Claude Guéant : "Brice Hortefeux n'a pas à s'excuser"

Créé le 14/09/2009 à 11h10 - Mis à jour le 15/09/2009 à 00h22

Claude Guéant le 14 septembre 2009 sur RTL

Claude Guéant le 14 septembre 2009 sur RTL / La rédaction de RTL

Le secrétaire général de l'Elysée répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Il a à son tour pris la défense du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, au cœur d'une polémique pour des propos controversés. "Brice Hortefeux "n'est absolument pas raciste" et n'a pas de raison de s'excuser pour une phrase "sortie de son contexte", a déclaré lundi Claude Guéant. Il a indiqué que Nicolas Sarkozy était "extrêmement déterminé" à faire avancer les dossiers lors du prochain G20 et qu'il fallait prendre "au sérieux" l'éventualité qu'il quitte le sommet faute de décisions concrètes. Ecouter aussi :
Claude Guéant : "Brice Hortefeux n'a pas à s'excuser"
- Brice Hortefeux poursuit l'opération "déminage"


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Claude Guéant.

Claude Guéant : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Il y a un an, la banque d'affaires américaine, Lehman Brothers, s'écroulait. C'était le début de la crise. Pensez-vous, aujourd'hui, que cette crise est en voie d'être maîtrisée, Claude Guéant ?

Les aspects financiers de la crise semblent largement maîtrisés ; cela étant, nous ne sommes pas encore dans une franche reprise. Le critère d'appréciations de la fin de crise pour les Français, pour les responsables politiques, c'est l'amélioration de la situation de l'emploi.

Et ça, ce n'est pas pour demain ?...

Malheureusement, nous n'en sommes pas encore là, même si nous avons quelques signes positifs que nous ne devons pas négliger, bien entendu. La France depuis quelque temps, n'est plus en récession puisque pendant deux trimestres successifs, nous avons eu une croissance faible, mais une croissance quand même : 0,3% par trimestre. On nous dit - les meilleurs conjoncturistes - que l'année prochaine, nous devrions avoir une croissance qui ne soit pas très loin  de 1%, mieux d'ailleurs, meilleure que dans d'autres pays. Mais quand je dis meilleure que dans d'autres pays, ça n'est pas réjouissant parce que ça veut dire que d'autres pays ne tirent pas. Or, l'échange international, les croissances réciproques s'épaulent mutuellement.

Mais l'économie française devrait continuer à détruire des emplois ?

Il y a une observation que toujours les économistes font c'est qu'entre la reprise économique et la reprise de l'emploi, il y a plusieurs mois qui s'écoulent. Donc, nous ne sommes pas encore - malheureusement - en situation de redémarrage de l'emploi ; d'où l'effort intense que le gouvernement développe, en particulier en faveur de l'emploi des Jeunes avec un ensemble de mesures qui doivent permettre de mettre sur les rails, de donner une solution à 500.000 jeunes.
   
Les vingt dirigeants des grands pays industrialisés se retrouveront à Pittsburgh vers la fin de septembre. Confidentiel dans "Le Figaro", ce matin : "S'il n'y a pas de décision concrète, je partirais", assurerait Nicolas Sarkozy. C'est l'état d'esprit du Chef de l'Etat, Claude Guéant ?

Le G20 se réunit, effectivement, à Pittsburgh à la fin de la semaine prochaine.

... 24, 25...

Le chef de l'Etat est extrêmement déterminé comme il avait été extrêmement déterminé lors du G20 de Londres, voici quelques mois où vous vous en souvenez, il avait fait aboutir sa proposition de mettre un terme aux paradis fiscaux. Il est extrêmement déterminé à faire en sorte que le reste des dossiers avance de façon décisive. Le reste des dossiers, ça veut dire : dérèglementation sur les rémunérations excessives qui sont des accélérateurs de risques et par conséquent, des facteurs de crise. Ca veut dire aussi des normes comptables internationales qui ne précipitent pas les crises ; ça veut dire encore une transparence internationale de sorte que les instances de régulation des différents pays se coordonnent entre elles. On a ce paradoxe que nous sommes dans la mondialisation : les flux économiques, les flux financiers sont internationaux et les instances de régulation ne le sont pas. Il faut absolument aboutir à ce que ça change et le Président y est absolument déterminé.

