Crédit : Mathieu Delahousse
Crédit : Jérôme Kerviel
La défense plaide la relaxe dans une chaleur étouffante
L'ultime séance de ce procès en appel a été riche en rebondissements. C'est tout d'abord le visage de l'avocat de Jérôme Kerviel, me David Koubbi, qui a frappé les esprits. Celui qui est également le défenseur de Tristane Banon, la jeune femme qui accusait DSK d'agression sexuelle, s'est présenté dans la salle d'audience le visage tuméfié à la suite d'une agression subie mercredi soir.
La chaleur infernale qui régnait dans la tribunal a également perturbé les débats, l'ex-trader ayant même été victime d'un bref malaise, qui a entraîné une suspension d'une vingtaine de minutes de la plaidoirie de son avocat. Le prévenu est sorti précipitamment, semblant avoir la nausée. Il est revenu peu après, pour repartir aussitôt.
Le procès en appel, entamé le 4 juin, s'est en tout cas achevé avec la plaidoirie de la défense qui a demandé la relaxe du prévenu. "Le doute doit profiter à Jérôme Kerviel, il doit emporter la relaxe", a
déclaré dans sa plaidoirie Julien Dami Le Coz, collaborateur de David
Koubbi, principal avocat de l'ancien trader de la Société Générale
poursuivi pour une perte de 4,9 milliards d'euros début 2008.
"Ce qui a été requis, ce n'est plus une peine, c'est un châtiment", a
estimé avant lui Benoît Pruvost, associé du même cabinet d'avocats. Mercredi, l'avocat général a en effet requis contre Jérôme Kerviel, "pervers et manipulateur" selon lui, cinq ans de prison ferme, peine maximum
encourue, alors que l'ancien trader avait été condamné en première
instance, en 2010, à trois ans ferme et deux avec sursis.
Le tribunal l'avait aussi condamné à des dommages et intérêts
astronomiques de 4,9 milliards d'euros, montant de la perte dont il
avait été jugé seul responsable.
En appel, les avocats de la Société Générale ont demandé le même montant de dommages et intérêts, même s'il est évident que Jérôme
Kerviel, 35 ans, issu d'une famille modeste et désormais sans emploi, ne
remboursera jamais une telle somme, qui représente 390.000 ans de Smic.
La stratégie de la manipulation paiera-t-elle ?
Il est reproché à l'ancien trader d'avoir pris en 2007 et début 2008,
à l'insu de sa hiérarchie, pour des dizaines de milliards d'euros de
positions spéculatives, dissimulées par des opérations fictives, de faux
courriels et des déclarations mensongères. Des faits qualifiés en droit d'"abus de confiance", "faux et usage et
faux" et "introduction frauduleuse de données" dans le système
informatique de la banque, infractions amplement constituées selon
l'accusation, pas du tout selon la défense.
Jérôme Kerviel n'a jamais nié avoir perdu le sens des réalités,
expliquant s'être retrouvé pris dans un "engrenage". Mais il affirme que
ses supérieurs savaient ce qu'il faisait, ce que tous ont nié
catégoriquement. Durant ce procès en appel, il s'est dit victime d'une machination. La
Société Générale aurait couvert ses positions et l'aurait ensuite
utilisé comme fusible pour masquer ses pertes dues aux "subprimes", les
crédits hypothécaires américains à l'origine d'une crise financière
mondiale en 2008.
Dans une ultime adresse à la cour, Jérôme Kerviel a dit "penser aux salariés du réseau de la Société Générale". "Je leur demande pardon, ils ont souffert d'un système auquel j'ai participé, que je n'ai pas mis en place...", a-t-il confié. "A aucun moment je n'ai menti à la justice", a-t-il conclu, ajoutant qu'il ne "baisserait jamais les bras".
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10/04/2013 - 09h48
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