Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 20/08/2008 à 07h55 - Mis à jour le 20/08/2008 à 13h34

Pierre Moscovici / La rédaction de RTL
Pierre Moscovici répondait mercredi matin aux questions d'Elisabeth Martichoux. Le secrétaire national aux relations internationales du Parti socialiste a dénoncé "une guerre sans but et sans fin" en Afghanistan et réclamé la convocation des commissions des Affaires étrangères et de la Défense. "Je ne plaide pas pour le retrait des troupes françaises car je crois qu'il ne faut pas céder devant les taliban, cela dit la question de la réorientation de la stratégie en Afghanistan" se pose, a-t-il ajouté.
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Elisabeth Martichoux : Bonjour, Pierre Moscovici.
Pierre Moscovici : Bonjour.
On est évidemment toujours sous le coup ce matin, du drame qui a tué dix soldats français en Afghanistan et 21 blessés. Pierre Moscovici, il y a la douleur des familles à laquelle s'est associée l'ensemble de la classe politique, hier. Et puis il y a ce débat qui ressurgit, ces questions sur notre engagement militaire en Afghanistan. Est ce que vous dîtes ce matin qu'il n'aura pas fallu envoyer des renforts comme on l'a fait ces dernières semaines sur le terrain.
Ecoutez, d'abord je pense à la douleur des familles, de ce régiment de Castres, de Calvi, de Noyon, parce que quand des soldats français meurent en faisant leur métier pour leur pays, bon... C'est la première chose qu'on éprouve, c'est de la tristesse, et une pensée, que les blessés aussi se rétablissent. Et donc c'est pas le temps de la polémique. En revanche, je crois qu'on peut d'ores et déjà poser des questions : d'ailleurs, on comprendrait mal qu'on ne se les pose pas, nous le PS, au moment où Nicolas Sarkozy a envoyé 700 troupes en renfort en Afghanistan, nous avions déposé tout simplement une motion de censure. Et dans cette motion de censure, nous nous interrogions sur le fait de savoir si une stratégie purement militaire dans ce pays au service d'une guerre sans but et sans fin avait une pertinence. Ce qui se passe n'infirme pas nos interrogations et nos doutes. Donc nous nous posons cette question et nous demandons qu'il y ait, le moment venu, parce qu'aujourd'hui le président de la république est en Afghanistan, il faut être à coté des troupes, et quand des troupes françaises sont engagées, il ne s'agit pas de remettre ça en cause, mais qu'il y ait un débat, et que notamment les ministres compétents, le ministre de la défense, le ministre des affaires étrangères, le premier ministre viennent s'expliquer devant les commissions des Affaires étrangères et de la Défense des deux assemblées...
Mais est ce qu'il n'est pas un peu facile, Pierre Moscovici, de se retrancher derrière la question de la stratégie, alors qu'effectivement, il y a une guerre à mener, et que les américains nous demandent en quelque sorte de partager une partie de ce fardeau... Une guerre contre les talibans avec leurs intentions expansionnistes, l'arrière plan obscurantiste. Est ce que là, c'est pas un peu facile ?
Ecoutez, moi j'ai entendu ce que disait le président de la République hier. Sa résolution à poursuivre la lutte contre le terrorisme, et je n'accepterai pas l'idée selon laquelle il y aurait ceux qui seraient les amis des talibans, sous entendu les socialistes, et d'autres qui seraient partisans de la fermeté sous entendu le gouvernement, la majorité, le président. C'est pas la réalité. J'ai été ministre des Affaires européennes, dans le gouvernement de Lionel Jospin, quand en 2001 nous avons envoyé des troupes françaises en Afghanistan. A l'époque, il s'agissait de renverser les talibans. Je ne suis pas un pacifiste. Simplement, le contexte n'est pas le même. Aujourd'hui, nous sommes devant une guerre qui perdure, et devant une impasse militaire, qui est totale et durable. Ce sont les services de renseignements français qui le disent. Et à partir de ce moment là, il faut s'interroger sur le fait de savoir si cette stratégie est juste...
Pour poser les bonnes questions sur cette stratégie, il faut en être, il faut pouvoir peser...
Ecoutez, si ce genre de raisonnement, pardonnez moi de le dire, nous aurait amené en 2003-2004 à nous trouver aux cotés des Etats-Unis en Irak, et je rappelle qu'à l'époque, Jacques Chirac avait dit non... Je rappelle aussi puisqu'on est dans l'histoire, que Nicolas Sarkozy, je crois que c'était le 26 avril 2007, à quelques jours de l'élection présidentielle, avait dit que la présence militaire française à long terme en Afghanistan n'était pas décisive. Qu'est ce qui s'est passé depuis ? Il s'est passé que le président de la République a souhaité se réengager dans le commandement militaire intégré de l'OTAN. Il s'est passé un rapprochement spectaculaire avec les Etats-Unis. Et il se passe le fait que nous sommes effectivement en train de partager le fardeau d'une guerre dont on doit s'interroger sur les buts. Alors, qu'on me comprenne bien... Je ne plaide pas pour le retrait des troupes françaises.
