Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 20/07/2009 à 07h56 - Mis à jour le 20/07/2009 à 12h27

Bertrand Delanoë, le 25 avril 2008 sur RTL / capture rtl.fr
Le maire socialiste de Paris répondait lundi matin aux questions de Marc Tronchot. Bertrand Delanoë a déploré "le gâchis de talents, d'idées et de personnalités valables" au sein du PS, mais ces dernières "doivent comprendre qu'elles n'ont aucun débouché seules". Il a jugé que la première secrétaire Martine Aubry a raison de vouloir remettre de l'ordre dans la parti, sans pour autant condamner Manuel Valls.
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Marc Tronchot : Bonjour, monsieur.
Bertrand Delanoë : Bonjour.
Un mot de "Paris-Plages" qui s'ouvre au public à compter d'aujourd'hui. C'est devenu un rendez-vous incontournable, une sorte de "must" imité par beaucoup au fil des années. Est-ce que vous considérez cette opération comme un symbole révélateur de votre action municipale ?
Oui, parce que je l'ai voulu comme un geste de solidarité. Maintenant qu'il y a la crise, que plus d'un Français sur deux ne part en vacances cette année, c'est particulièrement utile d'avoir un lieu, très très beau, qui est un lieu où on peut se cultiver, faire du sport, sourire, être ensemble et en même temps, parce que Paris est une ville qui doit toujours innover. Le fait qu'au mois d'août, Paris ne soit pas une ville morte, cela m'importe. Il y a aussi "Paris, quartiers d'été". Beaucoup d'activités culturelles importantes, agréables et je crois que pendant la crise, il faut donner du sens.
La solidarité, je pense aux enfants, aux nombreux enfants qui ne partiront pas en vacances dans la métropole parisienne et qui pourront passer de vraies vacances à "Paris-Plages" et en même temps, voilà, y avoir des activités où à la fois bon, on sourit, on fait du sport, joue à la pétanque ou du beach rugby. Mais il y a aussi beaucoup, beaucoup d'activités culturelles. Vraiment, et ça, ça m'importe. Dans la crise, il faut plus de solidarité et plus de culture. Plus de beauté, plus de connaissances.
Monsieur Delanoë, ça commence à vous ennuyer Paris, pour que vous laissiez entendre que vous ne briguerez pas un nouveau mandat en 2014, ou bien c'est surtout pour faire savoir que certaines options pourraient vous intéresser avant cette date-là ?
Ecoutez, je suis beaucoup plus simple que vous ne l'imaginez. J'ai l'habitude de m'appliquer à moi-même les principes que je veux pour la société démocratique. Avant d'être maire de Paris, j'avais dit que j'étais contre le cumul des mandats et je le propose inlassablement. Donc, le jour de mon élection à la mairie de Paris, j'ai quitté mon mandat de sénateur.
Deuxièmement, dans toutes les occasions, je propose qu'il n'y ait pas de cumul de mandat dans le temps. Et donc, que je suis par exemple pour des mandats exécutifs qui ne sont pas renouvelés plus d'une fois. Et bien, j'ai dit tout simplement aux électeurs pendant les dernières élections municipales, que je ne ferai pas plus de deux mandats. Ça fera quand même treize ans. Parce que je pense qu'il faut que Paris ait après moi aussi des générations nouvelles, des projets renouvelés. Et j'y contribuerai, figurez-vous. Simplement, c'est dans cinq ans. Et pendant ces cinq ans, je compte donner mon énergie, mes convictions, ma passion au service de cette ville et de mes idées.
Vous ne pensez à rien de particulier en vous rasant le matin ?
Non, je pense aux sujets qui vont occuper ma journée, je l'ai déjà dit. Et en même temps, je suis un citoyen actif, un militant. Et si je pouvais contribuer à ce que par la gauche, par les valeurs de progrès, par une autre culture démocratique, que notre pays aille mieux, j'aimerais bien. Mais ça, c'est peut être le sujet que vous allez aborder après. C'est-à-dire le PS.
Oui, absolument...
Mais je n'ai pas besoin. Non, mais comprenez-moi bien. Je n'ai pas besoin de viser un poste pour me sentir totalement engagé et totalement en volonté d'apporter quelque chose.
Est-ce que vous considérez, j'en parlais tout à l'heure, comme un maire socialiste ou bien vous considérez que ce mot - comme certains le disent - est un peu daté ?
Non, le mot n'est pas daté. Mais le concept, le contenu doit être considérablement renouvelé à l'aulne des problèmes de nos concitoyens, mais surtout des grands défis du monde aujourd'hui. Moi, vous savez, là aussi, je suis simple. Je suis socialiste et je ne l'ai jamais caché.
Vous avez parfois été libéral...
Attendez, on va y revenir si vous voulez. Je suis socialiste et je ne l'ai jamais caché aux Parisiens. Et pas mal de Parisiens de droit votent pour moi, parce que j'essaie de les entraîner sur un projet. Ensuite, j'aime travailler avec les Parisiens qui n'ont pas voté pour moi. C'est à dire que je me sens le maire de tous les Parisiens, mais j'ai des convictions et je ne suis pas tout simplement là pour occuper une fonction de notable. Je veux faire bouger ma ville, je veux qu'elle progresse.
