La "TVA sociale" permettra-t-elle de créer des emplois ? : François Baroin, ministre de l'Economie, débat avec les auditeurs de RTL
Créé le 03/11/2009 à 09h25 - Mis à jour le 16/12/2009 à 07h56

Malek Boutih à RTL le 3 novembre 2009 / La rédaction de RTL
L'ancien président de SOS Racisme, membre du Bureau national du PS, répondait mardi aux questions de Jean-Michel Aphatie.
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Malek Boutih.
Malek Boutih : Bonjour.
On parle beaucoup ce matin, parce que les premiers extraits en sont publiés, du premier tome des mémoires de Jacques Chirac. Est ce que vous le lirez, ce lirez, ce livre, Malek Boutih ?
Oui, en général la vie politique française est plus intéressante conjuguée au passé qu'au présent, malheureusement. Et donc en général les mémoires, surtout d'anciens présidents, sont toujours très intéressantes à lire.
"Je me dis finalement qu'on regrette Jacques Chirac". C'est ce qu'avait déclaré Martine Aubry au mois de mars dernier. Vous le regrettez, vous ?
Non, j'ai pas de regrets. Je suis plutôt impatient qu'on saute une génération en politique que de retourner en arrière.
Le débat sur l'identité nationale a officiellement démarré hier. Cette question pour ce débat : "pour vous, qu'est ce qu'être Français ?". Alors, pour vous, qu'est ce qu'être Français, Malek Boutih ?
C'est... Si je fais un témoignage personnel, c'est une histoire assez compliquée, puisque j'étais un enfant d'immigrés algériens qui s'étaient battus pour l'indépendance. On était en France alors qu'ils s'étaient battus pour l'indépendance. Et qu'est-ce qui fait qu'on est Français ? Bah je crois, on vit en France, on parle Français, on prend goût, on finit par aimer les saisons, les premiers novembre sous la pluie, le caractère français. Il y a beaucoup de choses, mais il y avait une difficulté. Il y a toujours, je pense, chez certains Français en tout cas, une certaine souffrance à voir qu'en fin de compte, il y a toujours un regard, une suspicion. Le danger pour le débat qu'a lancé le ministre, c'est peut être de raviver cette suspicion.
Vous voulez dire des Français qui ont le nom que vous portez, qui renvoie à un autre pays : c'est ça que vous voulez dire ?
Oui, puis l'expérience m'a montré qu'il n'y a pas que les enfants d'étrangers ou ceux qu'on appelle les "minorités", qui ont des difficultés. Je veux dire, quand vous vous promenez en province, il y a des gens qui se demandent s'ils appartiennent au même pays. Je veux dire, quand vous êtes dans un petit coin de province où beaucoup de choses ont disparu, où le président communique sur facebook, ça vous paraît être un autre univers, par exemple. Bon... Il y a un pays comme ça qui se cherche un peu, et il y a des gens qui parfois se sentent exclus, et pour d'autres, oui, il y a une suspicion qui existe en permanence.
Au fond, en vous écoutant, Malek Boutih, on se dit que ce débat n'est peut être pas inutile, s'il y a des gens qui se cherchent un peu.
Malheureusement, je ne sais pas si c'est aux préfectures d'organiser ce genre de débats. Moi, je crois qu'il y aurait... Vous savez, le nationalisme, ça peut être la pire et la meilleure des choses. La meilleure quand c'est les résistants qui la portent par exemple ; et la pire des choses, quand ça envoie à la boucherie de 14-18. Donc la question c'est à quoi ça sert tout ça ? Et j'ai l'impression qu'il n'y pas de projet par derrière, et qu'il y a plutôt l'idée de raviver des passions, des tensions, que de trouver quelque chose qui nous permettent tous collectivement d'avancer dans ce pays.
Vous êtes membre du bureau national du PS. Le Parti socialiste... Ses dirigeants doivent-ils participer à ce débat, Malek Boutih ?
S'ils le souhaitent. S'ils ont envie d'y participer. Je crois pas que le débat en soi est gênant. Maintenant, le PS a tellement de travail que je sais pas s'il aura le temps de participer à ce débat.
Ca, c'est autre chose... Vous allez y participer, vous ? Vous allez poster votre contribution sur le site d'Eric Besson, vous allez aller dans les préfectures ?
Non, non, non. Parce que je crois qu'il y a une confusion entre ce qui est le travail intellectuel nécessaire à ce pays, ou celui qui peut être organisé par exemple par la presse et le rôle politique. Moi je crois pas que ce soit le rôle d'un gouvernement et de préfets de nous expliquer, d'organiser les débats. Il y a même quelque chose d'un peu limite à remettre comme ça une sorte de parole idéologique de l'Etat, qui va nous expliquer comment être français, comment se lever ce matin, comment se coucher le soir. Je crois qu'il y a du travail là encore pour le gouvernement aussi.
Dans le "Parisien" du 1er novembre, Ségolène Royal disait : "La Gauche ne doit pas rejeter ce débat sur l'identité nationale, et encore moins le craindre".
