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INTERNATIONAL

Les Suisses votent l'expulsion des délinquants étrangers

Créé le 29/11/2010 à 09h04

Affiches du parti de droite suisse UDC invitant à voter pour un durcissement des renvois de criminels étrangers à Lausanne le 28 novembre 2010

Affiches du parti de droite suisse UDC invitant à voter pour un durcissement des renvois de criminels étrangers à Lausanne le 28 novembre 2010 / AFP

Les Suisses ont approuvé dimanche l'initiative de la droite populiste sur l'expulsion automatique de criminels étrangers, un vote qui suscite déja de vives réactions d'indignation, un an après l'interdiction de construction des minarets. Selon un décompte des voix définitif dans les 26 cantons de la Confédération, le oui en faveur du durcissement de la politique de renvoi pour les criminels étrangers l'emporte avec 52,9% des voix contre 47,1% de non. Le contre-projet présenté par le gouvernement a quant à lui été repoussé à 54,2%. Seuls les électeurs de cantons essentiellement francophones dont Genève, le Jura, Bâle-Ville, Fribourg, Vaud et Neuchâtel, ont dit non au tour de vis réclamé par le parti de droite dure, l'UDC. Le résultats du referendum en Suisse
Le renvoi des criminels étrangers est déjà possible en Suisse sous certaines conditions mais le texte proposé par l'UDC va plus loin en proposant un retrait automatique du droit de séjour des étrangers inculpés sans prendre en compte la gravité des délits, le renvoi fonctionnant autant pour des crimes graves que pour les cas d'"abus de l'aide sociale".

Le vote a été immédiatement qualifié de "journée noire pour les droits humains en Suisse" par Amnesty International.

La Section suisse de l'organisation s'est déclaré profondément choquée par le résultat du scrutin. "Des dispositions violant les droits humains n'ont rien à faire dans notre Constitution. Les initiants ont une nouvelle fois abusé du droit d'initiative dans le but d'augmenter leur capital politique par des propos xénophobes", indique l'ONG dans un communiqué.

Les Verts se sont quant à eux déclaré "consternés de devoir constater une nouvelle violation du principe d'égalité devant la loi inscrit dans la Constitution fédérale".

"C'est un jour très noir pour la Suisse car on a heurté une grande partie de la population étrangère de notre pays à qui on a manqué de respect", a commenté pour sa part le secrétaire général de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), Beat Meiner.

"Si on l'applique, on aura de gros problèmes avec l'Union européenne qui n'acceptera jamais" qu'on renvoie ses ressortissants. "On va être condamné par le Conseil de l'Europe à chaque fois que l'on voudra renvoyer un étranger pour une bagatelle", a-t-il dit.

Pratiquement un an jour pour jour après l'interdiction de la construction des minarets dans la Confédération, l'UDC s'est pour sa part félicité des résultats du vote.

"C'est un premier pas sur la voie de la sécurité qui démontre la préoccupation de la population à l'égard de la politique d'émigration de la Suisse", indique le parti dans un communiqué.

La campagne de l'UDC a été de fait soutenue par une débauche d'affiches ouvertement xénophobes dans un pays qui compte 21,7% d'étrangers. "Ivan S., violeur et bientôt Suisse?", proclamait l'une d'entre elle sur un profil de moustachu musclé à mine patibulaire.

Le Conseil Fédéral (gouvernement) a indiqué pour sa part à Berne que la "majorité des votants ont clairement exprimé que la criminalité des étrangers est pour eux un problème sérieux" et "exécutera le mandat qui lui a été confié".

Néanmoins la ministre de la justice Simonetta Sommaruga a tenu à rappeler que les étrangers "fournissent une contribution essentielle à la vie économique, sociale et culturelle du pays".

Le deuxième sujet de la votation de dimanche, une initiative du PS "Pour des impôts équitables" dans un pays considéré comme un havre fiscal a été pour sa part plus largement rejetée avec 58.5% des voix.

Cette initiative était réclamée par le parti socialiste pour mettre un terme à la concurrence fiscale entre cantons cherchant à attirer les grosses fortunes.

Certains Suisses inquiets pour l'image du pays

Dans le petit bureau de vote de Chambésy, près de Genève, la majorité des rares électeurs à ne pas voter par correspondance s'inquiétaient dimanche de l'image de la Suisse résultant du oui au durcissement de la politique de renvoi de criminels étrangers, réclamé par la droite radicale.
  
Un an après l'interdiction des minarets, l'initiative du parti populiste UDC proposant un renvoi automatique des criminels étrangers sans prise en compte de la gravité des délits, a été approuvée haut la main, avec 52,9% des voix.

Peu avant les résultats, Sylvia, une mère de famille âgée de 35 ans, avait avoué son inquiétude. Un oui "montrera une fois de plus le renfermement de la Suisse".

"J'ai honte chaque fois qu'il y a ce genre de vote, cela ne représente pas le pays que j'aime", déplore-t-elle.

Dominique, 39 ans, qui vient également de s'acquitter de son devoir d'électeur dans le local de la petite commune de 3.500 habitants qui compte 1.500 de votants, renchérit: "je trouve que ce genre d'initiative n'a pas sa place en Suisse qui est là pour accueillir et non renvoyer les étrangers en difficulté".

Elle rappelle que dans la Confédération, qui compte 21,7% d'étrangers parmi ses quelque 7,5 millions d'habitants, "chacun a un étranger dans sa famille".

Pour Roberto de la Tour, il ne fait pas de doute que ces résultats sont dus au parti de droite populiste qui alimente un sentiment d'insécurité et de xénophobie en faisant un lien constant entre criminalité et étrangers.

Ainsi toute la campagne du premier parti de la Confédération (qui compte environ 27% des sièges au Parlement) a été fondée sur des arguments selon lesquels 59% des responsables d'homicides inculpés étaient des étrangers.

Le parti, qui se distingue depuis plusieurs années par ses campagnes d'affiches choc, s'est à nouveau appuyé sur des affiches montrant des moutons noirs expulsés du territoire helvétique ou un homme à la mine patibulaire décrit comme "Ivan S., violeur et bientôt suisse?", dans une allusion à peine voilée aux ressortissants des Balkans.

"L'UDC m'énerve. Ce qui m'embête, c'est qu'il crée une sorte de tension au sein de la population", explique M. de la Tour qui a voté contre le projet.

"Je ne suis pas contre les renvois" qui se font déjà dans un cadre législatif précis, poursuit-il, "mais ce genre d'initiative crée une sorte de psychose anti-étranger qui n'est pas justifiée".

Elle nourrit "un sentiment de xénophobie en montrant des exemples de criminels extrêmes qui sont peu nombreux, et qui créent le sentiment pour ceux qui regardent la télévision qu'étranger équivaut à criminel". "On ne peut pas renvoyer systématiquement", insiste-t-il.

La question de l'automaticité des renvois ainsi que l'absence de proportionnalité dans la prise en compte des délits qui concernent également les abus de l'aide sociale, ont de fait provoqué un tollé au sein des partis et du gouvernement qui ont jugé l'initiative "anticonstitutionnelle" et "contre le droit international".

A l'instar de la majorité des électeurs helvétiques, particulièrement nombreux dans les cantons alémaniques, Françoise, une quinquagénaire native de Chambésy, ne le voit pas de cet oeil. Pour elle, l'insécurité est devenue bien réelle et il est temps d'agir.

Elle justifie son oui à l'initiative en expliquant que "les prisons sont pleines, avec beaucoup d'étrangers". "C'est nous qui devons payer, il y en a ras-le-bol", s'insurge-t-elle.

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