Crédit : Bernard Poirette
Crédit : Raphaël Vantard
Les pompiers suspendus
"Au vu des avancées des enquêtes, le général commandant la BSPP a décidé de suspendre de leurs fonctions les personnels mis en examen", a déclaré le lieutenant-colonel Pascal Le Testu, porte-parole de la BSPP.
Il s'agit d'une "mesure administrative conservatoire dans l'attente d'une décision de justice ou disciplinaire", a-t-il précisé. Les mis en examen "conservent une partie de leur solde", la suspension entraînant la perte d'"un certain nombre de primes".
Parallèlement à l'enquête judiciaire, le commandement de la brigade mène une enquête interne. "Il est important, compte tenu de la gravité des faits, que les enquêteurs puissent faire leur travail dans la sérénité", a souhaité le porte-parole.
Les gardés à vue évoquent une "tradition"
L'un d'eux a déposé plainte pour viol, accusant un de ses collègues de l'avoir violé avec une bouteille devant d'autres pompiers, dont un officier après une séance de bizutage qui aurait mal tourné. Cette scène a été filmée à l'aide d'un téléphone portable. Un autre pompier a porté plainte pour des coups qu'il aurait subis dans le même autocar.
Dans leurs premières déclarations aux gendarmes, les gardés à vue ont invoqué une "tradition", certains reconnaissant cependant avoir participé activement aux violences. S'agissant des accusations de viol, ils niaient les faits et affirmaient qu'il n'y avait eu aucune pénétration, invoquant un "viol simulé".
Les deux pompiers ont décidé de renoncer à leur carrière chez les sapeurs-pompiers de Paris. Les deux victimes "sont encore en état de choc. Elles sont aujourd'hui retournées dans leur famille pour se reposer loin de Paris. Elles vont faire l'objet d'un suivi psychologique", a ajouté leur avocat Me Cellupica.
L'avocat des deux pompiers met en cause les autorités militaires et le comportement de la victime
L'avocat de deux pompiers ayant porté plainte pour viol et violences a mis en cause samedi les autorités militaires, qui selon lui n'ont "rien fait" pour empêcher de tels "agissements". Me Nicolas Cellupica, qui avait appelé vendredi d'éventuelles autres victimes à "briser la loi du silence", s'est réjoui que "d'ores et déjà, certains pompiers à la retraite ou en service se soient manifestés pour apporter tout leur soutien à ces deux jeunes sapeurs-pompiers".
Selon lui, cela veut dire "que ces agissements, ces bizutages, ces barbaries existent depuis des années mais qu'elles sont tues, elles sont passées sous silence y compris jusqu'au plus haut niveau de la hiérarchie".
"En conséquence, les deux victimes, à côté du volet pénal, ont décidé d'engager la responsabilité des autorités militaires qui n'ont rien fait, qui n'ont pas agi pour empêcher de tels agissements honteux", a ajouté Me Cellupica. Il n'a pas apporté davantage de précisions sur la procédure qu'il compte engager.
Les avocats de deux pompiers mis en examen ont également mis en cause dimanche le comportement de la principale victime avant et pendant les faits le 6 mai dans un autocar.
"Nombre d'éléments au dossier, dont des témoignages et un message, montrent que l'intéressé a annoncé plusieurs semaines à l'avance qu'il allait susciter un incident et l'utiliser pour faire pression sur sa hiérarchie", a déclaré Me Thibault de Montbrial, avocat de l'entraîneur de l'équipe mis en examen pour non empêchement de crime ou délit.
"Le principal plaignant indique dans un SMS en avril qu'il planifie de porter plainte pour le bizutage à venir", a confirmé Me Philippe Goossens, avocat d'un autre pompier non gradé. "Deux témoins affirment en outre qu'il prévoyait de faire pression sur sa hiérarchie pour éviter son éviction de l'équipe dont l'effectif devait être réduit", a-t-il ajouté.
Selon les deux avocats, le plaignant a fait filmer la scène de violences avec son propre téléphone portable confié à un ami.Immédiatement "après les faits, il ne s'est pas plaint particulièrement de ce qui s'est passé au fond du (car), ni auprès de ses camarades, ni de sa hiérarchie", a affirmé Me de Montbrial.
"Sans entrer dans l'analyse des faits, des éléments au dossier permettent de se poser des questions vis-à-vis de la victime", a estimé Me Goossens, tout en soulignant que cela ne "rend pas pour autant intelligent le bizutage" et en ne se prononçant pas sur le viol présumé.
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10/04/2013 - 09h48
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