Jean Petit : "Comment j'ai intégré la première Patrouille de France"

Gilles Bernheim
Crédit : AFPCrédit : Jean-Michel Aphatie
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- Agression d'un jeune juif : indignation et incompréhension
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gilles Bernheim.
Gilles Bernheim : Bonjour.
Vous avez donc été élu, hier, grand rabbin de France. Une fonction qui fait de vous désormais l'un des porte-paroles de la communauté juive en France. Votre commentaire est donc attendu. Après l'agression dont a été victime un jeune Français juif, samedi soir, dans le XIXe arrondissement de Paris, selon vous Gilles Bernheim, le caractère antisémite de cette agression est-il avéré ?
Il est probable, mais seule la Justice le confirmera.
Vous êtes prudent, ce matin. Davantage que d'autres personnalités qui se sont exprimées.
Il faut avoir, avant de se prononcer de manière définitive, il faut savoir - et c'est l'objet et le rôle de la Justice que de savoir et pas l'homme de moral que je suis, d'aller vérifier sur le terrain ce que d'autres ont pu dire à ce sujet. Il est manifeste que le caractère antisémite est probable, je ne dis pas, certain ; probable.
Beaucoup de responsables politiques, eux, le disent. Est-ce que ceci met la communauté juive en France dans une position particulière quand après une agression comme cela, on dit de manière presque définitive : c'est antisémite. Est-ce que ceci vous met dans une position délicate, Gilles Bernheim ?
Particulière et délicate : non, dans la mesure où ces actes même pour moins graves, mais ces intimidations, ces menaces pèsent dans certains quartiers de Paris ou de la région parisienne depuis assez longtemps, depuis le début de la deuxième Intifada.
C'est-à-dire depuis quelques années maintenant ?
Oui c'est-à-dire depuis le début des années 2000. Alors, il y a des périodes avec des pics, il y a des périodes avec des agressions moins graves auxquelles on s'habitue, des expressions prononcées qui deviennent fréquentes et parce qu'elles deviennent fréquentes, on apprend à vivre avec. J'ai un souvenir assez fort d'une manifestation qui réunissait une centaine de personnes sur une place de Paris. Je passais par là par hasard, et contourne la manifestation. Contourner 100 personnes m'a valu, à trois reprises, l'expression : "Tire toi, sale juif !" Ce qui est quand même en 2008 inquiétant.
C'est ça, c'est à Paris, aujourd'hui...
A Paris, aujourd'hui, pour une toute petite manifestation qui réunissait 100 personnes qui manifestement, n'était pas très bien intentionnée soit à l'égard des Juifs ou à l'égard d'Israél.
Vous diriez, Gilles Bernheim, qu'il y a aujourd'hui un regain d'antisémitisme en France ?
Regain : non, sans doute parce que ces marques d'antisémitisme n'ont pas disparu ces dernières années.
On évoque beaucoup à propos de l'agression dont a été victime ce jeune homme samedi soir, des tensions que l'on qualifie de "communautaires" dans ce lieu particulier de Paris, XIXe arrondissement, autour des Buttes-Chaumont. Vous qui êtes un des dirigeants de la communauté juive. Vous êtes informé de tout cela et des agissements de tous ces groupes particuliers qui pourraient s'affronter, se confronter régulièrement dans ces cas-là ?
Là aussi, il faut toujours mettre les mots les moins faux possibles sur la réalité. Il y a des actes antisémites, c'est-à-dire des jeunes qui veulent en découdre avec des groupes juifs. Il y a aussi des bandes organisées dont l'objet est de vendre de la drogue ou d'autres choses et qui sans doute mal intentionnées, provoquent ou profitent de l'affrontement. Ceci étant, il y a des quartiers de Paris où il n'est pas bon, même en après-midi lorsqu'on est Juif et que l'on porte une calotte sur la tête, et pour des jeunes filles ou des adolescentes sans signe distinctif, de traverser.
