imagine quand même qu'il n'y a pas beaucoup. Ce n'est pas quand on est retraité, salarié, qu'on a un compte en Suisse. Ce sont des gens qui ont plutôt de l'argent qui ouvrent des comptes en Suisse. Vous êtes d'accord ?

Il n'y a pas que des chefs d'entreprise qui peuvent avoir de l'argent, vous êtes d'accord aussi ?

Oui !

Il y a beaucoup d'autres populations.

Donc, vous n'êtes pas inquiète. Ce n'est pas une histoire qui vous inquiète ?

En tout cas, je m'occupe des entreprises, je m'occupe des entreprises.

D'accord.2010, votre réélection ! Vous êtes confiante ?

Ce n'est pas le sujet. Voyez-vous, le sujet...  (Rires)... le sujet, aujourd'hui...

Si, dans votre tête, ça doit être le sujet, oui quand même !

Alors là, vous vous trompez. Mais le sujet aujourd'hui c'est comment profiter des signaux positifs qu'on voit poindre à l'horizon et faire en sorte que ces signaux puissent le plus vite possible irriguer toute l'économie.

Laurence Parisot qui parle de contribution et pas de taxe, était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée.

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