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Vincent Peillon : "Nous avons volé les enfants de quarante jours d'apprentissage"

Le ministre de l'Education nationale répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Vincent Peillon a confirmé qu'il était favorable au retour de la semaine de cinq jours à l'école. Il a rappelé que les élèves français travaillaient 140 jours par an contre 180 en moyenne en Europe, donc des journées très chargées. "Il faut essayer de résoudre ce problème, personne ne défend la semaine de quatre jours, la concertation va continuer", a dit le ministre, qui penche davantage pour un retour de l'école le mercredi plutôt que le samedi.

Vincent Peillon sur RTL le 22 mai 2012
Vincent Peillon sur RTL le 22 mai 2012 Crédit : F.BUKAJLO, Abacapress / RTL
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La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Vincent Peillon.

Vincent Peillon : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Vous avez évoqué, hier, lors d'un déplacement dans une école primaire la mise en place d'un plan d'urgence (la formule est de vous, Vincent Peillon) pour la prochaine rentrée scolaire. Un plan d'urgence dans le primaire, notamment ; ça va si mal que ça dans l'Education nationale, aujourd'hui ?

Oui. Les 14.000 suppressions de postes qui sont prévues pour cette rentrée, c'est l'héritage, la dette éducative que nous laisse la Droite, créent une situation extrêmement tendue. Les parents le savent, on ne peut pas assurer les remplacements.

Les élèves handicapés qu'on accueillait dans l'école ne sont plus aujourd'hui accompagnés comme ils devaient l'être. Les jeunes professeurs qui vont être nommés ne sont pas formés ; et on ne peut pas trouver quelques heures de décharge.

Donc, il y a beaucoup de difficultés, beaucoup de tensions. Ces fameux réseaux d'aides en difficulté. J'étais, hier, dans une école de Seine-et-Marne, dans une grande section maternelle où il y avait un enfant en difficulté. La maîtresse et la directrice - d'ailleurs, des trésors de dévouement-  me disaient là, on a un problème parce que cet enfant-là (et on le voyait perturber la classe, il courait partout, etc.) on a personne pour l'accompagner puisque les réseaux Rased -  les Réseaux d'Aide en Difficulté ont été supprimés.

On ne peut pas tout faire. Il ne faut pas laisser croire qu'on va tout faire. Il faut essayer d'améliorer, essayer d'améliorer à la rentrée ce qui peut être  amélioré, c'est l'idée du Président de la république. Il avait pris un engagement sur un plan d'urgence avec les retraites...

... 1.000 enseignants ? C'est ça ?

1.000 postes pour le primaire.

Le primaire.

2.000 assistants d'éducation, sans doute un certain nombre de postes pour ce qui concerne les enfants handicapés : l'accompagnement. Et puis une préoccupation qui est la sienne depuis le début, ça avait été la première visite du Président de la République en Seine-Saint-Denis durant la campagne : ces établissements dans lesquels il y a beaucoup de violences scolaires, des accidents répétés et la nécessité de remettre un climat de sérénité et de confiance. Et donc la création d'un nouveau corps, il ne pourra sans doute pas être sur le terrain dès septembre ; mais nous l'espérons, dès novembre. Il faut aussi former les personnels de telle sorte qu'ils assurent bien leur mission.

Au total, d'ici la fin de l'année, vous prévoyez de recruter combien de personnes, alors ?

Ce qu'on va discuter en même temps, c'est quelque chose de beaucoup plus ambitieux, c'est cette fameuse loi de programmation...

Non, mais d'ici à la fin de l'année, pour la rentre 2012 ?

J'ai très bien compris votre question.Je pense quelques milliers considérant...   

... 4.000 - 5.000 ?

