Les Dossiers de RTL.fr - Européennes 2009

Daniel Cohn-Bendit : "Nicolas Sarkozy défend l'Europe de papa"

Créé le 06/05/2009 à 07h50 - Mis à jour le 06/05/2009 à 09h44

Daniel Cohn-Bendit

Daniel Cohn-Bendit / AFP

Le co-président des Verts au Parlement européen, tête de liste de la formation "Europe Ecologie" en Ile-de-France, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Ecouter aussi :
- A Nîmes, Nicolas Sarkozy plaide pour une "autre Europe" (vidéo)
- Omar Slaouti (NPA) en chat sur RTL.fr (06/05/09)


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Daniel Cohn-Bendit.

Daniel Cohn-Bendit : Bonjour.

Vous êtes avec nous depuis Strasbourg. C'est Marine Jobert qui vous accueille dans les locaux de RTL. Vous avez pris connaissance du discours sur l'Europe que Nicolas Sarkozy a prononcé, hier soir à Nîmes. Le Président de la République vous a-t-il paru, au vu de ce discours, un Européen sincère et convaincu, Daniel Cohn-Bendit ?

Ah écoutez, moi ça, je ne sais pas s'il est sincère, c'est difficile de savoir quand il fait marcher la machine avant s'il est sincère ou pas, ce n'est pas ça.

C'est important quand même la question de la sincérité dans une démarche politique en général, européenne en particulier ?

J'ai appris dans ma longue carrière politique que c'est quelque chose que je n'arrive pas à juger si les gens sont sincères ou pas. Par exemple, je vais vous donner des exemples. Il dit : il est contre dans ce discours, hier, il est contre l'unanimité sur la fiscalité. C'est vrai ; mais le grand problème de l'Europe sur la fiscalité, aujourd'hui, c'est la fiscalité sur les entreprises, les différences ; et c'est la présidence française qui a dans un accord avec les Irlandais pour que les Irlandais revotent et disent oui, leur a assurés l'unanimité sur la fiscalité sur les entreprises.  Donc, je veux dire, c'est ça. C'est-à-dire qu'il ne met pas les vrais problèmes sur la table ; et surtout l'Europe, hier, dont il a parlé c'est l'Europe du conseil, c'est l'Europe des gouvernements. Nous sommes à la veille d'une élection européenne pour le Parlement européen. Quel est le rôle du Parlement ? Et quand je vois comment vote l'UMP, il a lancé la campagne non pas de la France en Europe, mais de l'UMP. Eh bien, quand  je vois les votes réels des parlementaires UMP, comment ils ont voté activement avec la commission Barroso toutes les dérégulations ces dernières années avant la crise, je dis : il n'y a aucune sincérité d'autocritique chez Nicolas Sarkozy.

Voyez qu'à la question de la sincérité, vous savez quand même l'explorer, Daniel Cohn-Bendit !Si l'on veut réconcilier la France du oui et du non, a-t-il dit, il faut changer l'Europe, et c'est possible, assure Nicolas Sarkozy puisque nous l'avons fait pendant la présidence française. On sait que la présidence française a permis de changer un petit peu l'Europe, Daniel Cohn-Bendit ?

Alors là, on n'a pas réconcilié la France du oui et du non avec : dans la présidence française ; ça c'est de la rigolade ! Moi je suis d'accord qu'il faut dépasser le oui et le non. D'ailleurs Europe-Ecologie l'a fait, par exemple José Bové était pour le non, j'étais pour le oui, et nous nous sommes mis d'accord sur qu'est-ce que doit faire l'Europe dans les cinq prochaines années ? Mais là aussi, il n'a pas parlé de ce qui se fait au Parlement européen...

La réforme de la  politique agricole commune, c'est dans les cinq prochaines années qu'elle va se faire puisqu'en 2013, elle doit être décidée. Aucun mot là-dessus. La politique industrielle dont il a parlé, c'est la politique industrielle de papa, c'est les pères fondateurs. On n'est plus à l'acier et au charbon. Aujourd'hui, il faut ce que nous, on appelle un Bruxelles de l'emploi, une grande table ronde. On ne sauvera pas l'industrie automobile, pays par pays. Là, il se trompe, il ne dit pas la vérité aux salariés de l'automobile en France comme d'ailleurs, les Allemands ne disent pas la vérité aux salariés de l'automobile en Allemagne.

