Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 14/10/2008 à 07h50 - Mis à jour le 14/10/2008 à 10h02

François Bayrou / DR
Le président du MoDem répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. François Bayrou a confirmé qu'il voterait dans la soirée à l'Assemblée nationale le plan de sauvetage des banques de Nicolas Sarkozy. Il a toutefois déploré que l'on trouve "plus facilement de l'argent pour les banques que pour la vie quotidienne des gens".
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour.
Le président de la République a présenté, hier, un plan de soutien au secteur bancaire d'un total potentiel de 360 milliards d'euros. Des mesures identiques ont été présentées, hier, dans chacun des quinze pays de l'Eurogroupe et un projet de loi de finances rectificative sera présenté tout à l'heure à l'Assemblée Nationale pour mettre en œuvre ce dispositif en France. Voterez-vous cette loi, François Bayrou ?
Oui je voterai le texte qui permet cette aide. Je le voterai avec une certitude, c'est que quand la réponse est européenne, ça marche. Quand la réponse est chacun pour soi, ça ne marche pas. On a vu successivement sur ces deux dernières semaines une réponse : chacun pour soi, et ça a échoué. Une réponse européenne qui, elle, a profondément marqué les esprits et qui donc a changé la donne. Je ne sais pas si c'est du rab, je ne sais pas si c'est éternel. Il y a beaucoup de questions qui restent. Et on va peut-être les proposer mais en tout cas, la preuve est désormais faite qu'à crise mondiale, il faut, enfin on est obligé de chercher une réponse européenne. Et ceci est, je crois, un enseignement très important pour l'avenir.
Et vous qui êtes un opposant résolu à l'action que mène Nicolas Sarkozy à la tête de l'Etat depuis dix-huit mois maintenant, cette loi-là vous allez la voter parce qu'il y a un sentiment d'unité nationale dans cette crise, François Bayrou ?
Je la vote parce qu'elle va dans le bon sens. Je la vote parce qu'elle change les choses. Je suis dans cette attitude que j'ai définie depuis longtemps, intransigeant sur les principes et en même temps quand les choses vont dans le bon sens, on est capable de le dire. Parce qu'on n'est pas dans une attitude aveugle et systématiquement antagoniste quelles que soient les choses. Comme vous le savez, j'ai beaucoup de différences avec Nicolas Sarkozy et même de confrontations sur des principes que je considère comme essentiels. Mais ici, il me semble qu'avec le temps, on aurait pu faire ça plus tôt, je le note au passage, mais avec le temps, c'est aller plutôt dans le bon sens et je le voterai. Maintenant il reste une question que je crois, se posent tous ceux qui écoutent...
Peut-être avant de poser la question, qui va payer ? C'est ce que vouliez dire peut-être, François Bayrou ?
Non, c'est pas exactement ça que je voulais dire.
Avant cette question, vous avez motivé votre soutien à ce projet de loi par le fait que ce soit une solution européenne. Créditez-vous, Nicolas Sarkozy, qui est président de l'Union européenne d'avoir su trouver cette solution ?
Encore une fois, il a fallu du temps : des semaines qui, sans doute, ont été des semaines perdues. Mais après tout, la pédagogie fait rentrer dans les esprits des nécessités qui jusqu'alors n'y étaient pas, ça prend quelquefois du temps.
Le président a été à la hauteur d'après vous ?
En tout cas, il a été présent.
A la hauteur ?
Il a été présent, il a été engagé et c'est ce qu'il fallait dans cette crise.
Alors, d'où vient l'argent ? Qui va payer ? Comment voulez-vous formuler la question, François Bayrou ?
Ah, ce n'était pas exactement ça. La question c'est que je crois, beaucoup de Français se disent : pour les banques, on trouve tout l'argent qu'on veut ; mais pour la vie, pour le reste de la vie, pour les chapitres qui sont essentiels pour nos concitoyens, alors là au contraire, c'est beaucoup plus difficile et on explique que naturellement, les moyens ne sont pas là. On a d'ailleurs raison. Alors, je pense que ceci pose une question fondamentale, c'est dans quel projet de société allons-nous vivre ?
