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Arnaud Montebourg : "Le Parti socialiste joue sa survie" (vidéo)

Créé le 09/06/2009 à 07h50 - Mis à jour le 09/06/2009 à 09h50

Arnaud Montebourg sur RTL, le 26 novembre 2008

Arnaud Montebourg sur RTL, le 26 novembre 2008 / La rédaction de RTL

Le député socialiste de Saône-et-Loire répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. "Nous jouons notre survie", a lancé Arnaud Montebourg après la lourde défaite du PS aux Européennes. Il fait confiance à la Première secrétaire Martine Aubry pour prendre des mesures audacieuses et réformer le parti en profondeur. Selon lui, "il faut restructurer la relation du PS avec les Français".
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Arnaud Montebourg.

Arnaud Montebourg : Bonjour.

Enième défaite du Parti socialiste, dimanche. Qu'est-ce qui l'emporte chez vous, ce matin, Arnaud Montebourg : la déprime ou la colère ?

La gravité et le sentiment que nous jouons notre survie.

A ce point ?

Je le crois sincèrement. Le 21 avril 2002, c'était il y a sept ans. C'était déjà une défaite de cette nature-là ; et finalement, le parti n'a pas bougé. Les réflexes se sont aggravés. Vous savez quand les militants socialistes ne veulent plus voter socialiste, que les dirigeants socialistes disent eux-mêmes qu'ils ne veulent pas voter socialiste...

Il y en a eu ?

... Et que des élus socialistes disent : "Je ne veux pas reprendre ma carte, je pense qu'il y a un petit problème par rapport à ce qu'est devenu le Parti socialiste".

Vous connaissez des dirigeants socialistes, Arnaud Montebourg, qui n'ont pas voulu voter socialiste ?

Ecoutez, on en connaît !

Non !...

Peu importe

Non.

Ils existent. Et d'ailleurs, ça a déjà été le cas dans plusieurs autres élections précédentes.

Et alors si vous jouez votre survie, qu'est-ce qu'il faut faire ?

Ecoutez, je crois que la direction du Parti socialiste va devoir démontrer qu'elle est capable de conjurer le mauvais sort et de réformer en profondeur tout le système partisan du parti. C'est pour ça que changer les hommes, les chaises musicales, les révolutions de palais, tout ça n'a aucun intérêt. C'est totalement politicien, ce serait du rechapage. En revanche, quand on veut faire une démonstration que le parti est capable de se transformer, de prendre des mesures audacieuses par rapport à ce qu'est devenue la France, la façon dont lui-même doit envisager, de restructurer sa relation avec les Français, cela suppose des mouvements et des choix très difficiles. C'est la démonstration qu'on évitera la poursuite de l'hémorragie.

Donc, votre discours, ce matin, Arnaud Montebourg, c'est : "On garde les mêmes et ils vont faire autre chose". Vous y croyez ?

Non, je ne dirais pas ça. Je dirais que nous n'avons pas d'autre choix qu'en rassemblant l'ensemble du parti, comité de salut public on peut utiliser un peu cette formule d'urgence si j'ose dire, nous pourrions imaginer des formules très audacieuses.

Genre ? Un exemple.

D'abord, il y a deux chantiers. Il y a le chantier de l'unité de nous-mêmes et de toutes les gauches ; parce que si on regarde la situation politique, le message qui a été délivré par les électeurs, le sarkozysme est enfermé dans sa forteresse, il a peut-être gagné mais il a gagné...

Enfin... Il est peut-être enfermé ! Mais enfin, il est en bon état.

Non, mais vous avez raison de rire ! Mais 28%, monsieur Aphatie...

Oui, ce n'est pas beaucoup, on est d'accord... Mais enfin !

C'est très peu. Et où sont les réserves ? Il n'y en a pas. D'ailleurs, regarder comment le rapport de force Droite - Gauche s'est inversé en deux ans. Donc, aujourd'hui, la victoire de monsieur Sarkozy et de ses amis est directement liée à l'extrême division de ses adversaires.

Alors unité du Parti socialiste...

Unité des gauches et du Parti socialiste.

Voilà, d'abord unité du Parti socialiste. Ce soir, au conseil national, Ségolène Royal, François Hollande ne seront pas là.

Je crois qu'en dehors des questions de personnes, des personnalités, c'est le système partisan du parti qu'il faut refonder ; c'est-à-dire : comment ça fonctionne. C'est une machine à fabriquer des divisions. Ce n'est pas une machine à organiser le rassemblement. C'est une machine, d'ailleurs, qui ne pense pas ce qu'est devenue la Vème République. Il y a ici autour de la table un certain nombre d'analystes qui ont compris que le quinquennat, donc l'accélération des échéances présidentielles, a contaminé tous les partis et mis des luttes de pouvoir dans tous les partis, y compris l'UMP d'ailleurs.

