Les Dossiers de RTL.fr - L'offensive israélienne à Gaza

Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France : "Les choses se déroulent tant bien que mal"

Créé le 05/01/2009 à 07h50 - Mis à jour le 09/02/2009 à 12h09

Daniel Shek

Daniel Shek / AFP

L'ambassadeur d'Israël en France répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie ce lundi matin. En direct depuis Tel-Aviv, il est revenu sur les opérations militaires en cours dans la Bande de Gaza : "Les choses se déroulent tant bien que mal [...] Ce qui veut dire difficilement. Personne en Israël n'a voulu cette guerre, mais elle est le résultat d'un comportement totalement irresponsable du Hamas, qui n'a pas voulu prolonger une trêve qui n'a été idéale non plus pour Israël." Lire aussi :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Daniel Shek.

Daniel Shek : Bonjour.

Quelles sont les dernières informations disponibles sur l'attaque terrestre qu'Israël a déclenchée à Gaza, Daniel Shek ?

Ecoutez, pour le moment, les choses se déroulent à peu près comme prévu. Je ne suis pas évidemment dans le vif des décisions, heure par heure, des chefs de l'armée israélienne. Mais selon mes informations, les choses se déroulent tant bien que mal comme prévu.

Tant bien que mal. Ca veut dire difficilement ?

Ca veut dire difficilement clairement. C'est une guerre que personne en Israël n'a voulu, personne ne l'a voulue maintenant. Mais elle est, comme l'a dit d'ailleurs monsieur Duhamel, elle est le résultat d'un comportement totalement irresponsable du Hamas qui n'a pas voulu prolonger une trêve qui n'a pas été idéale pour Israël non plus, mais qui de toutes les façons, est meilleure qu'une guerre que nous avons vue maintenant avec son lot de souffrances pour les populations civiles de part et d'autre.

Je vous posais la question des informations disponibles sur cette attaque, Daniel Shek, parce qu'il n'y a pas de témoins, il n'y a pas de journalistes aujourd'hui à Gaza. Et cette guerre se déroule sans image, sans aucun témoignage extérieur. Ce qui est toujours un problème parce qu'on parle de crise humanitaire à Gaza ; et ça peut être terrible pour les populations civiles.

Vous savez très bien comme moi qu'aujourd'hui, ça n'existe pas des guerres sans témoins. Vous avez des images sans cesse ; seulement, elles sont des images unilatérales, c'est-à-dire uniquement des journalistes et des témoins palestiniens. Donc, il y a des images, elles sont souvent faussées. C'est un risque qu'Israël prend mais vous savez très bien qu'à l'heure des téléphones portables et à caméra, ça n'existe pas des guerres sans témoins. Et d'ailleurs, quand vous regardez les images venant de Gaza, vous voyez essentiellement, je ne dis pas exclusivement et je le regrette énormément ; mais vous voyez essentiellement des victimes, des hommes en armes, des hommes qui ont choisi la guerre, des hommes qui ont déclenché ce drame. C'est eux qui en portent la responsabilité.

Le but de l'offensive terrestre et notamment que l'Etat d'Israël a déclenchée vendredi soir, c'est d'empêcher le Hamas de poursuivre ses tirs de roquettes en direction du territoire israélien  ; et beaucoup de spécialistes doutent qu'une action militaire puisse mettre fin à cette pratique. Ce doute : comment le vivez-vous et le prenez-vous en compte en Israël, Daniel Shek ?

Il y a évidemment des calculs à faire ; et s'il est clair que nous n'allons pas à anéantir le dernier des missiles ou des roquettes, la dernière des roquettes Qassam, ce qu'il faut c'est réduire surtout la motivation et l'envie des combattants du Hamas, des terroristes de cette organisation islamiste... S'il y a des dizaines de milliers de roquettes aujourd'hui à Gaza, c'est parce qu'à l'abri du cessez-le-feu, de la trêve qui a duré six mois, c'est à ça que se sont occupés les gens du Hamas, ça n'est pas à développer l'économie ou l'éducation de leur peuple. C'est à s'armer, à tripler la portée des roquettes pour mettre, aujourd'hui, un million d'Israéliens à la portée de leurs missiles. Et donc, il est clair qu'on ne veut pas tous les réduire à néant. Mais on peut leur porter un coup important. Je crois que c'est le cas. C'est fait avec des cibles très bien choisies d'ordre stratégique pour le Hamas ; et il est clair qu'à la fin de cette guerre, ceux qui prennent les décisions au Hamas, doivent être dans une situation où ils vont penser à deux, trois, quatre, cinq fois, cent fois avant de recommencer.

