Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 04/03/2008 à 07h51 - Mis à jour le 04/03/2008 à 10h44

François Léotard / DR
François Léotard était l'invité de Jean-Michel Aphatie à l'occasion de la sortie de « Ca va mal finir », un livre dans lequel il critique la politique de Nicolas Sarkozy. Sur RTL, il explique pourquoi "la tentation d'excès de pouvoir" peut-être dangereuse. Celui qui a voté Nicolas Sarkozy à la présidentielle se dit aujourd'hui déçu voire choqué. Une des erreurs du chef de l'Etat selon lui : avoir anéanti toute opposition. "Vous n'avez pas intérêt à ce qu'il n'y est plus d'opposition dans une démocratie. Ne pas avoir d'opposition est une erreur de stratégie" explique-t-il.
Retrouvez cet entretien en vidéo sur rtl.fr
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Léotard.
François Léotard : Bonjour.
"Ca va mal finir" dites-vous donc dans votre livre. Qu'est-ce qui va mal finir, François Léotard ?
Je crois que le quinquennat, si on continue de cette manière, va aller vers de mauvais horizons. Je pense que la rencontre entre la tentation de l'excès de pouvoir de la part d'un homme, et la tentation de la servilité de la part d'une classe politique, ça peut porter vers des lendemains qui ne chantent pas.
La servilité, c'est un appel à la révolte de la classe politique ?
Non, non.
Contre un homme que vous n'avez pas nommé encore.
Il s'agit de Nicolas Sarkozy, naturellement. Non, j'étais très étonné de la rapidité de la réputation d'un certain nombre d'hommes politiques - de femmes et d'hommes politiques, notamment de Gauche - et je ne crois pas que ça soit de bonne augure ! Je pense que la France a connu quelquefois ce type d'attitude où on va vers le pouvoir et je crois qu'il y a là quelque chose d'assez dangereux pour l'avenir. Voilà.
Nous sommes menacés, appelez les choses par leur nom François Léotard, par quoi ? Une forme de dictature ?
Non, pas du tout. Moi je n'ai pas signé les différents manifestes qui apparaissent ici ou là. Mais j'ai l'impression, puisqu'on parle d'un retour, ce n'est pas du tout un retour, mais qu'on est allé me chercher par toute une série de provocations ou d'attitudes ou de désinvoltures qui me touchent comme citoyen. Et j'en cite au moins deux, si vous le permettez.
C'est d'abord la désinvolture vis-à-vis de l'Union européenne. Je trouve ça très dangereux. Moi j'ai toujours milité pour l'Union européenne et pour la construction européenne qui demande de l'humilité, qui demande de la patience. Et puis, la deuxième chose, c'est une attitude, même sur le plan économique en général qui, là aussi, est désinvolte, c'est-à-dire qu'on a, à mon avis, été non pas vers la réduction de la dette mais vers son augmentation potentielle, en tout cas.
Ce qui est un vieux mal français. On peut l'imputer à Nicolas Sarkozy là, mais il a des précédents.
Oui, bien sûr, qui date de loin. Mais on aurait pu dire, vous savez, je cite Churchill : "Je vous promets de la sueur, du sang et des larmes". Il a gagné la bataille d'Angleterre. Londres était bombardée tous les soirs. Ce que je veux dire, c'est qu'à ce niveau de responsabilités, je ne suis pas sûr qu'il faille mentir.
Or, pendant la campagne, des deux côtés d'ailleurs, Mme Royal et M.Sarkozy, peut-être pas M. Bayrou d'ailleurs, mais... ont menti. On ne pouvait pas à la fois baisser les impôts et la dette. Ca n'est pas vrai. Et les Français, de toute façon, au bout d'un moment, se rendent compte qu'on leur a menti.
Vous avez, vous le dites dans ce livre, voté pour Nicolas Sarkozy.
Oui.
Et vous dites aussi dans votre livre que deux choses vous ont choqué. Par exemple, lors de la composition du gouvernement : la constitution d'un ministère où figure à son intitulé le terme "d'identité nationale" ; et puis, vous dites aussi l'erreur économique du paquet fiscal que vous comparez à l'erreur économique, d'après vous, qu'a fait la Gauche en 1981. Mais tout ceci, François Léotard, c'était dit par le candidat Sarkozy et malgré tout, vous votez pour lui. Alors quand on vous lit, on se dit : peut-être n'a-t-il pas été attentif pendant la campagne.
Alors, sur le premier point que vous venez d'évoquer : le ministère de l'Identité nationale. Moi je n'avais pas entendu ça avant.
Ah, ça avait fait du bruit !
Je parle du mot "identité".
Oui, oui, il l'avait prononcé lors d'une émission sur France 2.
J'ai mal suivi le film.
Grosse polémique ensuite. Et Simone Veil notamment qui avait dit : vraiment, ce n'est pas bien.
Il me semble que c'est après l'élection.
Ah, c'est avant.
En tout cas, ce que je voulais dire, c'est que sur ce mot-là, je vous mets au défi dans les mois et années qui viennent de trouver quelqu'un qui vous dise très précisément ce que ça signifie. Aucun ministre, aucun philosophe, aucun sociologue, aucun politicien ne dira exactement ce que ça signifie pour lui parce que personne ne le sait.
L'identité nationale n'est plus définissable ?
