Les Dossiers de RTL.fr - L'offensive israélienne à Gaza
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Rama Yade : "L'ONU doit retenir le plan de paix franco-égyptien sur Gaza"

Créé le 08/01/2009 à 07h50 - Mis à jour le 09/02/2009 à 12h08

Rama Yade

Rama Yade / La rédaction de RTL

La secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l'Homme répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Alors que les Etats-Unis soutiennent l'initiative franco-égyptienne pour un cessez-le-feu dans la Bande de Gaza, Rama Yade a plaidé jeudi pour l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d'une résolution de "nature politique" reprenant le plan de paix. A propos de la situation humanitaire, elle a déploré "près de 700 victimes palestiniennes", la "saturation des hôpitaux et le manque de médicaments, l'approfondissement de la crise alimentaire et le manque d'eau", sans compter qu'il est "très difficile d'entrer" et de "circuler" dans le territoire palestinien. Regardez la vidéo de l'entretien

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Rama Yade.

Rama Yade : Bonjour.

L'ONU dénonce une "crise humanitaire totale à Gaza". Les informations que vous détenez au Quai d'Orsay, Rama Yade, vous permettent-elles de confirmer le constat de l'ONU ?

On est entré dans la deuxième semaine de guerre et les chemins de la paix ne s'ouvriront pas effectivement dans le sang des populations civiles ; et on est à près de 700 victimes palestiniennes, et la situation humanitaire à Gaza était déjà dramatique avant la reprise des hostilités, et la situation a évidemment empiré. On a plusieurs sources de préoccupations : d'abord, la saturation des hôpitaux et le manque de médicaments, ensuite l'approfondissement de la crise alimentaire, bien sûr, et puis le manque d'eau, les déplacements de population. Le bilan est affligeant.

Ca concerne une population d'1 million et demi de personnes. Comment on peut les aider ? Que pouvez-vous faire, Rama Yade ?

Alors, jusqu'à présent il y a eu 310 camions dont 176 d'aide humanitaire qui sont rentrés dans Gaza ; mais il est très difficile d'entrer dans Gaza, il est très difficile de circuler dans Gaza. L'organe humanitaire principal, c'est l'UNRWA (United Nations Relief and Works Agency) qui est l'organe humanitaire des Nations Unies, qui fournit 20.000 repas par jour. Vous avez aussi la présence de l'OMS pour la Santé, de la Croix Rouge. Les ONG sont là mais ont du mal à travailler dans les circonstances dramatiques que vous savez. Nous Français, nous avons décidé d'augmenter notre aide humanitaire d'urgence de 3 millions d'euros, mais je le répète...

Vous avez les moyens de l'acheminer ? Vous avez la possibilité de le faire ?

Justement, cela rend d'autant plus urgent une trêve. Une trêve, celle qui est proposée par le plan de paix franco-égyptien. Une trêve humanitaire, l'ouverture des points de passage aux biens et aux personnels humanitaires. C'est absolument urgent pour que toute l'aide nécessaire puisse parvenir aux populations, et les journalistes et les diplomates aussi ne peuvent pas rentrer dans Gaza, c'est aussi un point de préoccupation.

Les trois heures de cessez-le-feu quotidien instauré, hier, sont suffisantes ou insuffisantes pour faire ce travail, Rama Yade ?

On l'a accueilli positivement mais il faut aller, bien sûr, beaucoup plus loin. Par exemple, l'acceptation puis la mise en œuvre du Plan proposé par les Egyptiens et par les Français. Ce plan, c'est quoi ? C'est le cessez-le-feu déjà, d'une part. C'est important pour l'ouverture d'un corridor humanitaire. Une invitation au Caire des parties israélienne et palestinienne pour discuter des garanties de sécurité, ça c'est la deuxième chose. Et la troisième chose : la reprise des efforts égyptiens en vue d'une réconciliation inter-palestinienne entre le Hamas et le Fatah.

Et puis, il y a aussi des discussions à l'ONU. Elles se sont poursuivies jusqu'à tard dans la nuit à New York pour tenter de trouver une solution. Une dépêche AFP, éditée à 3 heures ce matin, indique que les pays arabes, notamment l'Arabie Saoudite (c'est sur quoi insiste la dépêche) souhaitent que le Conseil de Sécurité de l'ONU vote "une résolution contraignante imposant un cessez-le-feu immédiat et durable à Israël". Dans la nuit, les Etats-Unis s'y sont opposés. Quelle est la position de la France sur un cessez-le-feu immédiat et durable et donc contenu dans une résolution contraignante.

Nous, en ce moment, nous présidons ce Conseil de Sécurité. C'est ce qui explique que Bernard Kouchner soit à New York pour conduire les discussions. La France et l'Union européenne prennent donc toutes leurs responsabilités. Alors ce que nous voudrions c'est que le Conseil de Sécurité endosse le projet de plan de paix dont je vous ai parlé tout à l'heure : égyptien. Et donc ce que nous souhaiterions, c'est l'adoption d'une déclaration présidentielle qui serait une déclaration en fait politique...

Déclaration présidentielle ! Non, une déclaration aux Nations Unies, vous voulez dire ?

Oui, aux Nations Unies, au niveau du Conseil de Sécurité des Nations Unies, ce qui témoignerait d'un accord du Conseil de Sécurité ; et c'est vrai que de l'autre côté, nous avons les ministres arabes qui ont fait une proposition de résolution à laquelle se sont opposés les Etats-Unis.

