
Christian Menanteau
Crédit : Christian Menanteau
Tout simplement d'encadrer le plus haut et le plus bas salaire d'une entreprise, dont l'Etat possède au moins 50% du capital, dans une fourchette de 1 à 20. C'était une promesse du candidat Hollande : elle s'inscrit, me semble-t-il, dans un double mouvement.
- D'abord, c'est un geste politique : on se souvient que la première décision du premier conseil des ministres fut d'acter une réduction du salaire de 30% du président et de son gouvernement. C'est désormais au tour de la très haute administration d'y passer.
- Ensuite, c'est aussi un message très clair pour les syndicats et les fonctionnaires parce que, dans un Etat impécunieux, on serre les boulons. Et en limitant à 20 fois le Smic le salaire maximum d'un dirigeant du secteur public, le gouvernement s'offre une marge de résistance. Quand il s'agira d'expliquer aux syndicats qu'on ne peut pas aller trop loin dans les revendications, il leur dira "Voyez, l'exemple vient d'en haut !".
Qui est directement concerné ?
Une seule catégorie de dirigeants : ceux dont la nomination est décidée par le gouvernement et une seule catégorie d'entreprises, les sociétés où l'Etat est patron parce qu'il en contrôle la majorité du capital. Cela représente sur le papier plusieurs centaines d'entreprises mais, dans la réalité, cette décision ne porte que sur quelques dizaines de grandes institutions. On voit immédiatement que la réduction la plus emblématique sera celle qui touchera Henri Proglio, le patron d'EDF. Sa rémunération sera théoriquement amputée de 665.000 euros.
On repère aussi dans cette liste Jean-Paul Bailly ou Luc Oursel, qui sont respectivement président de La Poste et d'Areva, qui verront, eux aussi, leurs émoluments taillés de 50%. En revanche, l'examen des grilles salariales de la SNCF, de la RATP ou de la Banque de France montre que ces établissements publics sont, d'ores et déjà, dans les clous de la fourchette gouvernementale.
Quand ? Parce que Jean-Marc Ayrault a dit à nos confrères de "L'Express" que les contrats en cours sont aussi concernés. C'est possible ?
C'est tout à fait en contradiction avec les précédentes déclarations de Michel Sapin, le ministre du Travail. Il faut savoir qu'en France, sauf mention spéciale dans le contrat ou statut particulier, le lien entre les dirigeants et leur employeur qu'est l'Etat est régi par le droit privé. Concrètement, un contrat de travail ne peut être significativement modifié qu'avec l'accord du salarié. Pour tous ceux qui sont dans ce cadre, et si Jean-Marc Ayrault veut l'imposer aux contrats en cours, il va devoir négocier.
Avec quel argument ?
L'image de la haute Fonction publique, celui de l'intérêt général. Plus discrètement aussi, la carrière future du dirigeant parce que, s'il résiste trop au-delà des convenances, on pourra se souvenir de son nom et le mettre sur une liste noire. Et puis, on imagine mal le premier ministre reculer parce qu'il lui reste aussi une arme fatale : le licenciement sec avec les indemnités afférentes.
* Le bloc-notes
L'emploi intérimaire, qui est un indicateur avancé du marché du travail, a chuté de 11% en avril. L'Est est la région de France la plus touchée.
* La note du jour
14 sur 20 au CROUS (centre des œuvres universitaires) de Montpellier et au syndicat local de l'hôtellerie ont signé ensemble un accord qui va permettre aux saisonniers de cette région de disposer de 10.000 logements étudiants durant tout l'été. Ils paieront de 230 à 280 euros pour une chambre de 10m².

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10/04/2013 - 09h48
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