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Gérard Mestrallet : "Le prix du gaz va baisser en avril"

Créé le 09/01/2009 à 10h45 - Mis à jour le 09/02/2009 à 12h08

Gérard Mestrallet, le 9 janvier 2009

Gérard Mestrallet, le 9 janvier 2009 / La rédaction de RTL

Le PDG de GDF-Suez répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin. Gérard Mestrallet a estimé que la France, malgré des pics de consommation depuis trois jours, pouvait pour le moment "compenser complètement le manque de gaz russe", coupé à cause de la crise avec l'Ukraine, "par des livraisons venant d'autres pays" comme la Norvège, la Hollande, mais aussi l'Egypte ou l'Algérie. "C'est une situation sans précédent. Nos équipements sont sous tension au maximum, mais cela tient", a-t-il ajouté. En conclusion, il a annoncé une baisse du prix du gaz en France "à partir du mois d'avril". Regardez la vidéo de l'entretien

A écouter aussi : Un accord trouvé sur le conflit du gaz entre la Russie et l'Ukraine


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Mestrallet.


Gérard Mestrallet : Bonjour.

7h50 sur RTL : le gaz russe est-il toujours coupé à cette heure-ci ?

A cette heure-ci, il est coupé ; mais autant sur le plan du froid, l'inquiétude demeure ; autant sur le plan des relations entre la Russie et l'Ukraine, il y a une petite éclaircie apparemment.

Puisque la Russie vient d'accepter, effectivement, que l'Union Européenne envoie des observateurs en Ukraine, c'est ça ?

Oui, l'idée ...

Juste pour parler de l'Ukraine - Russie. Les Russes disent : les Ukrainiens volent le gaz de l'Europe, enfin c'est un peu un sac de nœuds, tout ça. Mais les Ukrainiens volent-ils vraiment le gaz qui, par exemple, est destiné à la France, Gérard Mestrallet ?

Alors ça, on ne le sait pas aujourd'hui. Ce qu'il faut comprendre c'est que sur 100% du gaz qui normalement, est livré par la Russie à l'Ukraine, un tiers est destiné à la consommation intérieure de l'Ukraine et deux tiers à des livraisons en Europe de l'Ouest. Et aujourd'hui, c'est 0% du gaz qui est livré par les Russes à l'Ukraine. Alors, les Russes ont accusé les Ukrainiens de siphonner à leur profit du gaz qui était destiné à l'Europe de l'Ouest. Aujourd'hui, il n'y a plus du tout de gaz qui passe ou presque rien. Donc, ce qui fait pour la France, 15% de gaz en moins. Mais ce qui est intéressant dans l'évolution de cette nuit, c'est que les Russes et les Ukrainiens ont accepté l'envoi d'observateurs, d'experts. Nous allons d'ailleurs, nous, envoyer aujourd'hui même quatre techniciens français du gaz...

GDF-Suez...

... parlant le russe qui vont aller, à la fois, en Ukraine et à Berlin pour organiser techniquement les choses afin de vérifier que la reprise des livraisons des deux tiers puisque c'est de cela dont on parle, des deux tiers de gaz en Ukraine traverseront bien l'Ukraine et arriveront bien à leurs clients, notamment en France.

Donc, vous avez bon espoir, Gérard Mestrallet, que la crise se résolve vite et que le Gaz russe revienne vite ?

Ecoutez, je pense que c'est absolument indispensable pour toute l'Europe. Ce qui s'est passé, cette nuit, cet accord est de bonne augure ;  mais nous ne serons, en fait, complètement rassurés d'abord lorsque les deux tiers destinés à l'Europe passeront bien à travers l'Ukraine ; mais aussi lorsque l'accord commercial entre la Russie et l'Ukraine qui a été à l'origine de cette Crise, sera signé et que l'Ukraine aura bien son tiers, à elle. L'Ukraine ne peut pas rester tout l'hiver sans gaz.

Pour parler de la France. Le gaz russe n'arrive plus depuis mercredi matin. C'est donc le troisième jour aujourd'hui que le gaz russe, vous n'en disposez plus à GDF -Suez.

Absolument.

A partir de combien de temps, la situation deviendrait-elle critique pour la France et pour vous, Gérard Mestrallet ?

Ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'aujourd'hui, la consommation de gaz en France a battu des records trois jours de suite. Nous consommons en France à peu près 40% de plus de gaz naturel actuellement que l'année dernière.

Donc, c'est quand même très important.

