"Petits Matins de Campagne 2", un film de Gaya Bécaud - PARTIE 4
Créé le 29/09/2011 à 11h30
Le maire socialiste de Paris, soutien de Martine Aubry dans la primaire PS, répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Au lendemain du deuxième débat télévisé entre les six candidats, Bertrand Delanoë a jugé que cet exercice faisait "du bien au débat d'idées en France". "Martine Aubry se bat avec conviction et apparaît de plus en plus comme la présidente des solutions", a-t-il ajouté. "Elle a toutes ses chances", a-t-il poursuivi. Et d'appeler à être "humble et patient" jusqu'au premier tour de la primaire.Et si François Hollande l'emportait ? "Je le soutiendrai", a assuré Bertrand Delanoë.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bertrand Delanoë.
Bertrand Delanoë : Bonjour.
Alain Duhamel a dit : "Martine Aubry a intériorisé le fait que François Hollande emportera la primaire des socialistes". Vous soutenez Martine Aubry. Vous pensez qu'elle a intériorisé ça, la victoire de François Hollande ?
D'abord, Martine Aubry a voulu ces primaires. Vraiment. Elle a fait en sorte qu'elles aient lieu ; et je pense comme Alain Duhamel que cela fait du bien au débat d'idées en France. Et il y a longtemps que les socialistes n'avaient pas été comme ça pourvoyeurs d'idées, d'une bonne relation démocratique aux Français ; et reconnaissez que dans le climat actuel du pays, ça fait du bien de la dignité et de l'envie de se rassembler pour servir le pays.
D'accord.
Voilà.
A-t-elle intériorisé la victoire de François Hollande ?
Non, non, pas du tout. Je pense que Martine a de grandes chances de gagner. C'est ouvert. En démocratie, on ne connaît jamais le résultat des élections. Elle se bat avec conviction, efficacité. Je crois que c'est vraiment... Elle apparaît de plus en plus comme la candidate, la présidente des solutions. Et je crois, je n'ai pas pu voir...
... Ah ! Ce n'est pas d'elle ce slogan là !
... La présidente des solutions...
Eh non !
C'est quoi ? C'est quoi ?
Ah, c'est Ségolène Royal qui dit ça.
Ah bon !
"Je suis la présidente des solutions".
Eh bien vous voyez ce qui prouve que je regarde...
... Vous êtes œcuménique !
Non, non, non, je regarde ça avec d'abord amitié parce que je suis assez fier des six candidats qui font du bon boulot. Ils ont des différences, c'est normal ; sinon pourquoi faire des primaires. Mais je ne doute pas qu'ils seront rassemblés et que nous aurons autour de celle ou de celui qui sera désigné à utiliser les qualités des idées de chacun.
François Hollande a une proposition phare. Un contrat de génération qui lie dans une même entreprise le destin d'un salarié âgé d'un salarié jeune. Et Martine Aubry lui dit - alors, nettement -, elle lui dit : "Ca ne marchera pas. Ca coûtera cher. Les entreprises feront uniquement des effets aubaines avec cette mesure. Très mauvaise mesure". Elle a raison ?
D'abord, François a présenté cette proposition dans le groupe qui préparait le projet. Je m'en souviens, nous en avons débattu.
Oui, et vous l'avez refusé.
Vous permettez !... Je trouve que c'est une proposition qui a une bonne intention. Simplement, je ne crois pas que les entreprises vont embaucher pour cette raison-là ; et effectivement, je crains l'effet d'aubaine et ensuite lorsque nous en avons parlé de manière tout à fait détendue entre nous pour chercher des solutions, c'était évalué entre 8 et 12 milliards d'euros de coût par an. Donc, voilà, moi je ne la jette pas ; simplement pour le moment elle ne m'a pas convaincu, et surtout, surtout, je crois que lorsque nous serions en responsabilité, il faudrait d'abord redresser les comptes ; et donc dépenser 8 à 12 milliards par an ? il faudra réfléchir.
Et il faut surtout relancer la croissance ; c'est elle qui produira de l'emploi et donc voilà ! Mais l'idée...
... Si François Hollande est désigné... Excusez-moi !
... Attendez !
Ah mais j'attends, je suis patient mais...
L'idée d'encourager l'emploi des jeunes et d'éviter de sortir les seniors des entreprises, c'est une bonne idée.
Mais après si François Hollande est désigné et propose ça ?
Mais si François était désigné, d'abord attendez...
... Vous le soutiendriez ?
Mais bien sûr.
En ne partageant pas sa proposition phare !
D'abord, ne vendez pas la peau de l'ours.
Non. J'ai dit : "si".
Attendons, soyons humble et patient ...
Mais j'ai dit : "si".
Soyons humble et patient. Le 16 octobre, on saura quel est la femme ou l'homme qui nous rassemblera pour servir la France. Deuxièmement, celle ou celui qui sera désigné aura de toute façon mon soutien et mon soutien vraiment extrêmement actif. Et le soutien de tous, je pense.
Quelles que soient ses propositions ?