Et les pouvoirs publics vous semblent conscients de ces difficultés ? Ils font ce qu'ils doivent faire, d'après vous ?
Les pouvoirs publics font ce qu'ils doivent faire ; mais malheureusement et à chaque fois, on se rend compte qu'il y a des actes inattendus qui se produisent et alors, il faut produire de nouvelles solutions pour protéger.
Avez-vous, Gilles Bernheim, des nouvelles directes de ce jeune homme qui est aujourd'hui hospitalisé à l'hôpital Cochin ?
Mon premier souhait après l'élection, hier soir, était (mais ça n'a pas été possible) de lui rendre visite. Etat stationnaire, diagnostic réservé, on ne peut rendre visite. Mes premières pensées étaient pour lui, pour sa famille, pour ses proches et dès que cela pourra se faire, à défaut de rendre visite à ce jeune homme, rendre visite à sa famille.
"Le Figaro" d'aujourd'hui présente ce jeune homme comme proche de groupes activistes d'associations juives, notamment comme le Bethar, vous avez des informations sur ce jeune homme et ses activités politiques militantes ?
Non, je n'ai pas plus d'informations que ce "Le Figaro" de ce matin en dit.
Nicolas Sarkozy - c'est une coïncidence - est aujourd'hui en Israël et prononcera un discours à la Knesset. Christophe Hondelatte le rappelait tout à l'heure : dans une interview à un journal palestinien, le Président de la République française indique que Jérusalem devrait, selon lui, être la capitale de deux Etats : l'Etat israélien et l'Etat palestinien. Ca n'est pas une position traditionnelle de la diplomatie française. Comment vous recevez ce genre...
Ca n'est pas une position traditionnelle de la diplomatie française ; mais la position de la communauté juive - et je m'identifie véritablement à cette position -, c'est que Jérusalem est la capitale d'Israël et elle le restera. C'est une ville qui, pour nous, a une importance première et pas seulement symbolique. Elle est la capitale de notre histoire, de notre mémoire.
Une capitale qu'il faut partager avec un Etat palestinien ?
Le mot "capitale" peut vouloir dire plusieurs choses ; mais en termes politique, en termes symboliques, nous avons montré qu'à Jérusalem, pouvaient cohabiter des religions différentes et dès lors qu'il n'y a pas de provocations, cette unité n'a nullement lieu d'être remise en question. Et je suis sûr qu'aussi bien les Musulmans que les Chrétiens trouveront dans la Jérusalem juive, qu'Israël leur propose et leur proposera les moyens d'y vivre très harmonieusement.
Donc, capitale unique ?
Oui.
Vous avez entendu aussi l'éditorial d'Alain Duhamel. C'est une polémique qui monte : la présidence du président syrien, la présence éventuelle, le 14 juillet à Paris, suscite des réactions diverses. L'ancien Président de la République, Jacques Chirac, a dit qu'il ne participerait pas aux cérémonies si Bachar el-Assad lui-même y participait. Vous avez une opinion à ce sujet, Gilles Bernheim ?
Je n'ai pas d'opinion politique à avoir. Je suis un homme de morale. Il est évident que ce n'est pas très agréable de recevoir le 14 juillet, même si cela fait suite à ce pourquoi il est invité en France, il n'est pas très agréable de recevoir ou de voir défiler sur les Champs-Elysées, un homme dont on connaît le rôle extrêmement défavorable à l'idée d'humanité.
Quel est précisément dans la communauté juive française, le rôle du grand rabbin de France que vous êtes devenu, Gilles Bernheim ?
D'abord, le premier des rabbins, celui qui aide le rabbinat, non seulement à vivre ses problèmes mais régler ses problèmes communautaires, mais qui donne à la communauté juive une exemplarité, une dignité non seulement à l'égard des Juifs mais devant la France.
C'était Gilles Bernheim, grand rabbin de France, qui intervenait pour la première fois donc sur RTL, qui a commenté l'agression dont a été victime ce jeune Français, samedi soir à Paris.
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