"Sale P*te" d'Orelsan : vers la relaxe du rappeur

C'était en 2009. Et pourtant l'émotion de l'association Ni Putes Ni Soumises est toujours là. C'est d'ailleurs un fossé d'incompréhension qui semblait séparer lundi 7 mai le rappeur Orelsan de l'association et même du tribunal correctionnel de Paris qui le jugeait pour "provocation au crime" après la diffusion d'un de ses clips sur internet intitulé "Sale Pute". En cause : dans cette chanson autour d'un homme trompé par sa femme, des termes crus.

"Avorter à l'opinel"

"Je ne pense pas que les gens soient suffisamment bêtes pour réitérer ce qui est dit dans une chanso
n, ou alors c'est qu'ils sont dangereux dès le départ", explique le chanteur de 29 ans, pour qui le titre "Sale Pute", qu'il a écrit en 2006 puis diffusé sur internet en 2009, ne contient "aucune provocation, aucune incitation" à agresser les femmes.

Ni Putes Ni Soumises (NPNS), qui défend notamment les filles des quartiers populaires contre la violence et le machisme, n'est pas de cet avis. L'association a engagé des poursuites contre Aurélien Cotentin, plus connu sous son nom de rappeur Orelsan, pour provocation au crime.

L'objet du litige est un clip, diffusé à l'audience : on y voit un jeune homme qui se saoule, chez lui ou sur la plage, après avoir découvert que sa copine le trompe. Entre colère et amertume, il la menace, en termes très crus, de toute une série de sévices comme de l'"avorter à l'opinel". Accablé, le garçon oscille entre des "Je t'aimais" et des propos très violents.

"Je n'ai pas été plus loin que n'importe quelle série sur TF1"

"J'ai fait cette chanson comme j'aurais pu faire n'importe quelle autre chanson", témoigne le rappeur, "afin de faire passer une émotion, de montrer comment un être humain, quand il est jaloux, peut devenir une espèce de monstre". 
- "Je ne la vois pas très bien cette émotion...", ne peut s'empêcher de remarquer la présidente de la 17e chambre, Marie Mongin.
 - "Mais si, se défend l'artiste originaire de Caen, qui a raflé deux prix aux dernières Révélations de la musique, y a beaucoup d'amour, beaucoup de haine, beaucoup d'ironie aussi".
- "Il y a également des menaces, de la torture..."
- "C'est ça qui est intéressant dans l'histoire", pour "montrer la monstruosité de l'humanité", réplique le jeune homme, en revendiquant "la liberté de création de l'artiste". "Mais c'est de la fiction (...) Évidemment, ce ne sont pas des choses que je cautionne".

"Certes, concède-t-il, le texte est très violent, mais il n'y a aucune image de violence, je n'ai pas été plus loin que n'importe quelle série sur TF1 où il y a un meurtre direct". Incompréhension sur le banc des parties civiles. "Pour nous cette chanson est vraiment un appel à la haine", s'émeut la présidente de NPNS, Asma Guénifi. "Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon et ça, ce n'est pas fictif", renchérit son avocate, Me Samia Megouche, pour laquelle "on ne peut laisser dire tout et n'importe quoi". "Oui, il y a des crimes horribles", rétorque Orelsan, "mais ce n'est pas pour ça qu'il faut interdire aux chansons d'en parler", sinon plus d'Orange Mécanique, "on ne fera que des films et des chansons bien-pensants".

"Je crois qu'on se trompe d'ennemi"

Le parquet acquiesce : "je crois qu'on se trompe d'ennemi", argue le procureur Aurore Chauvelot, rappelant que les femmes battues ne sont "pas victimes des propos d'un chanteur qui s'exprime dans le cadre de sa liberté d'expression artistique". Et de citer Baudelaire ou Nabokov, eux-mêmes controversés à leur époque. "Vous n'êtes pas les juges du bon goût, de l'éthique ou de l'esthétique", mais ceux "de la liberté d'expression artistique", rappelle-t-elle, avant de requérir la relaxe.

Les deux mineurs déjà jugés pour avoir posté la vidéo sur internet ont d'ailleurs été relaxés. Décision le 12 juin.

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