Les banques françaises sont-elles suffisamment solides pour faire face à une crise financière ? : le "Débat" avec Serge Maître, président de l'Association française des usagers des banques (Afub)
Créé le 29/12/2010 à 07h14

Le PDG de LVMH, Bernard Arnault / AFP
C'est un peu le deuxième Noël des patrons. Les dirigeants des entreprises françaises cotées en Bourse se bousculent, comme c'est de tradition au mois de décembre, pour acheter les actions permises par leurs stock-options. Cette part variable importante de leur rémunération peut en effet être l'occasion de réaliser de juteuses plus-values ou de se renforcer dans le capital de leur entreprise. Craintes d'une hausse des impôts, incertitudes entourant l'économie mondiale, le redressement des marchés financiers sont autant de raisons qui incitent les patrons à tirer profit de ces titres avant la nouvelle année.
Les stock-options sont des options d'achat d'actions à un
prix fixe, déterminé au moment de leur attribution aux salariés ou
gestionnaires d'une entreprise. Le bénéficiaire a tout intérêt à
"exercer" ces options (c'est-à-dire acheter les actions auxquelles elles
donnent droit) quand le cours en Bourse est supérieur au prix d'achat
de l'action. Il peut ainsi dégager instantanément une plus-value.
La fiscalité sur les
plus-values de cession va être alourdie à compter du 1er janvier. Ces
plus-values sont actuellement imposées à 30,1%, contre 31,3% à partir de
2011.
"En
vendant avant le 31 décembre, ils sont sûrs d'être moins imposés qu'ils
ne le seront à partir de l'an prochain", résume Danielle Siboni,
avocate fiscaliste au cabinet Simon Associés.
Concrètement, si l'homme d'affaires Bernard Arnault vendait
avant le 31 décembre le 1,38 million de stock-options de son groupe de
luxe LVMH, récupéré depuis un mois à un prix deux à trois fois inférieur
au cours de Bourse, il réaliserait une plus value de 99 millions
d'euros mais devrait payer au fisc 29,8 millions d'euros. La ponction
passerait à 31 millions d'euros si l'opération se faisait le 1er
janvier.
Les stock-options seront par ailleurs imposables dès le
premier euro vendu à partir du 1er janvier, selon la loi de financement
de la sécurité sociale (LFSS) pour 2011.
"Les prélèvements sociaux vont aussi augmenter", souligne Grégoire Dupont, du cabinet Cyrus Conseil.
Reste
aussi l'inconnue sur la grande réforme fiscale annoncée par le
gouvernement à l'été 2011 dont on ignore encore les contours : "Dans le
doute, certains patrons préfèrent bénéficier des taux de prélèvement
actuels et éviter toute mauvaise surprise", avance Me Siboni.
Parmi
les bénéficiaires, le directeur général adjoint du groupe de BTP Vinci,
Christian Labeyrie, a réalisé un gain d'environ 1 million en cédant
seulement la moitié de ses stocks-options entre le 14 et le 20 décembre.
Comme
Bernard Arnault, le PDG de Danone, Franck Riboud, a exercé la semaine
dernière plus de 140.000 stock-options, sans les vendre. En les
revendant le jour même, il aurait pu réaliser une plus-value de 2,79
millions d'euros.
"Détenir des actions, mais ne pas les vendre,
permet d'augmenter sa part dans le capital. S'il ne les vend pas, un
dirigeant augmente son pouvoir. Il confirme son poids dans la société",
estime Marc Touati, directeur d'Assya Compagnie Financière.
Après
le tollé provoqué par les bonus des traders et des banquiers, les
patrons peuvent hésiter à exercer leurs stock-options par peur que leurs
mirobolantes plus-values suscitent la réprobation populaire dans une
période où le gouvernement appelle à se serrer la ceinture, note
Jean-Paul Pierret de Dexia Securities.
(avec AFP)
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