Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 17/03/2010 à 09h40 - Mis à jour le 17/03/2010 à 11h31

Christine Lagarde sur RTL le 17 mars 2010 / La rédaction de RTL
La ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi. Interrogée sur les conséquences des mauvais résultats du premier tour des élections régionales pour l'UMP sur sa politique économique, Christine Lagarde a rappelé que la France "est le bon élève de l'Union européenne en matière de croissance et de consommation". Prenant l'exemple de ses fils, qui n'ont pas voté dimanche dernier - "Mais j'espère qu'ils le feront le 21 mars" -, elle a reconnu que les réformes à engager en matière de collectivités territoriales devaient mieux être expliquées aux Français. Elle a de nouveau encouragé l'Allemagne à baisser les impôts pour augmenter sa consommation et ainsi aider les économies de ses partenaires, dont la France.
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Lagarde.
Christine Lagarde : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Le mauvais score de l'UMP au premier tour des élections régionales peut-il modifier votre politique ?
La politique économique que je mène pour notre pays, à la demande du Président de la République et du Premier ministre, est déterminée par un objectif majeur, c'est l'objectif de l'emploi et de la compétitivité du pays.
Et les Français ont l'air d'adhérer un peu moins ?
Ce sont ces deux paramètres là qui seront déterminants pour savoir si on s'est trompé ou pas. Aujourd'hui, quand je regarde ce qui se passe à l'extérieur du pays, je pense qu'on ne s'est pas trompé. La France, aujourd'hui, est le bon élève de l'Union Européenne, en ce qui concerne la croissance, en ce qui concerne la tenue de la consommation, en ce qui concerne notre effort ; et je crois que nous devons impérativement continuer, mais, mais...
Mais ?
Et je vous le concède bien volontiers, Jean-Michel Aphatie...
Ah !
Je crois que nous devons plus expliquer pourquoi nous faisons les réformes que nous faisons.
Pourquoi l'électorat de l'UMP s'est-il abstenu ?
Il faut le leur demander.
Je vous le demande, à vous ?
... Aà eux, chacun, individuellement...
Vous avez voté, vous ?
Bien sûr que j'ai voté. Bien sûr que j'ai voté.
Bon, vous ne vous êtes pas abstenue ?
Non, non...
Non.
Je ne me suis pas abstenue. Ah vous savez les élections régionales. J'ai posé la question à mes fils...
Ah ! Qui n'ont peut-être pas voté, peut-être ?
Qui n'ont pas voté, précisément...
Ah ! C'est intéressant ça.
Et que j'ai envoyés voter, enfin je l'espère en tout cas dimanche prochain. Oui, ça m'intéresse de savoir pourquoi ils n'y sont pas allés.
Et alors, qu'est-ce qu'ils ont dit ?
Ils m'ont dit : "Maman, on n'y comprend rien aux régions. On ne sait pas à quoi ça sert !" Et je crois qu'on a un gros effort aussi d'explications et un effort de réformes à engager en ce qui concerne les collectivités territoriales, parce que c'est un vrai millefeuilles institutionnel, et que beaucoup de Français ne comprennent pas très bien à quoi ça sert, ni si ça va ou non changer leur vie.
Pensez-vous que l'ouverture a déstabilisé, démobilisé votre électorat, Christine Lagarde ?
Ah, l'ouverture qui a été voulue par le Président de la République, c'est un effort de tolérance, c'est un effort d'avoir un horizon un peu plus large sur un certain nombre de questions ; et les personnages qui nous ont rejoints, je pense, par exemple, à monsieur Kouchner, je pense à monsieur Besson, je pense à Martin Hirsch ; ce sont des gens qui sont venus avec leur bonne volonté et avec leur intention de contribuer à ce qui nous anime tous, c'est-à-dire la réforme en profondeur du pays et pour ce qui me concerne, je le redis encore, l'emploi, la productivité du pays.
Mais ça a peut-être déstabilisé votre électorat ?
Ecoutez, ça, il faut sonder les cœurs. Je crois que les instituts de sondage font ça très bien ; moi je suis rivée sur mes objectifs et sur le combat que nous devons mener pour le pays dans une situation de crise économique qu'on n'a pas connue depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Vous annoncez, ce matin, dans le journal "Les Echos", Christine Lagarde, la commande d'un rapport à l'ancien PDG du Crédit Agricole, Georges Pauget, sur les tarifs bancaires. Les banques exagèrent-elles, Christine Lagarde ?
Ce n'est pas seulement monsieur Pauget, c'est monsieur Constant aussi, qui est le président du conseil consultatif sur les établissements financiers, les institutions de crédit et qui est beaucoup en rapport avec les associations de consommateurs.
Désolé de l'avoir oublié ! Alors, ce rapport, pourquoi ?
Alors, je leur demande à tous les deux d'examiner en détails les frais bancaires. Pourquoi ? Ce n'est pas un combat nouveau.
Parce qu'ils exagèrent ?
Ce n'est pas un combat nouveau. Je l'ai engagé dès le début quand j'ai pris mes fonctions, et c'est pour ça que les Français reçoivent depuis janvier 2009 et à nouveau, en janvier 2010, le récapitulatif annuel de leurs frais.
Ce qui me soucie, c'est trois choses.
- Premièrement, le fait qu'on voit maintenant apparaître des cascades de frais. Quand vous avez un découvert, que vous ayez un frais bancaire, très bien ; mais que vous ayez une cascade de frais bancaires, ça ne me paraît pas légitime ;
- Deuxièmement, il semble qu'il y ait des services qui, autrefois, n'étaient pas facturés qui tout d'un coup, le sont ;
- Et puis, troisièmement, il y a une multiplication de ce qu'on appelle les forfaits bancaires, c'est-à-dire des frais forfaitisés alors que les consommateurs...
