ÉCONOMIE

L'ouverture à la concurrence des jeux en ligne

Créé le 12/10/2009 à 07h20 - Mis à jour le 12/10/2009 à 09h26

Christian Menanteau

Christian Menanteau / La rédaction de RTL

L'ouverture à la concurrence des jeux en ligne sera officielle mardi. On parle beaucoup de la fin du modèle français d'organisation des jeux. La chronique de Christian Menanteau. C'est une page de l'histoire des jeux, en France, qui - me semble-t-il - est en train de se tourner. Le problème est de savoir si on la tourne de la bonne manière. Il y a eu, quand même, 1.300 amendements, des débats rugueux et puis, nous avons, au final, un dossier dont on a beaucoup de mal à évaluer les répercussions.

L'enjeu, on le voit bien, c'est l'ouverture aux intérêts privés d'un sanctuaire qui, jusqu'ici, était bien gardé : c'est le marché français des jeux qui, par ailleurs, est l'un des plus prometteurs d'Europe. Il faut savoir que la Française des Jeux et le PMU réalisent, dans des conditions qui, aujourd'hui, sont restrictives, des volumes d'activité considérables : près de 10 milliards d'euros chacun. Et ce gâteau, pour peu qu'on lâche la bride, ne demande, bien sûr, qu'à grossir.

Pour cela, il va falloir signer la fin du monopole de l'État sur l'industrie des paris hippiques, des jeux de hasard, des paris sportifs, des jeux de casino. Ce sera fait demain. Et puis, ensuite, ouvrir la porte aux opérateurs privés, spécialistes des plateformes de jeux internet. Ces derniers, qui sont interdits sur le marché américain, n'ont plus que le marché européen comme terrain de chasse. En France, les jeux vont changer de nature.

Le gouvernement dit que l'ouverture est la meilleure façon de lutter contre ces sites internet illégaux. C'est la bonne approche ?

Ces arguments, qui sont aussi ceux des candidats à des licences de jeux par internet, sont des arguments de cours élémentaire première année. Il y a 25.000 sites hors la loi qui prospèrent grâce aux jeux en ligne qui sont disponibles sur internet. La présence, en France, d'une cinquantaine de sites labellisés - qu'ils soient propriétés de fonds d'investissement ou de grands industriels - ne va pas assécher cette offre illégale, et ce pour 2 raisons :

- La première, c'est bien sûr l'appât du gain : les sites pirates, qui ne paient ni taxes ni impôts, offrent un retour sur la mise qui est toujours supérieur à celui des sites officiels. C'est mécanique. Quand un joueur parie, aujourd'hui, 100 euros via La Française des Jeux ou le PMU, son gain est d'environ 60 euros. Ce taux de retour va augmenter probablement grâce à la compétition des nouveaux acteurs du privé. Il pourrait ainsi passer autour de 80 euros. Mais, même là, il ne sera jamais aussi intéressant que ceux des sites pirates.

- Et puis, la seconde raison, ce sont, bien sûr, les difficultés techniques.

La Commission de Contrôle n'est pas suffisamment armée ?

C'est le moins que l'on puisse dire. Les plateformes, aujourd'hui, sont extra-territoriales. Elles sont même mobiles. On se connecte à ces plateformes de jeux via le Wifi, désormais. Et puis, vous le savez, une adresse internet, ça se maquille plus facilement qu'un vieux cheval à la foire du canton d'à côté.

Bref, tout cela manque de cohérence et je crains que, sous le masque ludique du jeu en ligne, on néglige 3 questions :

- L'addiction qui est un phénomène en irruption violente.

- Le contrôle des canaux financiers qui est quasiment impossible à tracer.

- Et puis, la régularité des manifestations sportives.

Ca me paraît beaucoup pour une mutation que rien n'impose.

Rien n'impose parce que ce n'est pas l'Europe qui nous a obligés à le faire.

Absolument pas ! Les portugais, d'ailleurs, en apportent la meilleure preuve.

*** La note du jour

12 sur 20 à l'éditeur, Robert Laffont, qui lance, demain, un nouveau quotidien sportif, en pleine crise de la presse et de la publicité. C'est courageux. Il lui faudra quand même en vendre 50.000 exemplaires, chaque jour, pour atteindre le point d'équilibre.








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