Avec l'attention que suppose cette confidence, "s'il n'y a pas de décision concrète, je partirais" . Il existe cette tension, aujourd'hui entre les 20 ?

Il est effectivement très décidé à ce que ça aboutisse.

Et donc, la menace doit être prise au sérieux ?

Elle doit être prise au sérieux.

Voilà. L'Etat est actionnaire important de France Telecom : 26%. 22 suicides depuis février 2008 à France Telecom. Tout le monde regarde cette situation avec, évidemment, beaucoup d'étonnement. Xavier Darcos, ministre du Travail, reçoit ce matin le P-DG du groupe France Telecom, Didier Lombard, pour lui dire quoi, Claude Guéant ?

Je pense que le ministre en charge du travail va avoir avec le président de France Telecom les moyens d'apporter une aide, une aide morale, psychologique à l'ensemble du personnel de France Telecom et de voir s'il y a des mesures en termes d'organisation du travail qui peuvent y mettre un terme.

Ca veut dire que ça n'est pas fait, aujourd'hui, que le management n'est pas à la hauteur de cette crise ?

Non, je veux dire que c'est une obligation, c'est un devoir à la fois pour l'entreprise et pour le gouvernement qui, comme vous le dites, est puissamment actionnaire de se pencher sur cette question. Cela étant, je crois que le suicide est une affaire trop grave, trop personnelle pour qu'on puisse réduire ce phénomène que l'on constate chez  France Telecom, à un problème d'organisation d'entreprise.

J'ai moi-même été confronté dans le passé alors que j'étais directeur général de la Police nationale, à une vague de suicides. J'ai enquêté de façon extrêmement précise sur chacun de ces suicides, c'était beaucoup de drames personnels ; et je crois qu'il faut être attentif à cet aspect des choses. Ceci dit, ça ne veut pas dire que l'entreprise soit débarrassé de responsabilités même si c'est personnel.

Une entreprise c'est une collectivité humaine. C'est une solidarité de tous les jours. Donc, il faut que l'entreprise vienne au secours de ceux qui sont dans la difficulté, dans la détresse, même personnelle.

Vous êtes mesuré dans votre propos, ce matin, Claude Guéant, vis-à-vis de la direction de France Telecom !   

Oui, je le suis parce que je sais ce que c'est et je sais que ce sont d'abord des drames personnels, les suicides. Cela étant, encore une fois, il y a une obligation de l'entreprise de faire face, d'apporter un secours, de tendre la main à ceux qui sont en difficulté, même strictement personnelle.

On a appris, hier, par la voix d'Eric Besson, ministre de l'Immigration, que finalement le gouvernement n'appliquerait pas les tests ADN en matière de regroupement familial. Alors quand vous avez dit, il y a un an, que c'était indispensable... C'est un renoncement que vous expliquez comment, Claude Guéant ?

Eric Besson remarquait que les consulats de France à l'étranger n'étaient pas équipés pour mettre en place ce dispositif...

La loi était mauvaise, alors ?

... qui, je le rappelle, n'était pas seulement un moyen de limiter l'immigration mais c'est aussi un moyen de favoriser les regroupements familiaux loyaux, c'est-à-dire de faire en sorte que dès lors que les enfants étaient véritablement reconnus comme les enfants des personnes autorisées à séjourner dans notre pays, eh bien ils étaient grâce à la science et à son état aujourd'hui, en mesure d'être, eux aussi, admis à résider sur le territoire.

Il n'a pas appliqué une loi votée, tout de même c'est rare ? Pourquoi ? La loi a été mal faite, mal écrite ? Comment l'expliquez-vous, Claude Guéant ?

Eric Besson a dit clairement qu'il se donnait du temps, c'est ce que j'ai lu ce matin dans la presse.
 
Vous n'en avez pas parlé avant avec lui ? Ou il n'en a pas parlé avant avec vous ? Avec le Président ?

Nous n'en avons pas parlé ensemble.

"Quand il y en a un, ça va ! C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes". Ca s'appliquait vraiment aux Auvergnats, d'après vous, cette phrase de Brice Hortefeux, Claude Guéant ? Vous y croyez à ça ?