Est-ce que ce projet de société est constamment soumis à ce qui est la présence et l'omnipotence de l'argent ? Ou bien est-ce qu'on est capable dans une société comme la nôtre, française - parce qu'on est républicain - et européenne. Les deux jouent leur rôle. Est-ce qu'on est capable de définir, de penser, de trouver les mots pour exprimer un nouveau projet de société ? Je crois que ce qui est frappant dans cette crise c'est que c'est la ruine et l'échec de ce qu'on appelait le modèle américain, en tout cas le modèle depuis Reagan, Bush, toute cette économie fondée sur de l'artificiel...
Qui n'a jamais été celui de la France. Ou si, d'après vous ?
Je pense que c'était le modèle de société qui servait de référence à Nicolas Sarkozy au moment des dernières élections présidentielles. Et c'est pour cette raison que j'ai été en confrontation avec lui.
Mais là, il fallait aider les banques, vous en convenez ?
Mais je vous ai dit oui.
Beaucoup d'argent : 360 milliards...
Je vous ai dit oui.
D'accord.
Je vous ai dit oui, parce qu'on était en péril, la maison était en train de brûler. Il faut éteindre les incendies. Ca n'empêche pas de se poser les questions sur ce point : pourquoi la maison a-t-elle brûlé ? Ca n'empêche pas de réfléchir au genre de maison qu'on voudrait pour que ce type d'accident n'arrive plus ; et ça n'empêche pas de réfléchir à la vie que nous voulons pour nos familles, nos enfants, ceux qui en France ont choisi de partager un projet de société différent. Ma conviction profonde, c'est que les valeurs de la France sont différentes des valeurs de ce modèle de société qui vient de se cracher sous nos yeux.
Savez-vous, François Bayrou, avez-vous une opinion sur l'efficacité de ce plan ? Pensez-vous (on voit les Bourses depuis hier qui remontent) que ce plan peut marcher ? Etes-vous confiant, ce matin, sur la sortie de la crise ?
Je pense qu'au fond, les deux principes qui ont été à l'origine de ce plan, qui tous les deux ont été définis par Gordon Brown comme Alain Duhamel le disait à l'instant, Premier ministre britannique. Ces deux principes qui sont : prise de participation dans les banques lorsque c'est nécessaire pour assurer le système bancaire ; et deuxièmement : garantie des échanges entre banques. Ces deux principes me paraissent plus juste que le plan américain.
Et donc, j'étais venu à votre micro pour le plan américain, pour exprimer des interrogations et des doutes et des réserves. Aujourd'hui, il me semble qu'on est davantage dans la vérité mais je ne suis pas du tout certain que ceci empêche la vraie menace qu'est la transmission d'une crise financière à l'économie réelle : transformation en crise économique et l'enchainement crise financière - crise économique - crise sociale - crise politique, un jour.
Un autre sujet, François Bayrou, qui était dans l'actualité, hier. Le Président de la république a décidé de ne pas extrader, pour des raisons humanitaires, Marina Petrella, ex-Brigadiste italienne réclamée par la Justice de son pays. Approuvez-vous cette décision de Nicolas Sarkozy ?
Ah je pense que les raisons humanitaires ont leur place dans une décision de cet ordre ; je pense aussi que comme vous le savez, la France avait offert l'asile sous François Mitterrand, à ces "desperados" qui avaient fait beaucoup de mal et que le choix de Nicolas Sarkozy, au fond, est dans cette logique là. Alors ça pose beaucoup de questions extrêmement compliquées...
Les autorités italiennes ne comprennent pas ce raisonnement là ? Elles sont dans l'Europe, les autorités italiennes ?
Oui. Deux choses. 1. Je suis absolument persuadé que lorsque François Mitterrand a fait cette offre, à cette époque, d'offrir l'asile en France comme Nicolas Sarkozy vient de le faire pour les Farc, d'offrir l'asile en France à condition qu'on renonce à cette lutte horrible, il l'a fait avec l'accord des autorités italiennes de l'époque. Ca, c'est le premier point. Deuxième point : il y a dans le système judiciaire italien le fait que les procès ont lieu en l'absence des accusés -ce qui n'existe pas en France- et que ça aussi, ça pose une question.
François Bayrou, qui va soutenir le plan de soutien des banques présenté par Nicolas Sarkozy, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée. Merci.
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