On a annoncé 4.000 si vous considérez les assistants d'éducation, les personnels auxiliaires de vie scolaire qui accompagnent les enfants handicapés, le nouveau Corps et les enseignants du primaire. Mais je pense, et nous regardons très attentivement avec tous ceux qui connaissent ces questions-là, elles sont délicates, mais une Administration de l'Education nationale à laquelle je rends hommage : très mobilisée depuis quelques jours avec l'ensemble des organisations syndicales ; il y a aussi des tensions fortes dans les collèges et dans les lycées. Et là aussi, il faut voir ce que l'on peut faire.

Et pourtant, le budget total de l'Education nationale, c'est 60 milliards d'euros et à vous écouter, il y a des besoins partout, il y a des problèmes partout. Quelquefois, on se demande quand même combien d'argent il faudrait pour faire face aux besoins de l'Education en France ?

Vous savez, par exemple, sur le problème qu'on évoquait là, le Primaire, si vous regardez l'ensemble des pays développés (l'OCDE), nous avons le plus bas taux d'encadrement, c'est-à-dire le nombre de professeurs par élève de tous ces pays, c'est un professeur pour vingt élèves. Généralement, c'est quinze.

Donc, il ne faut pas répéter sans cesse, on ne peut pas dire : on veut une économie de la connaissance, l'Europe, on pense que c'est le Savoir, la qualification qui va faire la croissance de demain et en même temps, investir moins dans son école. C'est un investissement, ça n'est pas un coût.

Et comment concilier ces besoins avec la rigueur budgétaire qui s'annonce, les difficultés importantes qui sont devant nous ? On nous dit : la croissance sera moins importante que prévue. Les déficits seront plus importants que prévus. Comment vous allez avoir tous ces satisfactions de poste, s'il n'y a pas l'argent ?

D'abord, il faut faire des choix politiques. Vous voyez bien, et on l'a vu les dernières années, que des choix politiques ont été faits.

On a préféré, par exemple, si on prend les 60.000 postes, cela va coûter au Budget de l'Etat entre 1,9 milliard et un peu plus de 2 milliards, selon la nature des recrutements, du degré de qualification. C'est exactement le cadeau fiscal qui avait été fait avec l'Impôt de Solidarité sur la Fortune.

Donc, il y a des choix à faire. Mais c'est tout le débat que vous avez là, et on l'a vu encore hier, sur la réorientation de la construction européenne, ou plus globalement la relance de l'économie mondiale, c'est que, bien entendu, il faut être économe des deniers de l'Etat. Et la dette publique, elle pèse aussi sur les générations à venir, donc sur la jeunesse qui est la priorité de François Hollande. Mais en même temps pour se sortir, il faut être capable de faire de la croissance. Et là, la connaissance, la formation, c'est un des grands leviers de la compétitivité et de la croissance.

Ces 1.000 enseignants que vous allez embaucher pour la rentrée, ce sont des titulaires que vous mettrez là où il y a le plus de besoin ? Ou des remplaçants ?

Non, ce sont des titulaires que nous allons d'ailleurs essayer de former un peu. C'était une des équations les plus complexes que nous avons à traiter dans l'été. Ce sont, vous savez, aujourd'hui et vous l'avez d'ailleurs les uns et les autres relayé, on assiste à des choses quand même étranges. On recrute les professeurs par petites annonces. Il y a Pôle Emploi, mais il y a aussi des sites internet qui ont recruté des professeurs.

Nous, nous allons allonger 2.000 les listes de recrutement. Nous allons former ces professeurs et ce seront des professeurs titulaires.

Il y a d'ailleurs globalement, et c'est une réflexion pour nous tous. Vous parlez du gâchis de l'argent public. Aujourd'hui, ceux qui s'occupent des enfants handicapés, c'est trois ans + trois ans : six ans. Après ? Ils vont dehors. Donc, on a formé des gens pendant six ans -et ce sont des situations individuelles et collectives qui sont compliquées-  et après, on les met à la rue. Là aussi quand on fait ça, on gâche de l'argent public. Et parfois, la résorption de la précarité, ça peut être de l'argent bien géré, c'est aussi un des sujets qu'on a devant nous.