Mais nous discuterons. Nous avons l'habitude. Nous nous connaissons. Nous avons des relations d'estime et d'amitié, notamment avec François Hollande. S'il était désigné - ce qui n'est pas mon choix, mon choix c'est Martine. Bien ! Et je vous ai dit un peu pourquoi mais vous ne m'avez pas laissé beaucoup de temps.
(Rire) Eh bien, dis donc !
Mais voilà. Mais de toute façon on se rassemblera et on optimisera ce joli parcours démocratique qu'ont été les Primaires et qu'a voulues Martine Aubry.
Vous soutenez Martine Aubry, Bertrand Delanoë. Martine Aubry est favorable à la dépénalisation de la consommation du cannabis. Et vous ?
D'abord, mon ami Daniel Vaillant, qui ne soutient pas Martine Aubry, a vraiment rendu un grand service en disant : "Il faut mettre tout sur la table et organiser un grand débat". Les solutions qu'il préconise ne me convainquent pas totalement ; mais je suis pour qu'il y ait un grand débat et on met tout sur la table ; et on laisse les Français juges même si on prend nos responsabilités...
... Je peux reprendre ma question précise.
... A priori, je peux, j'arrive ! Parce qu'il y a un contexte toujours... Je ne suis pas tout à fait favorable à ce que propose Daniel, c'est-à-dire la production de cannabis pour organiser la distribution. En revanche, je pense qu'il faut se poser la question réellement de la pénalisation des consommateurs occasionnels de cannabis. Je pense qu'il faut regarder aussi les expériences étrangères parce que des amis comme les Espagnols ont fait des expériences en la matière assez ouvertes ; et je ne suis pas sûr que les résultats aient toujours été bons.
Qu'est-ce que vous pensez de l'affaire Karachi ?
Donc, vous voyez ! Alors que Martine Aubry dit : dépénalisation. Je suis un petit peu plus prudent, je dis débat. Allons à fond sur ce sujet et essayons d'en tirer des conséquences pragmatiques et efficaces.
C'est bon ?
(Silence)
Que pensez-vous de l'affaire Karachi, Bertrand Delanoël ?
Je suis extrêmement triste et vraiment inquiet pour mon pays parce que nos concitoyens qui vivent une crise économique et sociale très douloureuse, ils vont se dégoûter (quoi !) de la politique, de la démocratie et donc je crois qu'il faut un sursaut de l'esprit républicain. Il passe d'abord par l'indépendance de la Justice. Je pense que dans cette affaire il faut vraiment que le Pouvoir et le Président donnent des preuves, qu'ils laissent travailler la Justice en toute indépendance.
Vous en doutez ?
Par exemple...
... Vous en doutez ?
Eh bien, je fais une proposition.
Oui.
Par exemple sur la mise en cause de monsieur Hortefeux sur le respect du secret de l'instruction, je propose que ce soit justement un juge d'instruction et pas le Parquet qui puisse enquêter. Je propose aussi puisqu'il va y avoir des nominations maintenant de procureurs à Bordeaux, à Lyon, à Paris, je propose que l'avis du Conseil Supérieur de la Magistrature soit suivi en tout état de cause ; ce qui n'a pas été le cas ces dernières années.
On a compris au détour de cette instruction Karachi que le Conseil Constitutionnel présidé par Roland Dumas en 1995 avait validé des comptes de campagne mensongers d'Edouard Balladur et de Jacques Chirac.
Quelle est votre question ?
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Je n'en pense pas du bien ; et je pense que lorsqu'une grande instance de la république chargée de faire vivre le droit et aussi la morale démocratique, est saisie de manquements, elle doit en tirer les conséquences tout de suite.
Et donc Roland Dumas a failli à sa tâche en validant les comptes du Conseil Constitutionnel ?
Je vous dis : le Conseil Constitutionnel aurait dû prendre acte et se donner les moyens de faire en sorte qu'on sache la vérité car moi, je ne veux pas préjuger. Je respecte la présomption d'innocence ; mais puisque je crois qu'il y avait beaucoup de membres du Conseil Constitutionnel qui disaient : il y a un doute, il y a un problème, on ne peut pas prendre ça comme ça, eh bien, on aurait dû aller au bout de la recherche de la vérité.
Dominique Strauss-Kahn sera confronté, aujourd'hui, à Tristane Banon. Comment réagissez-vous à l'évocation par Dominique Strauss-Kahn de son immunité diplomatique pour éviter un procès civil aux Etats-Unis ?
Je souhaite qu'en toutes circonstances, la vérité apparaisse dans toutes les affaires : que ce soit Karachi, que ce soit Guérini, que ce soit tout ce qu'on veut. Tout n'est pas comparable. Je m'empresse de le dire. La Justice indépendante et la vérité.
Dans le cas des affaires sur lesquelles Dominique a été mis en cause, je souhaite la vérité, le respect des personnes et un peu de sérénité. Il ne peut pas y avoir une bonne justice quand il y a des emballements médiatiques, des jugements de valeur à l'emporte pièces.
Mais vous regrettez qu'il invoque son immunité ?
La vérité, la vérité... Je souhaite que la vérité puisse se faire jour dans le respect des personnes, y compris Dominique Strauss-Kahn.
Bertrand Delanoë, maire de Paris, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
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