C'est-à-dire que si vous reveniez au pouvoir aujourd'hui, vous ne diriez pas on retire nos troupes...
Nous ne sommes pas au pouvoir aujourd'hui, mais je ne plaide pas pour le retrait des troupes françaises quand je m'adresse aux autorités françaises. Parce que je crois qu'il faut pas, effectivement céder devant les talibans. Cela dit, la question de la réorientation de la stratégie en Afghanistan, à savoir qu'elle passe de purement militaire à une stratégie politique et une stratégie de société, parce que vous savez, l'aide internationale n'arrive pas... On a un gouvernement qui reste toujours corrompu... On a des forces de sécurité afghane qui ne sont pas capables d'assumer leur propre destin, et si on ne fait pas tout ça, nous aurons des troupes engagées dans des dangers pour très très longtemps sans qu'il y ait la moindre solution qui émerge.
Tous les experts disent qu'il faudrait beaucoup plus d'hommes d'ailleurs sur le terrain. Une petite question puisque souvent les socialistes dénoncent l'alignement de Nicolas sarkozy sur les positions américaines. En l'espèce votre ami Barack Obama a récemment, au mois de juillet, dit lui, qu'il réenverrait 10000 hommes de plus en afghanistan.. Alors si Obama vous le demandait d'envoyer des renforts, vous lui diriez non ?
C'est une question qui est tout à fait forte et qui nous incite à réfléchir sur ce que serait une présidence Obama. Vous savez, moi je soutiens Barack Obama, parce que je souhaite en finir avec les années Bush, qui nous amènent là, en Irak, dans un nouveau bourbier en Afghanistan. Mais l'élection américaine, elle se déroule aux Etats-Unis. Et l'unilatéralisme américain, avec Obama, il sera moindre, mais il ne s'arrêtera pas. Je ne suis pas qqn qui soutient le président des Etats-Unis en tout. Quand Barack Obama se prononce pour la peine de mort ou la vente des armes, je ne le soutiens pas. Et donc demain, avec un président des Etats Unis qui s'appelle Barack Obama, la France devra continuer d'être alliée, amie, plus qu'aujourd'hui, mais aussi pas alignée et de dire des choses aux Américains, y compris les désaccords, et sur l'Afghanistan, il y aura un désaccord avec Obama, comme il y a un désaccord avec Bush.
Il y a les socialistes maintenant qui demandent donc une mission parlementaire d'information pour avoir plus d'éclaircissement sur la guerre et les buts de cette guerre. Parlons de la Géorgie. Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, a laissé percer son amertume hier. Il a publiquement émis des doutes finalement que les Russes respectent leurs engagements. Ils sont pris maintenant pour vendredi. Ils ont promis de se retirer. On est condamnés à attendre ?
On est condamnés à attendre, mais je suis extrêmement sévère avec ce qui se passe depuis une semaine sous l'égide de Nicolas Sarkozy. Le président de la République a fait preuve d'énergie. Il a fait preuve de détermination. Il s'est rendu sur place. Il a proposé un plan rapide. Et ça c'est son point fort. En revanche, il y a plusieurs lacunes qui se font jour. Première chose : on a joué cavalier seul. On n'a pas fait avec les européens notamment. avec les allemands qui sont plus fermes que nous par rapport aux russes. Deuxième chose : le cessez le feu a été fait aux conditions des russes. Et je suis scandalisé qu'on ait pas parlé de l'intégrité territoriale de la Géorgie, qu'on ait pas évoqué le statut future de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud, qu'on ait pas respecté les règles du droit international.
Chaque chose en son temps, a dit la diplomatie française.
Ecoutez, ne plaisantons pas. Comment s'étonner dans ces conditions que les russes s'essuient les pieds sur cet accord de cessez le feu. En réalité, cela a été fait aux conditions des Russes, ça n'est pas comme ça qu'on grandit l'Europe, c'est pas comme ça qu'on agit en Europe. Cette diplomatie est une diplomatie égocentrique, cynique, sans principe, et beaucoup trop complaisante avec les forts. Le résultat, c'est la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui, qui est une situation dans laquelle ni le droit international ni les faits ne vont dans le bon sens.
La diplomatie française, qui est faible avec les forts et fort avec les faibles. C'est votre conclusion ce matin...
En tout cas, elle est faible avec les forts... Et forte avec les faibles, ça reste encore à voir...
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