Vincent Peillon sur RTL le 22 mai 2012 (F.BUKAJLO, Abacapress/RTL)
Vincent Peillon sur RTL le 22 mai 2012
Pour la rentrée 2013, Vincent Peillon, vous avez dit ceci, jeudi dernier : "Nous reviendrons dans le primaire à la semaine des cinq jours, ce ne sera pas facile mais nous le ferons". Donc, c'est un engagement ?
   
C'était un engagement du Président de la République, je le réitère. Dans ce qu'a fait le gouvernement précédent ; et mon prédécesseur, Luc Chatel, le mieux c'était la très longue consultation sur les rythmes scolaires, il semble que certains aient oublié qu'elle vient d'avoir lieu. Elle a amené un consensus parce que...   

... Pas besoin de la refaire ?

Il y a une concertation qui est annoncée ; je suis en concertation depuis le mois de novembre à la demande du Président de la République. C'est une méthode qui n'a jamais été employée.

Avant de prendre vos fonctions, donc !

Absolument. Et nous continuerons ; juste après les Législatives, il y aura au ministère une très grande concertation. Mais pour que les gens comprennent quelque chose, vous me laissez une seconde.

Oui. Allez-y !

Il y a une particularité française. Nos élèves travaillent 140 jours par an ; la moyenne européenne c'est 180. Nous avons volé les enfants de quarante jours d'apprentissage et nous passons notre vie à dire : le système ne va pas. On accumule des réformites sur des réformites, des petites choses. Mais les vrais sujets, nous ne les traitons pas.

Ils ont 140 jours ; et ça veut dire qu'ils ont des journées très chargées : six heures, en plus maintenant l'aide individualisée. Même l'Académie de Médecine a dit : c'est incroyable, au-delà de 4 heures 30, un élève de CP ou de CE 1 ne peut pas enregistrer.

Donc, il faut poser  et apprendre. Il faut poser ce problème ; il faut essayer de le résoudre. Au lieu d'améliorer les choses qui n'étaient déjà pas très bonnes, on les empirées, il y a deux, trois ans. Qui défend la semaine de quatre jours ? Personne. Il y a un consensus pour en sortir.
 
Alors, nous allons le faire en concertant les uns et les autres. On a commencé. Il y a eu la plus longue concertation. On va continuer. Mais l'intérêt général, la décision, l'intérêt des élèves, la refondation du système français, c'est déterminant. La mission que m'a confiée le Président de la République c'est de faire que le niveau de nos élèves s'améliore, que notre jeunesse ait une chance il faut aussi que les adultes prennent leurs responsabilités.

Donc, semaine de cinq jours. Plutôt le mercredi matin que le samedi matin pour préserver, par exemple, la vie de famille des parents divorcés, etc. ?

Bien sûr, dans la plupart du temps. Mais on ne peut pas demander à la fois la concertation, ce que préfèrent ceux qui aiment les élèves et veulent leur réussite, c'est le mercredi matin et ce serait plus juste ; après, il y a les collectivités locales, il y a des choix à faire sur le terrain.

Des grandes vacances raccourcies ?

Ca fera partie de la discussion ; mais il n'y a pas assez de jours de classe par an pour les élèves de France. Ils sont pénalisés et comme ils sont l'avenir de la France, c'est la France qui est pénalisée.

Donc, moins de grandes vacances. Le Bac dans un mois. Tout est prêt ?

Oui.

Ca va bien fonctionner ?

Ah, ça va bien fonctionner ! J'ai rencontré, hier, ceux qui ont la dure tâche de gérer ce BAC. C'est une belle épreuve. Normalement, tout est préparé et je souhaite la meilleure réussite à tous ceux qui s'y présentent.

Vincent Peillon, ministre de l'Education. Les élèves dans le primaire travailleront cinq jours, comme nous ! Et voilà. Bonne journée !
2012 et vous

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2012-05-22 07:50:00
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