... Inventés par monsieur Pauget.
... N'ont pas forcément besoin de ces services.
C'est inventé par les auteurs du rapport.
Alors, sur monsieur Pauget, je trouve que c'est une très bonne idée.
Oui, c'est lui qui a inventé ce qui vous semble litigieux !
D'abord, parce que c'est un homme de bonne volonté, que deuxièmement il est maintenant auto-entrepreneur, et qu'il a pris sa retraite et qu'il connaît très bien de l'intérieur le système et que je lui ai donné une mission très précise d'aller voir le dessous des cartes pour me dire, et pour dire aux consommateurs de services bancaires si oui ou non, il doit y avoir ces facturations. J'attends ce rapport à la fin du mois de juin.
Voilà, c'est ce que j'allais dire. Fallait-il à tout prix lancer ce rapport entre les deux tours des élections régionales ? C'est votre manière de faire campagne, Christine Lagarde ?
Ma manière à moi de faire la campagne, c'est d'essayer par tous les moyens sur le plan économique de protéger les consommateurs, de protéger les citoyens. Vous savez, ce n'est pas nouveau pour moi. Depuis le mois de juillet 2008...
Mais entre les deux tours des élections ?
... Par exemple, je suis déterminée à protéger les consommateurs de crédits consommation. Mon texte crédit consommation, il arrive le 24 mars devant l'assemblée nationale. Ce sont les hasards du calendrier. Je n'ai pas prévu ça spécialement à l'occasion des élections.
On va dire que c'est le hasard, alors, Christine Lagarde comme vous l'avez dit vous-même ! Vos propos sur l'Allemagne, dans le "Financial Time", au début de la semaine, ont surpris. Vous accusez les autorités allemandes d'égoïsme en privilégiant l'exportation de leur production par rapport au pouvoir d'achat de leurs concitoyens. Concrètement, qu'attendez-vous des autorités allemandes, Christine Lagarde ?
Je ne les accuse pas d'égoïsme, je dis simplement la chose suivante, c'est que l'Allemagne a fait un effort considérable depuis dix ans pour rétablir ses facteurs de productivité en axant sa croissance sur un gros moteur : celui de l'exportation. Et je dis simplement que dans une situation de crise très grave dans laquelle ont été plongées toutes nos économies, il faut que chacun fasse des efforts. Alors, la Commission européenne, par exemple, demande à un certain nombre de pays de faire des efforts, de réduire leur déficit, d'améliorer leur compétitivité, de peser sur les coûts salariaux par exemple, pour restaurer la compétitivité coût.
Et je dis que les efforts doivent être partagés. Si nous sommes solidaires au sein d'une même zone, il faut partager les efforts.
Et l'Allemagne n'est pas assez solidaire ?
Je crois, par exemple, que l'Allemagne peut peut-être utiliser les mesures d'ailleurs envisagées par la coalition, c'est-à-dire diminuer les impôts pour encourager la consommation intérieure.
Mais vous attendez vraiment des Allemands des décisions ?
Parce que l'amélioration de la consommation intérieure, ça pourrait notamment nous aider au niveau de nos exportations vers l'Allemagne, qui est notre premier partenaire économique.
Vous attendez vraiment des décisions parce qu'ils ont assez mal accueilli vos propos ?
Oui, je sais parce que ça a été très, très manipulé -si j'ose dire- et tourner de manière négative alors que ce que je me contentais de dire, c'est :
1. - Il y a eu des efforts considérables en Allemagne depuis dix ans. On peut tout à fait s'en inspirer, d'ailleurs, pour un certain nombre d'entre eux.
Et 2. - Quand il y a un effort à produire dans une zone économique solidaire comme laZzone euro, il faut que tout le monde fasse un effort. Il faut que ceux qui sont en déficit réduisent leur déficit - et c'est la priorité - et que ceux qui sont en excédent acceptent de considérer qu'ils ne sont pas mono-moteur et qu'ils peuvent peut-être tirer leur croissance par d'autres moyens.
Christian Estrosi, ministre de l'industrie auprès de vous Christine Lagarde, a déclaré ceci, au mois de janvier :"Une voiture française destinée à être vendue en France doit être produite en France". Partagez-vous cette formule, Christine Lagarde ?
Nous partageons Christian et moi l'objectif de maintenir de l'industrie en France. Ca, c'est un objectif déterminé et nous sommes absolument convaincus que l'industrie, non seulement a droit de cité mais elle est absolument nécessaire pour l'autre effort, c'est celui de l'innovation.
Mais ça, tout le monde est d'accord.
Celui de la Recherche et du Développement.
Ce n'est pas ça qu'il a dit. Il a dit : "Une voiture française destinée à être vendue en France doit être produite en France".
Oui, mais oui Jean-Michel Aphatie, j'ai bien entendu. J'ai bien entendu. Mais ce que je vous dis, c'est que nous voulons...
Et c'est là-dessus que j'aimerais votre réponse ?
Il illustre son propos.
Vous êtes d'accord avec lui ou pas ?
Notre propos c'est, l'industrie elle a sa place en France. Elle a toute sa place et il faut qu'on permette par la réforme de la taxe professionnelle, par l'encouragement à l'innovation à l'industrie de rester dans le pays ; et c'est d'ailleurs pour ça que les investisseurs directs étrangers viennent chez nous.
Je crois comprendre, Christine Lagarde, que vous ne voulez pas dire que vous êtes en désaccord avec la phrase de votre ministre de l'industrie ? C'est votre droit.
Mais pas du tout. Je suis en train de souligner l'accord sur lequel nous sommes. L'industrie en France : priorité.
Christine Lagarde, dont les enfants vont aller voter, dimanche, c'est sûr !, était l'invitée de RTL, ce matin. 

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