
Christian Menanteau
Crédit : Christian Menanteau
Oui, absolument, parce que l'affolement de ses investisseurs est assez facile à comprendre : Bankia a besoin de 24 milliards d'euros pour éviter simplement de sombrer. Si cette banque n'a pas l'envergure de la Santander ou de BBVA, qui sont des établissements espagnols de classe internationale, n'en n'est pas moins un mastodonte et c'est surtout la banque la plus exposée aux crédits immobiliers dont 75% seraient pourtant sans avenir.
La faillite de Bankia serait donc une catastrophe à la fois pour l'Espagne mais aussi un sale coup pour le système bancaire européen. Et puis, dans cette affaire, il y a plus grave parce que cette faillite déguisée est, d'ores et déjà, une espèce de bombe à neutrons pour Madrid. A cause de cet établissement, l'Espagne emprunte, aujourd'hui sur les marchés internationaux, à des taux supérieurs à 6,5%. C'est bien au-delà des capacités d'un pays en récession, dont la production de richesses dégringole et qui, avec 25% de chômage, a des obligations sociales et quasiment plus de rentrées fiscales.
Donc, début d'incendie. Il n'y a pas de solution pour l'éteindre ?
A priori, comment Madrid peut espérer assister ses banques : par la magie du verbe ? Il est démonétisé. Par la solidarité européenne ? Elle est polarisée vers Athènes. Par la fuite en avant : certes mais, au bout du chemin, c'est le précipice. Il y a bien sûr toujours des issues de secours mais problème : on ne sait pas vraiment où elles mènent et ne feraient que retarder l'échéance. On va essayer de voir ce que proposent les deux qui sont sur le marché :
- La première est de faire appel aux investisseurs via, par exemple, l'émission d'obligations sur Bankia. C'est possible mais il faudrait y mettre un tel prix pour garantir aux prêteurs un solide rendement qu'ils ne vont peut-être pas s'y risquer. En tout cas, c'est quasi-impossible pour un Etat sans le sou.
- Deuxième point : faire appel à la Banque centrale européenne ce qui, d'une manière ou d'une autre, signifie faire appel aux contribuables européens qui vont déjà payer pour la cause grecque.
En gros, cela veut-il dire que l'Espagne est dans l'impasse ?
Un rapide examen des bilans bancaires espagnols montre que le système ressemble à une belle toiture. C'est imposant vu de loin, c'est dévoré par les termites dès qu'on s'approche. Il va falloir 60 milliards d'euros d'argent public pour éviter un effondrement bancaire, tant il y a d'établissements gangrenés par les prêts immobiliers qui ne seront jamais remboursés ou par l'endettement des régions. 60 milliards d'euros : c'est au-delà des moyens de l'Espagne d'aujourd'hui.
On va donc faire appel à la trousse de secours de l'Europe et du FMI qui ont de grandes poches pleines de billets. Mais nous sommes dans une situation un peu folle, quand même : l'Espagne va se porter caution de banques qui lui ont prêté de l'argent pour financer ses déficits. Donc, on ne sait plus qui fait la corde et qui fait le pendu.
* Le bloc-notes
- Le cours du café et du sucre en forte baisse actuellement sur les marchés : il faudra constater les conséquences dans les rayons.
- Facebook - on le sait maintenant - va se lancer dans la téléphonie mobile, surtout pour rassurer ses investisseurs.
* La note du jour
On vient d'inaugurer dans le Nord-Est de l'Espagne, près de Lleida, un tronçon d'autoroute qui a coûté 37 millions d'euros. Un tronçon qui ne mène nulle part ! Madrid n'a plus les moyens de faire des raccordements et de terminer l'ouvrage. Donc 3 sur 20.

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10/04/2013 - 09h48
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