C'est très important. C'est une situation exceptionnelle... 40% de gaz consommés en plus, avec un approvisionnement où il y a 15% de moins. Donc, un "swing" de plus de 50%, ce qui est sans précédent. Donc, une situation exceptionnelle qui a amené une mobilisation exceptionnelle de GDF-Suez, de toutes nos équipes et je voudrais ici saluer ceux qui travaillent le jour, la nuit et qui, aujourd'hui, ont parfaitement réussi à faire en sorte que tous les Français consommateurs de Gaz aient été livrés en gaz comme si rien ne se passait.

Mais si ça durait encore deux, trois, quatre jours, une semaine comme ça, il y aurait un vrai péril, Gérard Mestrallet ?

Non, non, non, non. Sur ces durées-là, il n'y a aucun problème, nous assurons. Qu'est-ce que nous faisons exactement ? Nous augmentons les livraisons à partir des autres fournisseurs, encore une fois 85% de l'approvisionnement ne vient pas de Russie. Il vient de Norvège. Il vient de Hollande. Il vient également à travers le gaz naturel liquéfié qui montre tout son intérêt dans cette période de crise d'Algérie, du Qatar. Il peut venir aussi de Trinidad Tobaggo... Le naturel liquéfié est effectivement une grande source de flexibilité, notamment en cas de crise et puis, nous avons les stockages.

Vous compensez donc les 15% du gaz russe, aujourd'hui : vous en achetez, par exemple, davantage en Norvège, je crois ?

Oui, on en achète davantage en Norvège. Nous venons également de louer un bateau supplémentaire pour faire venir du gaz liquéfié d'Egypte. Donc, aujourd'hui, nous pouvons effectivement compenser complètement le manque de gaz russe par des livraisons venant d'autres pays. Mais à 40% de consommation supplémentaire, effectivement, on ne peut pas tenir tout l'hiver.

Donc, vous souhaitez quand même que ça se résolve le plus vite possible ?

C'est une nécessité absolue pour l'ensemble de l'Europe ; et en particulier pour les pays de l'Europe de l'Est, n'oublions pas que pour certains d'entre eux le gaz russe, c'est 100% des importations. Je crois que la Bulgarie, par exemple, effectivement est de ce point de vue en grand danger ou d'autres pays, sans doute.
   
Gazprom, c'est le fournisseur russe. Quand il vous coupe le robinet, comme ça, vous êtes des clients. Quelles relations vous pouvez avoir ensuite avec eux ? Vous leur faites encore confiance ? Vous continuerez à acheter 15% du gaz russe ou bien cet incident tout de même assez pénible sans doute à vivre, et puis qui peut avoir des conséquences, peut-il vous inciter à modifier votre relation avec Gazprom ?

Alors, je crois que c'est une question très importante. L'Europe dans son ensemble, est le premier consommateur de gaz au monde. La Russie est le premier producteur de gaz au monde. Donc, nécessairement, l'un a besoin de l'autre, et réciproquement. Donc, je crois qu'il faut dans l'avenir, il est indispensable qu'il y ait entre l'Europe et la Russie un accord-cadre. On ne peut pas s'ignorer. Et GDF-Suez qui est le premier acteur de gaz d'Europe doit avoir des relations, c'est mon souhait, doit avoir des relations de long terme avec Gazprom pour contribuer à sécuriser les flux de gaz venant de Russie vers l'Europe. Ca, c'est la première chose. Et notamment, je crois que nous devons voir aussi avec Gazprom (et d'ailleurs nous en discutons et nous en discuterons) quelles sont les infrastructures de transport de gaz qui peuvent être améliorées entre la Russie et l'Europe par le Nord : c'est le North Stream, voire par le Sud :  South Stream Nabucco. Ca, il faut en discuter. C'est la première chose à faire.

Deuxièmement, c'est indispensable pour la France et pour GDF-Suez... Nous y avions déjà contribué : il faut diversifier les sources, autrement dit il ne faut pas dépendre excessivement d'un seul fournisseur. Et donc pour ça, il faut aller chercher le gaz ailleurs. Et c'est ce que nous faisons et la fusion GDF-Suez de ce point de vue, a déjà contribué à diversifier les sources d'approvisionnement.

Cette crise, Gérard Mestrallet, va-t-elle peser sur le prix du gaz ? Va-t-on payer le prix du gaz plus cher à cause de cette crise ?

Non. Non d'abord, le prix du gaz, c'est la décision du gouvernement et je l'ai pour tout l'hiver...

Oui, beaucoup de choses se sont gelées, oui, en hiver ! Donc, le prix du gaz aussi !

Le prix du gaz aussi. C'est la décision du gouvernement ; et il baissera à partir du mois d'avril.

Bon ! Donc, on a encore du gaz. On ne le paiera pas plus cher, donc finalement ça ne va pas si mal que ça !

Voilà, je tiens à dire quand même que nos équipements sont sous tension au maximum du fait de la consommation formidable. Mais ça tient.

Ca tient encore ! Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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