C'est-à-dire qu'elle se construit au fil des années, elle se construit à travers toute une série de processus sociaux, et naturellement aussi à partir des immigrations que notre pays connaît. Donc, je crois que c'était, à mon avis, une sémantique mauvaise.
Et deuxièmement, alors sur ce que vous dites sur le paquet fiscal : qu'est-ce qui s'est passé ? 15 milliards dépensés de façon un peu inconsidéré. Quelques semaines après, le mot faillite utilisée par le Premier ministre, et quoi ? Et les gens dans la rue auxquels on ne peut rien apporter puisqu'on n'a plus d'argent. Et je crois que c'est une erreur économique à laquelle s'est ajoutée celle de la critique systématique de M.Trichet et de la Banque centrale européenne. Je crois que tout ça, ce sont des mesures, encore une fois de désinvolture. Et je pense - je souhaite d'une certaine manière, d'ailleurs que ça cesse -... parce que si les Français sont aujourd'hui dans cette attitude, et encore une fois tant mieux, si ça change ! eh bien c'est parce qu'ils ont le sentiment qu'on les a un peu trompés.
Mais quand vous dites, par exemple dans une interview à "Nice Matin" que vous avez faite, dimanche, que des gens comme vous qui ont, je vous cite, voté Sarkozy sont dans un état d'exaspération telle que, je le crains, tout cela peut finir dans la rue. Dans la rue ?
Qu'est-ce qui s'est passé pendant l'hiver ? A partir du moment où vous disloquez scientifiquement si j'ose dire, mécaniquement, méthodiquement le Parti socialiste qui est quand même une Force, qu'on le veuille ou non, responsable, d'Opposition responsable dans une démocratie, et que non seulement on l'affaiblit, mais on le disloque, qu'est-ce que vous avez comme interlocuteur au moment où ça devient un peu dangereux ? Les syndicats, bien sûr, on connaît leur faiblesse en France.
Vous descendriez, vous, dans la rue ?
Non.
Aujourd'hui ?
Pour l'instant, il n'y a aucune raison, à l'heure qu'il est. Mais ce que je veux dire, c'est que vous n'avez pas intérêt dans une démocratie à faire en sorte qu'il n'y ait plus d'opposition. Or, les trois petites maisons qu'étaient : 1. le Front National - 2. l'UDF - 3. le Parti socialiste, ont été systématiquement démolies. Elles n'avaient pas de permis de construire ! Et donc, je crois qu'il y a, là, quelque chose...
C'est de l'humour au deuxième degré...
Non, mais je crois qu'il y a quelque chose qui est un peu vaniteux parce que ne pas avoir d'opposition, c'est une erreur. Il vaut mieux avoir une opposition responsable mais penser qu'on peut régner sur la France sans avoir d'opposition, à mon avis, c'est une erreur de stratégie, et c'est mal connaître les Français.
Vous parlez aussi de Carla Bruni dans votre livre...
Gentiment.
...Euh ..... Alors, de Carla Bruni, oui, mais on va y revenir. Et dans votre livre, vous dites : voilà, on les a vus, Carla Bruni et Nicolas Sarkozy à Disneyland. Et là, vous dites : "A Disneyland, non ! Quelle faute de goût !" Et je me suis dit, vous avez appartenu à des gouvernements qui se sont battus pour que Disneyland s'implante en France, alors c'est bien pour les emplois, c'est bien pour le commerce mais surtout, Disneyland, il ne faut pas en parler, il ne faut pas y aller.
Si, si. C'est pas ça. Vous connaissez la phrase d'Ariane Mouchkine. "Un Tchernobyl culturel !"
Alors, il ne fallait pas les faire venir ?
Oui, enfin, moi je n'ai pas participé à cette décision. Ce que je crois c'est que les cours d'amour, je suis provençal, l'amour de la Renaissance, les traditions françaises dans ce domaine, c'est plutôt... Moi j'aurais vu ça au Louvre, au Palais Royal, éventuellement à la Cinémathèque... Je veux dire dans des endroits qui ont une signification culturelle. Je crois que là, malheureusement, on a joué ce qui plaît probablement à beaucoup de gens mais qui n'est pas conforme à une certaine forme d'élégance, et en tout cas, qui est un peu dans un autre domaine, qui est celui du "m'as-tu-vu", de la vulgarité. Ca, je crois que c'est dommage. Il me semble qu'on pouvait, comment dire, quand on a une responsabilité de cette nature, on peut aimer avec dignité.
Est-ce que ce n'est pas une façon de dire qu'au fond Nicolas Sarkozy devrait reproduire à l'infini l'attitude de ses prédécesseurs : être dans des codes présidentiels classiques ?
Non, c'est pas nécessairement ça. Mais dans le livre, j'écris au Général de Gaulle post mortem en disant que le silence de la Boisserie nous manque, que le silence qui entourait l'Etat dans le domaine de la religion, dans le domaine des amours personnels, dans le domaine de la vie de famille, eh bien ce n'était pas mal.
Et vous, la vie politique vous manque, François Léotard ?
Non, pas du tout, pas du tout. Mais on est allé me chercher, si j'ose dire par toutes ces décisions.
Et donc, vous êtes venu ?
Absolument.
Et vous allez repartir ?
Ah oui, tout à fait.
D'accord. Donc François Léotard, juste de passage sur RTL.
-:-
Publicité
Publicité
Publicité