
Dans ce dossier, le photographe François-Marie Banier a été mis en examen pour abus de faiblesse, abus de confiance et escroquerie aggravée
Crédit : AFP / Miguel MedinaCrédit : Mathieu Delahousse
L'opération est restée discrète. Mais durant plusieurs jours, à la fin du mois d'avril, le juge d'instruction Jean Michel Gentil s'est ainsi rendu à Paris pour dresser l'inventaire des œuvres d'arts qu'il possédé chez lui, rue Servandoni, à deux pas du Jardin du Luxembourg.
Le magistrat a pu découvrir le petit musée personnel que le photographe, en fin connaisseur, s'est constitué depuis ses débuts et qui a, grâce à Liliane Bettencourt, pris une ampleur extraordinaire ces dernières années. Une toile d'Edvard Munch, d'autres de Max Ernst ont été recensés tout comme une série de pièces de collections achetées grâce aux dons consentis par l'héritière de l'Oréal.
En 2001, Liliane Bettencourt avait même signé une donation à son ami de douze tableaux de maître, dont un Picasso, un Matisse et un Fernand Léger.
Cet inventaire mené par le juge, outre son aspect extraordinaire, intervient dans un contexte bien particulier : le magistrat ne considère pas que tous ces biens ont été acquis illégalement ou que François-Marie Banier s'est rendu coupable d'un abus de faiblesse en les acceptant. Ces dons ont, en effet, été accordés avant septembre 2006, donc à une période où Liliane Bettencourt n'était pas encore considérée comme vulnérable.
Le magistrat souhaite en revanche, pouvoir confisquer les biens dans la perspective d'un procès et d'une condamnation éventuelle du photographe. Le photographe qui a déjà été mis en examen pour abus de faiblesse, abus de confiance et escroquerie aggravés et a dû verser une caution de 10 millions d'euros, pourrait dans ce cas être condamné à rembourser des sommes considérables.
En cas de confiscation, les biens qui ont été inventoriés par le juge Gentil seraient confiés à l'AGRASC (l'agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués). L'agence, qui existe depuis 2010, a la capacité de vendre les biens confisqués avant le jugement ou d'en assurer la conservation aussi longtemps que nécessaire.
Ces confiscations ne sont pas les premières pour François-Marie Banier. Comme "Le Point" l'a révélé en avril, le photographe a été privé par la justice des trois assurances-vie que la milliardaire avait souscrite en sa faveur pour une somme estimée à 75 millions d'euros. Ces trois assurances-vie étaient les seules qui étaient restées en sa possession après l'accord de réconciliation qui avait été signé en décembre 2010 entre Liliane Bettencourt et sa fille.
François-Marie Banier a fait appel de ces saisies. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux doit examiner le dossier ce jeudi. Si cet inventaire parisien est validé, il pourrait être suivi d'autres, notamment sur le plan immobilier avec ses dédales d'appartements près de l'église Saint-Sulpice à Paris et, dans le Gard, sa sublime résidence secondaire.
Mathieu Delahousse
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