Bernard Kouchner : "Tout le monde se tourne vers l'Europe au moment où on la refuse à l'intérieur"

Bernard Kouchner, dans les studios de RTL

Bernard Kouchner, dans les studios de RTL

Crédit : capture rtl.fr

Invité de RTL, Bernard Kouchner a commenté le référendum qui doit se dérouler jeudi en Irlande au sujet de la constitution européenne. Selon les sondages, le "Non" pourrait l'emporter. "La première victime, ce sont les Irlandais" a estimé le ministre des Affaires étrangères qui trouve "irritant" que "tout le monde se tourne vers l'Europe au moment où on la refuse à l'intérieur".

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Crédit : Jean-Michel Aphatie

Retrouvez la vidéo de l'entretien

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Kouchner.

Bernard Kouchner : Bonjour Monsieur.

Un attentat a eu lieu, hier soir, à Alger. Un ingénieur français en était la cible, il est mort. L'Algérie où vous étiez la semaine dernière, Bernard Kouchner, redevient-elle un pays dangereux ?

Oui, c'est un pays dangereux puisqu'il y a eu cinq attentats en quelques jours ; mais lorsqu'on en parle aux Algériens, aux responsables algériens, au Président Bouteflika, ils sont déterminés à poursuivre, ils se battent contre ce que l'on croit être, à chaque fois. Le dernier attentat qui a tué un Français n'est pas revendiqué. Al Qaïda au Maghreb et Al Qaïda au Maghreb est très surveillé par tous les services alentours, la collaboration avec les Algériens, je parle de la collaboration des Français et des Algériens et de tous les pays est très efficace ; mais il y a des attentats.

Le Quai d'Orsay donne-t-il des consignes particulières aux ressortissants français qui se trouvent dans ce pays, aujourd'hui, Bernard Kouchner ?

Non. Il faut évidemment être prudent. Il ne faut pas être seul. Mais il n'y a pas de consignes particulières. C'est un pays où nous devons travailler. C'est un pays où nous travaillons et où les rapports commerciaux, amicaux sont évidemment très importants et il faut les développer.

L'Irlande - Alain Duhamel en parlait à l'instant - votera donc jeudi par référendum sur le projet de Constitution européenne. Le "non", selon certains sondages, paraît être en mesure de pouvoir l'emporter, en tout cas c'est très disputé. Quelles conséquences aurait un "non" des Irlandais sur cette Constitution européenne, Bernard Kouchner ?

Si j'étais superstitieux, je ne vous répondrais pas et je vous répondrais peu. Nous faisons tout pour que le "non" disparaisse des esprits et que le "oui" l'emporte. Je crois que la première victime d'un "non" éventuel auquel je ne veux pas croire, ce serait les Irlandais.

Oui, ils en ont profité plus que les autres. Oui, ils ne sont pas contents parce que peut-être on ne leur a pas dit que l'Europe était affrontée au reste du Monde et que pour avoir des atouts pour eux-mêmes, pour les Irlandais, pour développer leur commerce, leurs industries florissantes depuis que l'Europe est là, depuis qu'ils sont au cœur de l'Europe, eh bien il faut que l'Europe se développe, qu'elle aille dans le sens du Traité de Lisbonne. Tout le monde va le ratifier. Ce serait quand même très, très, très gênant pour la pensée honnête qu'on ne puisse compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l'argent de l'Europe.

Si un pays manquait à l'appel, les 26 pourraient-ils appliquer le Traité ? Ou le Traité serait-il définitivement loin ?

Théoriquement non. Théoriquement non. Je pense qu'il faudrait poursuivre en ce qui concerne la France puisque nous serons Président à partir du 1er juillet, il faudrait continuer, s'acharner, aller très vite, continuer sur les priorités que nous avons définies et puis tenter de convaincre les Irlandais qui ont déjà revoté une fois à propos du Traité de Nice justement, de remettre ce Traité sur le métier. Difficile situation qu'on commence à envisager un peu partout avec comme dirais-je, de l'espoir certainement c'est nécessaire, mais un peu d'incompréhension qui va se transformer en une gigantesque incompréhension. Ce n'est pas en étant seul qu'on arrivera à faire face ; et au contraire, vraiment les Irlandais se pénaliseraient.

Nicolas Sarkozy se rendra en Bavière, vous l'accompagnez je crois tout à l'heure, ce matin, à Straubing pour avoir une entrevue avec la chancelière Angela Merkel. Beaucoup de choses sont écrites sur les mauvais rapports qu'entretiennent ou les rapports assez froids qu'entretiennent les deux dirigeants franco-allemand, ce qui dans cette crise européenne, n'est peut-être pas le meilleur signe ?

Ecoutez je ne jugerai pas de ces écrits. Mais moi, je ne trouve pas que ces rapports soient froids ; au contraire ils sont vifs, ils sont francs.

Vifs, ça veut dire quoi ?

Très amicaux. Ils sont plutôt aimables au sens le plus sentimental du terme.

Vous en témoignez. Ce qui est écrit ne correspond donc pas à la réalité ?

