Guy Drut "pas choqué" par un boycott de la cérémonie d'ouverture des JO

Créé le 31/03/2008 à 07h50 - Mis à jour le 31/03/2008 à 09h44

Guy Drut, ancien ministre des Sports de Jacques Chirac, fait partie du trio candidat

Guy Drut, ancien ministre des Sports de Jacques Chirac, fait partie du trio candidat / AFP

Représentant du CIO en France, Guy Drut a déclaré qu'il n'était "pas choqué" par l'idée de Nicolas Sarkozy de pouvoir boycotter le cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin en août prochain. "Objectivement, il serait ridicule que le président de la République française soit le seul à boycotter, il faut que ce soit une action collective" a déclaré Guy Drut. Retrouvez la vidéo de l'entretien


Jean-Michel Aphatie : Bonjour Guy Drut.

Guy Drut : Bonjour.

Le 13 juillet 2001 à Moscou, le Comité International Olympique attribuait à la Chine la responsabilité d'organiser les Jeux Olympiques 2008. Ils commenceront donc le 8 août prochain. Vous étiez à l'époque, membre du CIO, Guy Drut. Vous l'êtes toujours, bien sûr. Pour quelle raison le CIO avait attribué les Jeux à la Chine ? On savait, bien sûr, à l'époque, que c'était une dictature et plusieurs organisations des Droits de l'Homme avaient mis en garde le CIO contre cette décision.

Il y a plusieurs faits, si vous voulez. Moi à l'époque, j'étais supporter acharné d'une des candidatures de Paris. Nous avions perdu. C'est comme ça. J'étais plutôt axé là-dessus que sur autre chose. Cela dit, j'ai pris très rapidement mes responsabilités de membre. Il faut se remettre un petit peu dans le contexte.

Qu'est-ce qu'on regarde au niveau d'une candidature ? D'abord, la capacité d'organisation de la ville qui est candidate ; et ensuite, l'audience que cela peut procurer au Sport en général et aux valeurs de l'Olympisme en particulier. D'autre part, c'était la dernière grande manifestation présidentielle de Juan Antonio Samaranche, à l'époque président du CIO qui était, lui, un farouche partisan de la candidature chinoise. Outre les pressions multiples et variées qui venaient notamment du Monde économique, je crois que c'est la raison pour laquelle dans une immense majorité, les membres du CIO ont voté pour Pékin.

Y a-t-il eu des regrets, ensuite, d'avoir confié les Jeux Olympiques à une dictature ? Ca n'est pas rien quand même !

Des regrets, non. Parce que je me souviens qu'il y a l'un des membres du CIO chinois qui est un type assez extraordinaire, qui est quelqu'un de très cultivé, qui parle un français comme vous et moi, et qui a fait une prestation lors de cette présentation de la candidature de Pékin, absolument exceptionnelle. Il nous a tous pris aux tripes et je crois que ça aussi, fait partie de la vague qui a été en faveur de la Chine. D'autre part, est-ce qu'on pouvait se priver d'un cinquième de la population mondiale ? Donc, si vous voulez, c'est tous ces critères qui ont joué en faveur de la candidature chinoise, sachant bien entendu que la Chine s'engageait réellement à l'époque à faire en sorte d'ouvrir davantage de dialogue, enfin d'ouvrir le pays. Et le fait d'avoir 25.000 journalistes qui seront présents à Pékin, le fait d'en parler comme on en parle, il y a une réelle ouverture. Donc, c'est plus un pas en avant.

Mais si la Chine a pris des engagements en matière des Droits de l'Homme, visiblement elle ne les a pas respectés ?

Elle ne les a pas complètement, complètement respectés. Ca, c'est le moins qu'on puisse dire. Cela dit, c'est peut-être une façon un peu cru de dire ça aujourd'hui. Mais aurions-nous parlé autant du Tibet aujourd'hui s'il n'y avait pas les Jeux Olympiques à Pékin ?

La réponse est non.

Je n'en suis pas sûr !

Bien sûr. Mais quand on voit que des Tibétains sont massacrés par l'armée chinoise...

Je suis d'accord avec vous. C'est ça qui est complètement regrettable. Et c'est la raison pour laquelle...

Ca suscite un débat au sein du CIO, ça, aujourd'hui ?