Mais le débat sur l'identité nationale, le problème c'est pas de le craindre, de le rejeter, ou de s'y lancer à corps perdu. Le problème c'est de lui donner une consistance. C'est que ça fait vingt ans qu'on en parle, et on arrive pas à trouver ce lien humain qui ferait que notre pays se dépasse. C'est arrivé. Il y a eu des petits moments. Tout le monde se souvient de ce qui s'est passé pendant la coupe du monde 98. Au delà de la fête pour le football, etc. Il y a ce sentiment tout à coup on se découvrait qu'on était content d'avoir du bleu-blanc-rouge sur le visage, et qu'on était surpris de voir les gens dans la rue. Mais la politique, elle est pas capable de donner aujourd'hui une consistance et l'absence de projet, je dirais français, dans ce pays, pèse énormément, c'est-à-dire un projet collectif, un destin commun qu'on pourrait construire. Et je trouve qu'on est dans des débats souvent très technique, beaucoup de coups de pied sous la table, et très peu de grandeur. Et l'absence de grandeur dans la politique française, à mon avis, nuit à la construction de l'identité nationale.
Vous disiez, Malek Boutih qu'après tout les dirigeants socialistes avaient autre chose à faire qu'à débattre de l'identité nationale. Vous avez donné vous même une interview étrange à "VSD" la semaine dernière. Vous disiez ceci : "Si on gagnait l'élection présidentielle en 2012, c'est-à-dire si les socialistes gagnaient l'élection présidentielle en 2012, cela pourrait nous détruire encore plus que Francois Mitterrand ne l'a fait". Alors quand on lit ça, on se dit tiens...
Bah oui, parce que je crois qu'il faut avoir le courage de constater que la prédiction de Francois Mitterrand s'est totalement établie quand il disait que les institutions étaient dangereuses avant lui, qu'elles le seraient après lui. Elles sont terribles, elles émiettent, elles détruisent, elles dévertèbrent, et aujourd'hui ce serait une aventure individuelle... Alors je veux pas jeter la pierre éventuellement à une victoire, mais soyons honnête : ça n'apporterait pas une espérance nouvelle, ce serait une gestion de Gauche peut être, mais il n'y aurait plus cette dynamique, cet espoir, et je ne vois pas pourquoi les générations futures n'auraient pas le droit à leur part de rêve que celles qu'il y a eu dans le passé. Alors peut être qu'il y a eu des désillusions, mais c'est bien aussi un peu d'avoir du rêve. Et je pense que la Gauche doit rompre avec le présidentialisme. On ne fait que ça. On ne travaille que ça. On ne pense qu'à ça. Et on n'a plus de projet. Moi, je préfèrerais gagner une élection législative. La Gauche aurait plus intérêt à gagner une élection législative que de se concentrer à 100% sur la Présidentielle.
Mais vous ne pouvez pas gagner les élections législatives, si vous perdez l'élection présidentielle. Ca c'est pas possible.
C'est déjà arrivé. Et on avait dit que c'était impossible, qu'on avait construit les institutions de la Vème République pour ça. Or, c'est déjà arrivé. Je ne crois pas moi que ce soit impossible, je crois que quand on concentre trop l'activité, la mobilisation d'un parti sur la Présidentielle, il se passe ce qui s'est passé la dernière fois : on a quasiment laissé la Législative en se disant, bon, perdu c'est perdu. C'est pas vrai. Moi je crois que les choses sont beaucoup plus compliquées. Je dis pas qu'il ne faut pas participer à la Présidentielle.
Non, il faut participer pour la perdre. C'est assez étonnant d'entendre un dirigeant politique, je le rappelle, vous êtes membre du bureau national du PS, Malek Boutih, expliquer que la Présidentielle, qui est l'élection à partir de laquelle tout se construit... Bah celle là, il vaut mieux pas la gagner.
Bah, moi je vous dirais une chose. L'élection présidentielle, c'est l'élection à partir de laquelle tout se détruit en politique, parce que tout devient individuel, tout devient autour de l'aventure d'une personne. Alors après, on peut y mettre le verbe idéologique qu'on veut, reconstruire l'histoire a posteriori. Mais la vérité de l'élection présidentielle dans nos institutions actuelles, c'est l'histoire de l'aventure d'un homme ou d'une femme, de son parcours, et les autres doivent s'adapter à son parcours et à son aventure. Et c'est donc la fin du collectif. Alors que la Droite française se soit très bien adaptée à ce modèle là, c'est pas étonnant, c'est dans sa culture, c'est sa manière de concevoir le pouvoir. Et voilà, c'est sa logique. Et d'ailleurs, elle en profite maintenant. Pour la Gauche, c'est mortifère...
Vous vous sentez bien au PS aujourd'hui Malek Boutih ?
Vous savez, aujourd'hui, je suis comme les électeurs de gauche. Je sais pas s'il y a des endroits où on se sent bien. Il y a des endroits où on se sent moins pire qu'ailleurs, voilà.
C'est pas terrible...
Bah non c'est pas terrible. On aimerait bien avoir autre chose oui effectivement.
Vous êtes désenchanté de la politique ?
Non, absolument pas désenchanté. Moi je crois que je fais partie des générations qui sont là pour essayer de construire une perspective pour ceux qui vont venir. Peut être qu'on verra pas de superbes choses, mais en tout cas on y travaille pour les autres.
Quand ils vous entendent sans doute ce matin sur RTL, les présidentiables du PS doivent se dire : "Mais qu'est ce qu'il raconte ?"...
Bah il raconte quelque chose que les autres n'osent pas leur dire. C'est à dire que il y en a marre de rouler pour eux.
Malek Boutih, qui dit des choses que d'autres n'osent pas dire, sur RTL ce matin... Bonne journée.
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