Vous êtes ambassadeur d'Israël à Paris, Daniel Shek, Nicolas Sarkozy sera présent tout à l'heure dans votre pays. Il rencontrera notamment le Premier ministre Ehud Olmert. Qu'attendez-vous de la visite du Président français ? A quoi peut-elle servir, d'après vous, Daniel Shek ?

D'abord, il faut être clair que Nicolas Sarkozy est toujours un invité très bien venu en Israël. C'est quelqu'un que les Israéliens estiment beaucoup. Je pense qu'il a gagné l'écoute des Israéliens, à la fois les Israéliens de la rue mais aussi de leurs dirigeants. Il vient comme un émissaire de bonne volonté parce qu'il n'est pas seulement un ami d'Israël, il est un ami de la paix.

Maintenant, que peut-il faire en ce moment précis ? Je ne peux pas vous le dire maintenant. Je suis certain que des dirigeants israéliens seront à l'écoute des idées qu'il pourra apporter. Je suis certain aussi que Nicolas Sarkozy sera à l'écoute de ceux qui vivent ce drame ici en Israël qu'ils n'ont pas souhaité le vivre mais qui, aujourd'hui, ont besoin de s'assurer qu'à l'issue de ce drame, à l'issue de cette guerre inutile, nous aurons une paix, un  cessez-le-feu dans le sens où le feu cesse à long terme, pas pour 48 heures seulement, pas pour une semaine ou six mois, mais que la motivation et la capacité du Hamas à recommencer ce comportement irresponsable n'existe plus.

Les autorités françaises - donc, le gouvernement français, donc le président de la République française - ont condamné l'offensive terrestre que vous menez. C'est une escalade militaire dangereuse, a dit le ministère des Affaires étrangères. Donc, Nicolas Sarkozy ne vient pas en Israël seulement comme un ami. Il vient aussi en condamnant votre action ?

Moi je répète. Je crois qu'il vient en ami d'Israël, en ami du monde arabe et en ami de la paix. Les propos de Nicolas Sarkozy sont ses propos. Il est clair que les images et la guerre que nous menons aujourd'hui, n'est peut-être pas populaire dans le monde, et elle est une question de survie pour mon pays. Il est impensable - je suppose que vous me l'accorderez - que 25% ou 20% de la population du pays depuis des années, ne soit pas capable de vivre  une vie normale, qu'elle vive sous la menace permanente des missiles, une vie totalement perturbée.

L'objectif de cette guerre est simple : c'est de rétablir la normalité à la vie des habitants du Sud d'Israël, ce qui automatiquement amènera aussi la normalité à la vie des habitants de Gaza. C'est ça. La population civile pour qu'elle puisse vivre normalement à Gaza et en Israël, elle doit vivre avec un Hamas neutralisé qui ne puisse plus nuire et entrainer tout le monde dans cet engrenage de violence.

Tout le monde remarque et tout le monde entend, Daniel Shek, le silence de Barack Obama qui ne sera président des Etats-Unis que le 20 janvier prochain. Redoute-t-on, en Israël, que le nouveau président américain soit moins favorable aux thèses israéliennes que ne l'ont été jusqu'à présent les administrations américaines ?

Avec tout le respect que je dois aux analystes qui le prédisent, je pense qu'ils ont tort. Je crois que l'amitié assez unique entre l'Etat d'Israël et les Etats-Unis d'Amérique va se poursuivre. Et d'ailleurs, Barack Obama a visité Sderot, cette ville du sud d'Israël qui vit sous la menace des Qassam depuis des années, il l'a visitée il y a quelques mois ; et les propos qu'il a tenus quand il a rencontré ses habitants, sont sans ambiguité. Il a dit très simplement que lui, "si sa famille, si ses deux filles vivaient sous la menace de ces roquettes, devaient se cacher dans des abris plutôt que de dormir tranquillement dans leur chambre à coucher, eh bien il aurait réagi comme Israël".

Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France. Vous étiez avec nous, ce matin, depuis Tel Aviv. Bonne journée.

Merci.

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