Ca n'est pas un débat transversal parce que les membres du CIO, en fait, moi je suis représentant du CIO en France. Je suis un ambassadeur du CIO en France, et nous n'avons pas hors session trop de relations transversales mais plus des relations verticales vers la présidence ; et je sais parce que j'ai eu Jacques Rogge dernièrement au téléphone qu'il y a énormément de membres qui téléphonent, qui s'inquiètent, qui demandent, etc., etc.
   
Le CIO pourrait prendre une initiative quelconque, dire quelque chose ?

Il les prend. Alors, on reproche souvent à Jacques Rogge d'être timoré, d'être tiède.

C'est le président du CIO ?

Oui. Il est discret. Il pratique une diplomatie discrète. Il est en relation constante avec les organes, bien entendu, décisionnaires de la Chine, en général, et de Pékin en particulier, qui sont pratiquement toujours les mêmes pour que des actions soient prises, pour qu'il y ait une résolution qui soit pacifique des problèmes. Enfin, moi ce que je voudrais dire c'est que Dieu Merci aujourd'hui, on met un peu de côté le boycott des Jeux par eux-mêmes, parce qu'objectivement, je trouverai tout à fait anormal que le CIO rompt ses relations sportives avec un pays quand pratiquement tous les pays du Monde entretiennent avec ce même pays des relations diplomatiques. Ca, c'est le premier point. On parle du boycott de la non participation de la cérémonie d'ouverture.

Le Président de la république française, notamment n'exclut pas !

Il a évoqué l'éventualité, la possibilité...

Ca vous a choqué ?

Non, ça ne m'a pas choqué parce que ça rentre bien, en plus, dans le caractère de Nicolas Sarkozy qui de temps en temps pense tout haut, et ça n'est pas plus mal. Ca a créé une vraie question, un vrai dialogue dans la dernière réunion des pays de l'Union Européenne. On voit que les positions sont distinctes, variées, parfois opposées. Mais objectivement, je crois qu'il serait ridicule que le Président de la république française soit le seul à boycotter. Donc, il faut que ce soit une action collective, que j'ai le droit comme citoyen ...

Vous, en tant que membre du CIO, vous comprendriez que par exemple, les Etats européens boycottent la cérémonie d'ouverture ?

Si vraiment il n'y a aucune amélioration qui est apportée, je peux le comprendre, je pourrais le comprendre. Je ne dirais pas que je l'approuve, mais je peux le comprendre.

La flamme olympique sera à Paris lundi prochain.

Tout à fait.

Prenez-vous des mesures particulières pour éviter que des manifestations pro-tibétaines ne viennent perturber le parcours de la flamme ?

Bien entendu. Je sais que le Comité Olympique français qui est organisateur, est en relation constante avec la préfecture de Paris pour que tout se passe pour le mieux.

Et pour le mieux, ça veut dire ?

Ca veut dire qu'il n'y ait pas d'incident, que ça reste bien entendu... Personne n'empêche personne de parler. Moi je vois ce que font les athlètes aujourd'hui et c'est pas l'athlète engagé que j'ai été qui va dire le contraire. Il y a une vraie prise de conscience de ce qui se passe à l'étranger ; et pour une fois que les athlètes ne se comportent pas en musculaire, je ne vais pas dire le contraire, c'est pas plus mal.

Un mot rapide. Il est possible que des images viennent en différé de Chine pour que la censure chinoise puisse opérer avant leur diffusion. Vous vous souciez de ça au CIO en un mot ?

Oui, de toute façon ça ne sera pas possible puisque le signal pendant les Jeux Olympiques sera donné par une organisation qui est sous l'égide du CIO, donc... Alors ce qui va se passer en Chine, on ne le sait pas.

Pas de risques. D'accord.

Mais ce qui va se passer sur un plan international, je pense qu'il n'y aura pas de problèmes.

Vous êtes originaire du Nord, alors là aussi d'un mot Guy Drut.

Du Pas-de-Calais.

Du Pas de Calais, excusez-moi. Vous me l'aviez pourtant dit avant de rentrer en studio. C'est pas la même chose. Un mot de la banderole au Stade de France ?

Scandaleux. Scandaleux. Je comprends tout à fait les réactions que ça a suscitées. C'est inadmissible et je partage totalement la fermeté demandée par Bernard Laporte parce qu'il faut punir, sanctionner ces gens là.

Guy Drut, membre du CIO, qui ne serait pas choquée. Il l'a dit -à mon avis, c'est une première- qu'un boycott puisse intervenir lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin, et c'était sur RTL ce matin.

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