S'il n'y a pas véritablement une politique organisée à  Bruxelles avec les syndicats européens, avec les grandes organisations environnementales sur la transformation nécessaire écologique, durable de l'automobile, il y aura moins de voitures, elles seront différentes, eh bien on ne dit pas la vérité, on refait - et ça, c'est la France de papa - l'Europe n'a pas protégé la sidérurgie européenne.

On l'entend, Daniel Cohn-Bendit, vous êtes en campagne. Vous n'êtes pas frustré que cette campagne électorale ne démarre pas ?

Ah si, nous, nous Europe-Ecologie, non seulement on est frustrés ; mais c'est complètement fou : on fait des sondages sur quel est le meilleur candidat pour 2012 ? Pourquoi on ne demande pas à la météo : quel sera le temps ? Il fera beau ? Ou est-ce qu'il va pleuvoir en 2012, le jour des élections ?

Ne donnez pas des idées aux sondeurs, ils vont faire ce type de sondages ! Moi je vois un sondage Ipsos. François Bayrou vous passe devant, tiens dans ce sondage ! Enfin, du moins les listes du MoDem.

La liste du MoDem est à 11%, et nous, on est à 10%.

Eh oui, il vous passe devant !Quand on a 11%, on est devant celui qui a  10%.

Oui, non mais attendez ! Il était à 15% et nous, on était à 9%, et maintenant on est à 10% et eux ils sont à 11%. Dans le Tour de France, on dit : ça c'est du Jacques Anquetil et Poulidor là qui montent vraiment la montagne ensemble. 10%-11% ; 11%-10%. Qui sait ! Vous savez, les sondeurs, c'est quand même difficile.

Et dans cette campagne, vous ne pensez pas que la composante du débat national...

On nous a toujours dit  que le NPA allait nous passer devant.

Oui.

Maintenant, on est au coude-à-coude avec le MoDem. Moi je crois qu'il y a quelque chose d'irresponsable dans la politique de François Bayrou qui est un Européen convaincu  mais qui aujourd'hui, est tombé dans le piège de Sarkozy qui est de faire un livre sur l'abus de pouvoir, donc sur Sarkozy et pas sur l'Europe. Il a "squeezé" la campagne européenne du MoDem pour sa fusée personnelle des présidentielles.

Et ça peut vous faire du mal ça, Daniel Cohn-Bendit !

Au contraire. Au contraire.

Ah bon  !

Eh oui parce qu'il y a quand même un électorat du MoDem pour qui l'Europe est importante. D'ailleurs, il y avait un article très intéressant de la tête de liste du MoDem. Sylvie Goulard, dans l'Ouest, qui critique tous ceux qui détournent la campagne européenne et si vous lisez bien cet article, c'était dans le "Monde", "une tribune", eh bien c'était une critique aussi à François Bayrou parce que les Européens convaincus, ils ne veulent pas qu'on leur parle de la Présidentielle. Ils veulent qu'on leur dise : qu'est-ce que vous allez faire sur l'industriel...

Par exemple, il nous dit : la taxe carbone. Là, c'est Sarkozy. Enfin, il faut remettre toute la fiscalité sur ses pieds. Donc il faut arrêter d'augmenter la TVA, arrêter les pressions fiscales sur le salaire ; donc, il faut inventer une fiscalité sur la circulation, une "taxe-Tobin" intérieure à l'Europe qui taxe la circulation financière et deuxièmement, il faut essayer avec une taxe carbone qu'il n'a pas introduite en France dont le Grenelle le demandait, une taxe carbone qui serait importante justement pour fiscaliser les CO2.

D'un mot, Daniel Cohn-Bendit, que pensez-vous d'une éventuelle interdiction des listes de Dieudonné pendant la campagne électorale ?

Je trouve ça complètement idiot. Moi je trouve ça complètement idiot. Dieudonné est exécrable. Il faut l'attaquer. Il faut dire que c'est un raciste, un antisémite ; mais le droit est le droit. Il a le droit de faire ses listes à moins que vous arriviez à prouver qu'il faut le déchoir de ses droits électoraux ; mais ce n'est pas le cas. Donc, je trouve idiot ce débat.

Daniel Cohn-Bendit, qui a dénoncé "l'Europe à papa" sur RTL ce matin. Bonne journée.

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