Cette phrase - et Alain Duhamel y faisait allusion, tout à l'heure - pose beaucoup de problèmes. Je crois qu'une fois de plus, nous assistons à ce que l'on peut faire avec une phrase complètement sortie de son contexte. C'est très facile d'isoler quelques mots et puis, de clouer quelqu'un au pilori.

La phrase existe, Claude Guéant !

La phrase existe, mais...

Elle n'est pas sortie du contexte...

Si, elle est sortie du contexte.

On voit des jeunes. On dit : tiens, voilà notre petit Arabe ! "Quand il y en a un, ça va ! C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".

Un contexte, ça veut dire : un climat d'entretien. Ca veut dire un ressenti de la part de ceux qui participent à l'échange. Ce que je note, c'est que son interlocuteur n'a en aucune façon ressenti cela comme un propos raciste ou comme une agression.

Et ça s'appliquait aux Auvergnats, vous croyez, comme le dit Brice Hortefeux ?

Et il n'y a guère que lui... Ecoutez, Brice le dit : il n'y a guère que lui qui puisse ressentir la densité de l'échange, sa richesse.

Les Auvergnats doivent être déçus que Brice Hortefeux parle comme ça d'eux, alors ?

En tout cas, ce que je peux dire c'est que Brice Hortefeux n'est absolument pas raciste, et tous ses amis le savent. Tous ceux qui l'approchent, le savent. Il en a d'ailleurs fait la démonstration lorsqu'il était ministre en charge de l'immigration.

François Hollande au "Grand Jury", disait : "Le plus simple, c'est que Brice Hortefeux présente ses excuses !" Que pensez-vous du conseil, Claude Guéant ?

Mais que voulez-vous ! Pourquoi voulez-vous qu'on s'excuse de quelque chose qui n'existe pas !

Donc, pas d'excuses ?

Cela étant, je suis convaincu que Brice Hortefeux regrette que des propos sortis de leur contexte aient pu ainsi être interprétés et peut-être interpelés et blessés quelques personnes.

Robert Bourgi qui était à votre place, lundi, nous a expliqués comment Omar Bongo avait obtenu la démission du secrétaire d'Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel. Ecoutez !"Je suis allé voir le Président de la République à l'Elysée, en présence de monsieur Guéant, et je lui ai passé le message du Président Bongo" ; et il m'a dit : "Ecoute, dis à Omar que M. Bockel partira bientôt. et sera remplacé par un de mes amis, un ami de monsieur Guéant..."Terrible comme révélation, lundi dernier, sur RTL, de la part de monsieur Bourgi ! Omar et la tête de Jean-Marie Bockel !

Ce qui est en cause, ce n'est pas d'avoir la tête de quelqu'un ou de savoir qui est influent, etc... Ce qui est en cause, c'est la rénovation de la politique africaine de la France.

Excusez-moi, monsieur !

Oui.

Robert Bourgi a dit vrai ou a dit faux ?

Il a parfois des entretiens avec le Président, oui ça c'est vrai...

Il dit : "Omar Bongo m'a appelé pour obtenir la démission de Jean-Marie Bockel !"

Ecoutez, il a peut-être eu Omar Bongo, moi aussi je l'ai eu au téléphone. Le Président l'avait de temps en temps ; mais j'insiste sur le fait que ce qui est en cause c'est la rénovation de la politique africaine de la France. La politique africaine de la France sous la présidence de Nicolas Sarkozy bouge profondément dans le sens de la transparence, dans le sens de l'assistance aux peuples et non plus aux gouvernements. On a dit, par exemple, que dans l'élection présidentielle gabonaise récemment, la France était intervenue. La France n'est - en rien - intervenue ! Et d'ailleurs, l'un des principaux adversaires de monsieur Ali Bongo l'a dit publiquement, ça a été rapporté par la télévision française avec des images et des sons.

C'est ça qui est en cause. Mais le changement ne peut pas se faire en interpelant les Chefs d'Etat africains sur la place publique.

Vous ne démentez pas monsieur Bourgi, ce matin, au micro RTL, Claude Guéant ! Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, était l'invité de RTL. Bonne journée.

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