ÉCONOMIE CRISE ÉCONOMIQUE

La polémique sur les rémunérations des grands patrons

Créé le 31/03/2009 à 07h22 - Mis à jour le 31/03/2009 à 09h47

Alain Duhamel

Alain Duhamel / La rédaction de RTL

François Fillon a présenté lundi le décret encadrant les rémunérations des patrons des grandes entreprises aidées par l'État ou relevant du secteur public. Est-ce un progrès significatif ? La chronique d'Alain Duhamel. Ecouter aussi : Les stock-options bannies jusqu'en 2010 dans les entreprises aidées

Evidemment, ça n'est pas une révolution. C'est une réforme, un signal, et un avertissement. La réforme, elle, concerne en fait les entreprises qui ont bénéficié d'une aide spécifique de l'Etat, en l'occurrence un certain nombre de banques, et puis la filière automobile. Pour elles, il n'y aura plus de stock-options, et il n'y aura plus d'actions gratuites, en tout cas jusqu'à la fin 2010.

En ce qui concerne les entreprises qui relèvent de l'Etat ou qui bénéficient d'un investissement ou d'une prise de participation de l'Etat, en réalité ce qui leur est demandé, c'est d'appliquer, ce qui est bien le moins, le code qui a été mis au point par le Medef et l'Afep, donc les grandes entreprises françaises.

En fait, en réalité, cette réforme c'est une sorte de filet anti abus. En même temps, c'est évidemment un signal qui s'adresse aux Français et qui veut dire que le gouvernement n'a pas été sourd et aveugle à tout ce qui se disait à propos des abus criants, dont on a vu des preuves nombreuses ces temps-ci, et donc il met en avant deux arguments. Le premier : on a été vite, c'est pour ça qu'on a fait un décret pas une loi, qui aurait pris minimum six mois. Et la deuxième chose, parmi les grands pays européens, on est les seuls. Alors il y a l'Irlande par ailleurs, qui a quasi-nationalisé toutes ses banques, mais pour le reste, la France est en avance. Disons qu'on est en avance d'un petit pas.

Et puis c'est aussi, évidemment, et ça, ça ressort de toutes les discussions, un avertissement à l'égard du patronat, on ne leur impose rien dans le secteur privé qui ne bénéficie pas d'aides spécifiques, mais s'ils n'appliquent pas leur propre code, on vérifiera et le cas échéant, on légiférera.

Ça va suffire pour apaiser les controverses ?

Sûrement pas. D'ailleurs, on le voit déjà dès ce matin. Du côté des syndicats, on dit, d'abord, c'est quelque chose qui est provisoire, ça s'arrête à la fin 2010, donc en réalité c'est un dispositif pour période de crise. Est-ce que ça durera, ou est-ce que ça ne durera pas ? C'est évidemment la question. En attendant les syndicats protestent.

En ce qui concerne les patrons, évidemment, ils ne sont pas contents. D'abord parce que les 98%, 99% qui ne sont absolument pas concernés par ce genre de dispositif, en ont par-dessus la tête de se voir amalgamer avec les autres. Et puis parmi ceux qui sont eux, concernés par ce dispositif, il y a ceux qui n'ont rien de particulier à se reprocher, et qui se trouvent au fond, mortifiés, et puis ceux qui ont quelque chose à se reprocher, qui sont déjà certainement en train de voir s'il n'y aurait pas un job dans un pays voisin, qui n'aurait pas les mêmes contraintes qu'en France.

Et puis il y a une dernière chose, qui est évidemment la plus compliquée à gérer pour le gouvernement, c'est que maintenant que le décret est publié, ce matin, il va y avoir évidemment d'autres cas qui vont se produire. Bien entendu il va y avoir ce qu'on appelle, les parachutes dorés, c'est à dire des départs de chefs d'entreprise contraints et sans qu'ils aient commis de fautes auparavant. Ce sont des contrats individuels, on ne peut pas les annuler rétrospectivement, s'ils vont devant les tribunaux, ils sont sûrs de gagner. Donc oui, ça, ça va exister. Et puis il y aura bien quelques abus, donc la polémique va continuer.

L'idée de modifier la répartition des bénéfices des entreprises entre investissements, salariés et actionnaires a-t-elle une chance de se concrétiser ?

C'est la grande idée de l'UMP, surtout de Nicolas Sarkozy. Pour que ça ait un sens, et que ça se fasse vraiment, il faut voir de quoi il s'agit. Puisqu'il s'agit de bénéfices, c'est donc le secteur marchand, ce n'est pas le secteur public, ce ne sont pas les fonctionnaires. Dans le secteur marchand, ce n'est pas l'Etat qui fixe les salaires, donc ça ne concerne pas les salaires. Donc ça concerne en réalité, participation, intéressement, actionnariat. Quel est le pourcentage de salariés qui seront effectivement concernés, d'une part ? Et d'autre part, en période de crise, qu'est-ce qu'on distribue ?

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