Résolution contraignante. Alors, ce sont des termes techniques, mais ils ont un sens, c'est-à-dire que l'ONU veut tenter de contraindre Israël de cesser son action militaire.

L'ONU ! Une partie de l'ONU. Et il y a une autre partie de l'ONU qui souhaiterait qu'une déclaration politique se fasse pour aboutir à un accord.

Et alors, la position de la France est laquelle ?

Notre proposition c'est de proposer cette déclaration parce qu'une résolution si elle n'est pas acceptée par les Etats-Unis, on risque de sortir de ces réunions au Conseil de Sécurité sans rien, sans accord. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons créer un consensus autour d'une déclaration présidentielle du Conseil de Sécurité qui serait de nature politique.

Déclaration non contraignante. Non contraignante, c'est ça ?

Ce qui serait contraignant, c'est quoi ?

On peut le dire : ce que souhaite la France c'est une déclaration non contraignante, c'est-à-dire pas grand chose, quoi, en fait ?

Qu'est-ce qui a vocation à être contraignant ? C'est le plan proposé par les Franco-Egyptiens : le cessez-le-feu. C'est contraignant si Israël et la partie palestinienne l'acceptent. D'ailleurs, ça a été accueilli favorablement par les deux parties : par l'autorité palestinienne et par les autorités israéliennes. Une invitation au Caire des deux belligérants pour qu'on discute des garanties de sécurité pour éviter l'escalade, c'est concret, c'est contraignant. Et puis, enfin, une reprise de la négociation, de la discussion, de la réconciliation peut-être entre le Fatah et le Hamas,  c'est-à-dire les deux courants, on va dire, palestiniens qui aujourd'hui, constituent, disons, le Pouvoir en Palestine. Et puis, nous proposons aussi que des observateurs européens et autres puissent se tenir aux points de passage pour permettre le passage des blessés et des matériels humanitaires.

Donc, les discussions à l'ONU reprendront tout à l'heure à 15 heures, heure de Paris.

Exactement.
   
"Quand on est un homme d'Etat digne de ce nom, disait Nicolas Sarkozy aux journalistes qui l'ont accompagné dans son périple au Proche Orient, on ne reste pas devant son poste de télévision en regardant les gens s'entretuer". Ca, c'est ce que pense Nicolas Sarkozy ; et dans ce drame proche-oriental, une voix terrible manque, celle de Barack Obama. Il ne dit pas un mot !


Barack Obama n'est pas encore président des Etats-Unis. Il est Président élu.

Mais il a parlé après les attentats de Bombay et par exemple, il parle toujours d'économie aux Etats Unis ; et Israël-Palestine, on ne l'entend pas ?

Il sera investi le 20 janvier...

Ca ne vous trouble pas ce silence, quand même ?

Ecoutez, nous sommes dans une période de transition...

On a tellement dit : Barack Obama !

Mais Barack Obama lorsqu'il sera investi président des Etats-Unis, fera son travail de président des Etats-Unis.

Et en attendant, il est devant son poste de télévision !

Mais pour l'instant, le président des Etats-Unis, c'est George W.Bush. Et la période transitoire étant organisée de telle sorte dans ce pays que celui qui est en action, qui est le porte-parole des Etats-Unis, c'est George W. Bush. Cela n'empêche pas, c'est vrai, Barack Obama de pouvoir s'exprimer. Et je crois qu'il s'est exprimé en disant sa préoccupation par rapport aux morts, aux populations civiles blessées, victimes des tirs mais je pense que c'est aux Etats Unis de décider qui parle, qui est le porte-parole des Etats-Unis en ce moment.

Comme le président de la République ne s'est pas mal confié dans l'avion du retour. Il a dit aussi aux journalistes qu'il vous en voulait toujours de ne pas avoir accepté d'être candidate aux élections européennes, Rama Yade ?

Ah écoutez, j'ai beaucoup de mal à passer de Gaza à ce que vous dites.  Excusez-moi !

C'est la vie. Il y a tout dans la vie.

Par simple décence, je me permettrais... Et puis, je n'en ai même pas, je pense, la capacité morale ce matin au regard de l'actualité internationale d'évoquer autre chose que ce qui m'amène ici.

Dans votre vie comme dans la nôtre, Rama Yade, il n'y a pas qu'une seule chose, hélas ! Tout cohabite.

Bien sûr. Bien sûr.

Les drames et les joies ! Les sourires et les larmes ! C'est comme ça !

Mais là, le drame est tel que je crois que par simple décence...

C'est une façon d'éviter la question ?

Pas du tout. Je suis venu chez vous plusieurs fois en parler. Je crois que c'est largement suffisant. Ce n'est pas vous qui direz le contraire. Mais je crois que la martyrisation de Gaza, les tirs de roquettes que subisse Israël aujourd'hui, sont des choses autrement plus graves qui nous mobilisent ce matin dans les jours et dans les semaines qui viennent.

Mais nous sommes d'accord, Rama Yade. Quand vous allez sortir, la vie reprend avec toutes ses contradictions.

Bien sûr, là que je vais sortir de ce studio, je vais à nouveau m'enquérir de l'état des discussions à New York où Bernard Kouchner est, comme je vous le disais, présent pour essayer d'obtenir un consensus du Conseil de Sécurité sur la situation à Gaza.

Mais là, tout le monde dort, sans doute, à New york, à cette heure-ci ! 

Oui, mais il y a eu des discussions pendant que nous, nous dormions.

Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, était l'invitée de RTL, ce matin. Bonne journée. 

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