Vraiment pas toujours. Il y a des différences. Il y a des incompréhensions et il y a de vraies difficultés ; par exemple cet après midi, nous parlerons des émissions de gaz, les grosses voitures allemandes, les petites voitures françaises, eh bien évidemment, ce n'est pas facile à régler mais je pense que ce sera réglé. Il faut de l'espoir pour l'Europe parce que sinon, ça n'aurait jamais été fait. Il faut aussi de l'espoir pour l'Irlande parce que l'Irlande, je l'espère, va voter "oui". Et cet après-midi, nous lèverons les obstacles avec les Allemands. J'en suis persuadé parce que les Allemands comme les Français, les Français comme les Allemands ont compris -ce n'est pas suffisant cette entente franco-allemande- mais c'est tout à fait nécessaire pour le reste de l'Europe. Et nous y parviendrons cet après midi. Ce n'est pas un obstacles gigantesque.

Un dossier a longtemps séparé, dans la période récente en tout cas franco-allemand, c'est l'organisation du sommet Euro-Méditerranée, à Paris, le 13 juillet. Beaucoup de dirigeants qui bordent la Méditerranée devraient s'y retrouver. Le Président syrien Assad puisqu'une polémique semble naître à ce propos, sera-t-il à Paris, le 13 juillet, Bernard Kouchner ?

Nous verrons bien. Le Président Assad a dit par téléphone au Président Sarkozy qu'il serait là. Donc nous allons voir, il y a beaucoup de développements possibles jusqu'au 13 juillet. A Alger, il y a trois jours, nous étions autour de la table, beaucoup de pays du Sud et du Nord de la Méditerranée. Les choses se sont très bien passées. Il y a encore des différences, c'est normal c'est un projet gigantesque.

C'est un projet porteur vraiment d'une seconde étape du rêve que la globalisation exige en réalité. Et donc, l'abord d'une autre civilisation, d'une autre culture, d'une autre religion, le pont vers l'Afrique, tout ça n'est pas simple. Et s'il y a beaucoup de chefs d'Etat le 13 juillet, ce sera vraiment un très, très grand succès certes pour la France, certes pour l'idée que s'en faisait le Président Sarkozy mais pour l'Europe entière et presque pour le monde. Vous savez, tout le monde se tourne vers l'Europe. Au moment où on la refuse à l'intérieur, ce qui est un peu irritant, l'ensemble du monde donne cette Europe, ces gens qui restent chacun, chacune une nation, et qui veulent travailler ensemble comme modèle.

Ce qui se passe aux Etats-Unis exige que l'Europe existe, exige vraiment que nous ayons des choses, des projets à offrir pour le reste du monde pendant que le changement d'administration se fera aux Etats-Unis. Ce qui se passe en Afrique avec l'Union africaine, ce qui se passe en Asie : tout ça converge vers l'Europe comme une invention extraordinaire.lors, évidemment, c'est compliqué, c'est difficile, parfois on désespère pas. Mais il ne faut pas.

Puisqu'on vous en avez parlé, Bernard Kouchner, souhaitez-vous la victoire de Barack Obama, à la future élection présidentielle américaine ?

Ecoutez dans ma position, comme on dit, on ne choisit pas. Dans mon cœur, j'ai choisi.

Vous avez choisi quoi dans votre cœur ?

Mystère !

Vous ne le direz pas ?

Je vous le dirai plus tard.

On croit deviner ?

Oui.

Vous êtes donc ministre des Affaires étrangères. Le Président de la République dit souvent que la Turquie est un pays d'Asie mineure et la Turquie participe, cette semaine, au championnat d'Europe de football. Comment expliquez-vous cette contradiction, Bernard Kouchner ?

Oui. Les Irlandais aussi.

Qui ?

Les Irlandais.

Les Irlandais, ils sont en Europe ?

Oui, oui.

La Turquie est en Asie mineure ?

Et qui veut y aller ? Pas les Irlandais. La Turquie. Alors, choisissons un tout petit peu... Les désirs, les puissances, les goûts, les aventures.

Je ne comprends pas  la réponse. La Turquie est en Asie mineure ?

Non, la Turquie a une partie très importante... Istanbul en Europe et le reste en Asie mineure. Vous connaissez la position du Président ? Un certain nombre de chapitres de la négociation qui durera des années, vont s'ouvrir ; et nous sommes prêts à les ouvrir tout de suite, à partir de juillet, par exemple, deux, trois chapitres et la négociation continue. Et quant à l'Union pour la Méditerranée, la Turquie y figure. J'espère qu'elle sera représentée le 13 juillet. J'espère qu'elle comprendra son intérêt qui est le nôtre. Avoir la Turquie avec nous, c'est tout à fait essentiel pour cette Union pour la Méditerranée. Plus loin, on verra, laissons le temps faire son ouvre positive.

Voyez, le football fait ce que la politique n'arrive pas à faire !

Oui, souvent. Mais c'est comme ça ! On a les intellectuels qu'on mérite.

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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