Irlande : la méthode contestable du référendum

Créé le 13/06/2008 à 07h45 - Mis à jour le 13/06/2008 à 09h48

Alain Duhamel

Alain Duhamel / La rédaction de RTL

L'Irlande a voté jeudi par référendum sur le traité de Lisbonne. On ne connaîtra les résultats que dans la journée. En attendant, vous doutez que la méthode du référendum soit la mieux adaptée pour ce genre de choix ? La chronique d'Alain Duhamel. C'est le meilleur moment pour parler à peu près sereinement d'un sujet qui est très controversé, puisque les Irlandais ont voté. Mais comme on ne connaît pas les résultats, on n'est pas influencé par leur traduction.

Il me semble qu'à propos du référendum, il y a une première chose qui est quand même déjà choquante au plan européen, c'est qu'on peut avoir, comme c'est le cas cette fois-ci, 26 pays qui prennent leur décision par voix parlementaire, et une Nation qui le fait par référendum. De même d'ailleurs, qu'en 2005, c'était la France et les Pays-Bas. A partir du moment où la décision de chaque pays engage tous les pays, la moindre des choses, je trouve, serait que ce soit la même méthode. Ou bien tout le monde par ratification parlementaire, ou alors un référendum européen, le même jour, dans tous les pays, et évidemment avec la même question.

La deuxième chose, on le sait bien, il ne faut pas être hypocrite, quand on pose une question par référendum, les électeurs concernés répondent comme ils le veulent mais rarement sur le sujet lui-même. Et que ce qui se passe en Irlande, quand on a bien suivi la campagne de près, c'en est la démonstration.

C'est-à-dire que le premier sujet, c'était le ralentissement économique. Evidemment le traité de Lisbonne n'y est pour rien, puisqu'il n'est pas ratifié.

La deuxième chose, c'était la corruption, des problèmes de corruption de la classe politique irlandaise. Rien à voir avec le traité.
Le troisième, c'est la question des fermiers irlandais, rien à voir avec le traité.
La quatrième, les problèmes de leurs pêcheurs, et puis ensuite la peine de mort, ou l'avortement.

Et quand on les interrogeait sur le traité, ils disaient : "C'est trop compliqué, on ne l'a pas lu". Et ils avaient raison, parce qu'un traité diplomatique à 27, c'est illisible. C'est illisible pour tout le monde. Et ceux qui racontent que ce n'est pas illisible, ils prennent leurs désirs pour des réalités. Du coup, on vote comment ? On vote les yeux bandés, ce qui n'est pas le comble de la démocratie.

N'est-il pas normal que ce soit le peuple lui-même qui s'exprime directement sur un sujet aussi important ?

Evidemment, sur les principes, vous avez raison, et en plus c'est ce que pensent les gens. Quand on demande aux gens s'ils préfèrent s'exprimer par référendum, ils disent "oui" évidemment, on aimerait mieux avoir notre avis directement.

Cela étant, le Parlement est élu au suffrage universel direct, et que ce soit des parlementaires qui aient à se prononcer sur un traité, alors qu'ils ont été élus par le peuple, autant que quand le peuple s'exprime par référendum, ça n'est pas en soi quelque chose qui est choquant.

Par ailleurs, en ce qui concerne la France, pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait dit très clairement que la ratification se ferait par le Parlement. Il ne l'avait pas dit une seule fois, il l'avait dit dix fois, vingt fois, cent fois. Les Français quand ils l'ont élu, à une petite majorité, mais ils l'ont élu, savaient comment il s'y prendrait. Donc, en réalité, ça signifiait qu'avec le même type de mode de scrutin que le référendum, puisque l'élection présidentielle, suffrage universel direct entre deux personnes, comme le oui ou le non pour le référendum, les Français savaient, et c'est le vote le plus récent, que ça serait une ratification par voie référendaire.

Et puis il faut aussi dire une chose, c'est que le peuple est souverain, il fait ce qu'il veut, on l'a déjà vu, on le voit et on le verra. Ça ne signifie pas forcément qu'il soit infaillible.

Vous êtes hostile à tout type de référendum ?

Non, pas à tout type, parce qu'un référendum local par exemple, sur des choses que les gens connaissent bien, dont ils peuvent mesurer les effets, par exemple ce qu'il faut autour d'une grande ville, qu'il y ait un périphérique supplémentaire ou pas, là oui d'accord, ils ont tout à fait quelque chose à dire, et ils le savent.

Et puis on peut imaginer des systèmes d'initiative populaire, à condition qu'il y ait des filtrages comme dans la réforme constitutionnelle.

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