Le troisième grand choc pétrolier vu par Christian Menanteau

Créé le 26/05/2008 à 07h20 - Mis à jour le 06/06/2008 à 09h41

Christian Menanteau

Christian Menanteau / La rédaction de RTL

Le prix du pétrole poursuit son envolée : tous ceux qui se promènent à travers la France s'aperçoivent de l'augmentation du prix de l'essence à la pompe. On peut désormais parler de crise, et ces dérèglements touchent tous les secteurs de l'économie. Oui. Il est clair que nous sommes face à un nouveau choc pétrolier. Le baril de brut à 135 dollars, ce n'est plus un accident conjoncturel. Nous entrons dans un nouveau cycle structurel, dans lequel le pétrole va coûter de plus en plus cher, et va être de plus en plus rare.

On va regarder le prix, d'abord. En douze mois, il a été multiplié par deux. Il a même augmenté de 35 dollars en vingt jours, et tout indique que ça ne va pas s'arranger. Les pays de l'Opep, comme le Nigéria ou le Venezuela, sont incapables de structurer leur exploitation et ne peuvent donc pas produire plus. Quant aux pays du Golfe ou l'Algérie, par exemple, même s'ils en étaient capables, ils ne le souhaitent pas.

La rareté, ensuite. Les experts nous préviennent que le pic de production, c'est-à-dire la production maximum par rapport au volume de réserve - ce signal allait basculer - il semble que ce rendez-vous approche de plus en plus vite. L'Agence Internationale de l'Energie vient de réviser, à la baisse, les capacités mondiales de production, en étudiant les 400 principaux gisements du monde. Au mieux, ils fourniront 100 millions de barils par jour, alors qu'on en espérait 120.

Et ce n'est pas pour étancher la soif des pays industrialisés, et encore moins celle de l'Inde ou de la Chine qui, selon certains minorent même l'importance de sa consommation. Donc, on arrivera à boucler la boucle. D'autant que les pétroliers ne découvrent plus de gisements faciles à exploiter. Les 5 majors, dont le français, Total, ont pourtant un budget global de recherche et d'exploitation de 75 milliards d'euros par an.

Donc, l'impact économique de ce choc risque de se diffuser au-delà des pêcheurs et des routiers ?

Oui. C'est inéluctable ! Nous n'en sommes, maintenant, bien sûr qu'aux grands discours type "Grenelle", mais il est vrai que notre organisation économique et nos comportements n'ont pas encore changé.

Actuellement, il n'y a toujours quasiment pas d'alternative à l'automobile. Les français rognent d'autres budgets pour faire face aux factures de carburant, mais cela ne pourra pas durer ni en France, ni ailleurs. C'est toute l'industrie du transport qui doit entamer une mutation sans précédent. Il en sera de même du transport aérien.

Depuis le début de l'année, la seule surcharge "carburant" impacte de 200 euros un billet aérien transatlantique. D'une manière plus générale, c'est notre niveau de vie qui va être soumis à rude épreuve. La première crise de 1974 avait été amortie au détriment des entreprises : cela est impossible, en 2008, dans une économie qui est mondialisée où la compétitivité des entreprises conditionne l'emploi et le pouvoir d'achat.

Et puis, d'ailleurs, ces entreprises elles-mêmes ne sont pas épargnées. Depuis janvier, des incidents de paiement des sociétés ont augmenté de 45%, en France. Un phénomène qui est aussi très fort aux Etats-Unis, en Espagne ou en Grande Bretagne.

Alors, si à la crise du crédit s'ajoute celle de l'énergie que nous vivons actuellement, c'est toute la mécanique qui risque de se gripper. Et si la ponction est trop forte pour les entreprises, cela se répercutera sur l'emploi et le pouvoir d'achat. Vous le voyez, le dossier "pétrole" dépasse largement les seuls problèmes de la pompe à essence.

*** Le coup de fil du jour :

Au général de brigade, Xavier Michel, le directeur général de l'école Polytechnique à qui je demande à quoi sert encore le concept de "Corps des mines", alors que le dernier objet de leur expertise, les houillères, a été fermé en 1990.

*** La note du jour :

15 sur 20 aux jeunes étudiants de l'Ecole Centrale de Lille : ils ont inventé le co-stationnement, sur le modèle du co-voiturage. Le principe est simple : vous avez un parking personnel inutilisé, vous le proposez à des usagers en quête de stationnement dans votre quartier. La relation se fait par internet. Ce serait une très bonne idée pour Paris où 30.000 véhicules cherchent tous les jours une place à travers les rues de la capitale.

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