Quant au libéralisme politique dont je me suis réclamé et donc je continue à me réclamer, le libéralisme politique. Et bien, il est temps que les socialistes s'aperçoivent que le combat pour la liberté est un combat toujours pertinent au XXIème siècle et dans la France d'aujourd'hui où il y a un autoritaire qui veut tout dévorer, qui ne laisse pas de place au contre-pouvoir, qui même maintenant sur la magistrature essaie d'avoir une influence que je trouve exagérée. Et donc, la démocratie, l'extension des droits, c'est toujours un combat moderne pour les socialistes. Ce n'est pas Bernard Henri-Lévy qui me démentira.
Alors, justement, revenons au Parti socialiste. Il faut changer son nom ou pas ?
Ce n'est pas une question de nom. Vous savez, on peut changer les noms. Ce n'est pas une question de marque. Je pense que le Parti socialiste ne va pas bien, c'est évident. Le Parti socialiste ne va pas bien parce qu'il ne sait pas actuellement utiliser ses richesses. Rendez-vous compte qu'il y a seize mois... Il y a seize mois, le mot "socialiste" était symbole de victoire. Pas seulement à Lille, Lyon ou Paris mais aussi à Strasbourg, Toulouse. Et ce n'était pas comme ça, par hasard. C'était sur des projets. Des projets progressistes.
Et donc, je pense qu'il faut que les socialistes arrivent à se rassembler en gardant leurs différences mais en ce concentrant, en créant leur émulation, sur ce qu'il y a à proposer aux Français. En fait, le problème des socialistes, c'est qu'on les entend beaucoup à propos d'eux-mêmes et se développe une forme d'individualisme et on les entend pas assez sur la vie des Français, les solutions à apporter.
Les grands défis d'aujourd'hui, vous savez, c'est la croissance écologiste, c'est la paix dans le monde, c'est une nouvelle régulation internationale parce que le capitalisme qui a ordonné, qui a mis des règles qui sont absolument insupportables pour les peuples, donne une actualité particulièrement grande à la vision d'un socialisme moderne qui régule, qui protège, qui innove.
Monsieur Delanoë, Martine Aubry, elle a eu raison ou pas de faire acte d'autorité publiquement ?
Je crois que le Parti socialiste a besoin de respecter sa propre légitimité. Martine Aubry est la première secrétaire élue démocratiquement par les militants. Et effectivement, je crois qu'il y a besoin de cohésion, d'autorité, il y a besoin d'ordre. Et que Martine Aubry a raison de le dire. En même temps, il est évident que tous les socialistes sont indispensables. Surtout dans l'épreuve que nous vivons aujourd'hui. Manuel Valls comme les autres.
Mais saurons-nous un jour montrer nos qualités individuelles par rapport à la pertinence d'un projet collectif ? C'est un peu le drame du Parti socialiste ces dernières années où chacune et chacun essaient finalement de créer une victoire pour sa personne et pas une victoire pour le peuple français, par les idées de la gauche.
Hier, dans le catalogue que faisait le "Journal du Dimanche" des responsables socialistes, il était écrit à votre propos : "Dans la cacophonie, sa mesure le distingue mais empêche qu'on l'entende".
J'en sais rien. Vous m'invitez, je viens. C'est vrai que je pratique une certaine sobriété médiatique. Je ne cours pas après les médias. Et je ne crois pas si vous voulez que l'engagement politique, ce soit le spectacle, l'éphémère ou la superficialité. Donc, j'essaie de me rendre utile. Ce n'est pas très facile en ce moment. Mes convictions sont intactes. J'ai une tâche qui m'a été confiée par le suffrage universel dans la première collectivité de France. Donc, j'essaie de le faire du mieux possible, de manière collective, avec les citoyens. Mais effectivement, je crois que ça va assez mal et pour les Français et pour la force du parti socialiste, pour qu'on retrousse les manches et qu'on se donne les moyens dès l'été passé de réfléchir, de proposer. En plus, il y a déjà beaucoup d'idées au PS.
C'est du gâchis alors ?
Oui, il y a du gâchis. Oui, il y a du gâchis de talent. Il y a du gâchis d'idées et il y a du gâchis de personnalités valables. Et ces personnalités valables doivent comprendre qu'elles n'ont aucun débouché seul. Martine Aubry a proposé que nous travaillions à la rentrée sur le projet. C'est une excellente initiative et je suggère même que notre projet pour le pays s'inspire de ce que nous faisons dans les collectivités locales. Parce que dans les collectivités locales, nous réussissons. La solidarité, l'innovation, l'écologie et donc si nous savons faire cela, et bien cela peut nous aider - sans le reproduire mécaniquement - cela peut nous aider pour proposer un projet crédible aux Françaises et aux Français.
Donc, Martine Aubry peut compter sur vous ?...
Comme toujours. Tous les socialistes peuvent compter sur moi, et en particulier la première secrétaire du PS.
Merci, monsieur Delanoë.
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