JUSTICE

La grâce partielle de Jean-Charles Marchiani vue par Serge July

Créé le 24/12/2008 à 07h40 - Mis à jour le 24/12/2008 à 09h54

Serge July

Serge July / La rédaction de RTL

La grâce partielle de Jean-Charles Marchiani par le président de la République fait débat... Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il fait cette faveur à ce proche de Charles Pasqua ? Que cache vraiment ce geste ? La chronique de Serge July. Nicolas Sarkozy s'était prononcé contre le principe des grâces présidentielles. Finalement il y a cédé. Pourquoi ce revirement?

Le chef de l'Etat avait supprimé les grâces traditionnelles du 14 juillet, en arrivant à l'Elysée.

Au bout d'un an et demi, l'usage de cette prérogative monarchique devait quand même le démanger, puisqu'il a décidé de faire une exception.
Quitte à faire une exception, il aurait pu s'intéresser à tous ceux qui sont abusivement en détention préventive en attendant d'être jugés pour des délits mineurs. Non, il a préféré grâcier, même de manière partielle, un ex-préfet condamné pour corruption, Jean-Charles Marchiani. Pour y parvenir, le Président a construit une usine à gaz impliquant 27 détenus méritants, destinée à camoufler cette libération. Résultat : on ne voit qu'elle.
Tout le monde connaît cette fable de La Fontaine, "les animaux malades de la peste" et qui s'achève par ces vers, je cite : "suivant que vous êtes puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir". Fin de citation.

Il faut croire que si Nicolas Sarkozy n'a pas été sensible à La Fontaine, il a dû céder à d'autres arguments, inconnus de nous. A moins bien sûr, qu'en temps de crise, et on sait le chef de l'Etat très pessimiste sur le déroulement de l'année 2009, il ait considéré qu'il était de bonne politique de resserrer les rangs autour de lui. Comme de Gaulle grâciant les généraux et les officiers de l'OAS en 68, ou François Mitterrand en 82, rendant aux mêmes leurs décorations. En tout cas, ils sont 26 qui, grâce à Jean-Charles Marchiani, ont droit à un joyeux Noël.

Evidemment, cette libération suscite une bronca politique?

C'est toujours pareil quand l'auteur d'une déclaration de principe se laisser aller à prendre des libertés avec lui-même : il y a un effet boomerang. D'autant que Jean-Charles Marchiani est un homme qui a aimé rendre des services en tous genres. Un peu à l'Etat, mais oui, beaucoup à ses amis politiques et autres qui, très mobilisés, le lui rendent bien. Il a aimé aussi se rendre passionnément service, si on en croit la chronique judiciaire.
Il n'a pas que des amis d'ailleurs. Yves Bonnet, l'ancien patron de la DST, qui en sait beaucoup plus long que moi, l'a qualifié "d'escroc du renseignement". Le procureur qui a requis contre lui, a dit, je cite, "qu'il s'agit d'un fonctionnaire qui donne de la France l'image d'un pays où la corruption permet sans difficulté d'acheter des décideurs publics".

Il a été condamné deux fois. Beaucoup de magistrats, dans plusieurs affaires, et ce n'est pas fini, se sont intéressés de très près à lui.  Le journaliste Pierre Péan, qui a enquêté sur la légende de Marchiani libérateur d'otages, a rencontré beaucoup de vrais intermédiaires qui ne partageaient pas cette opinion.

En tout cas, depuis les années 70, cet homme à tout faire de la République, aura sans doute été très utile à Charles Pasqua, comme il aura l'occasion de le dire dans quelques instants, mais aussi à Jacques Chirac, au point d'être nommé par lui, préfet du Var, ce qui n'allait pas de soi !

Quelle est la morale de cette histoire?

Je n'oublie certes pas la fidélité indéfectible que lui aura témoigné Jean-Paul Kaufmann, otage pendant 3 ans au Liban. Dans le cas de Jean-Charles Marchiani, la moralité publique s'en sort quand même très mal : ce préfet a été condamné à deux reprises pour abus de bien sociaux et trafic d'influence.

Mais c'est sans doute ce qu'on appelle la raison d'Etat, la très mal nommée. J'ai remarqué en effet, qu'à chaque fois qu'elle était invoquée, c'était toujours une déraison.

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Polémique autour de la grâce présidentielle pour Jean-Charles Marchiani

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