Regardez ce qui s'est passé avec monsieur Bayrou et le MoDem qui a organisé son surgissement dans la vie publique à travers sa seule personne, faisant le vide autour de lui. Donc, le Parti socialiste est en train de périr de la Vème république qu'il n'a pas comprise, qu'il a mal combattue et face à laquelle il n'a pas su organiser sa propre adaptation pour la transformer. Premièrement. Donc, c'est la question, moi je le dis : l'essentiel des problèmes viennent de cela. Il faut donc regarder en face cette question. Donc la question, nous que nous posons : est-ce que nous sommes capables de nous projeter dans la société française ? De discuter avec les Français de notre projet ? Réponse : oui.

Deuxièmement : est-ce que nous sommes capables d'organiser la sélection de notre leader, notre candidat, avec les Français parce qu'un appareil qui, aujourd'hui, est affaibli, est incapable de donner de la légitimité à quelconque candidat ? Donc, nous défendons les grandes primaires populaires comme projet politique majeur, comme instrument de règlements d'un grand nombre de nos problèmes. Pas la totalité, et notamment les questions de choix politiques qui devront se poser.

Parce que quand vous dites : unité de toutes les Gauche, on ne sait pas trop ce que vous voulez dire ? Le Parti de Gauche de Mélenchon, pour ne pas parler d'Olivier Besancenot, disait dans son programme européen, qu'il faut interdire les licenciements des entreprises qui feront des profits ou donner un droit de veto aux ouvriers sur les plans de licenciement. Vous iriez jusque-là, sur le fond il faut que vous rejoignez ces gens-là ?

Je pense que la question posée par Mélenchon à ses amis, du politique comme outil de ralentissement des plans sociaux, est une question qui a toujours été posée à la Gauche et à la Droite. Je peux vous dire que dans les plans sociaux, vous avez même des députés UMP...

On parle de la Gauche, là, en l'occurrence !

Oui, mais moi je vous réponds, monsieur Aphatie.

C'est-à-dire que là ce que vous prônez, c'est vous rapprocher des communistes, d'Olivier Besancenot...

Non, je pense que c'est un besoin dans le pays que l'économie n'impose pas toutes ses lois et que le politique puisse de temps en temps, dire : là, vous allez trop loin. Et ça, ça se discute y compris avec Mélenchon, et ça se discute même aujourd'hui avec des gens qui sont de centre-droit. Voilà. Ca se discute ces questions. Pour les discuter, d'abord il ne faut pas s'injurier, il faut se faire confiance et il faut assumer l'idée que nous sommes en train non pas de nous affronter mais de nous unir.

En vous écoutant quand même, ce matin, Arnaud Montebourg, hormis sur le problème de la sélection du futur candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle qui n'est peut-être pas non plus la question centrale, on a l'impression que vous êtes tous perdus.

Je ne crois pas. D'abord, je vais vous dire, dans la période difficile, nous avons un certain nombre de choses que nous avons accumulées depuis le congrès de Reims, ça s'est fait un peu "back office" - en silence -, parce qu'on a travaillé ; et notamment toutes les questions d'innovation. Il y a des ressources énormes dans la Gauche, en personnel, en talent, en idées, sur le terrain. Il y a des innovateurs du quotidien, partout. Ce qui manque, c'est la façon de les fédérer, de les organiser, de les mettre en mouvement et, j'allais dire, de les faire surgir. Donc, notre problème, c'est que l'appareil du Parti socialiste est en pleine nécrose, est en train de disparaître. Donc, on n'a pas trente-six solutions ; soit on prend des mesures radicales, soit nous continuerons notre lente hémorragie.

Et vous faites confiance à Martine Aubry pour prendre ces mesures radicales, Arnaud Montebourg ?

Ecoutez, nous l'écouterons attentivement cet après midi. Je sais que la facilité, ce serait finalement de s'acharner sur Martine Aubry qui a pris le parti dans un triste état, qui ne l'a pas redressé pour l'instant, mais qui a le devoir de le faire.

Mais à la question : est-ce que vous lui faites confiance ? Vous répondez : oui ; ou vous répondez : non ?

Je lui fais confiance, bien sûr.

Voilà, c'est dit.

Il y a un très beau poème d'Aragon...

... Ah, finissons sur Aragon.

... qui dit - c'est "La Rose et le Réséda" :
"Quand les blés sont sous la grêle
 Fou qui fait le délicat
 Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat"

Monsieur Aphatie...

"Aragon" était l'invité deRTL, ce matin. Bonne journée.

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