VIDEO - Sur RTL, Aurélie Filippetti désavoue les choix du patron de France Télévisions

La ministre de la Culture et de la Communication répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Aurélie Filippetti a publiquement désavoué les choix récents du Président de France Télévisions. Elle affirme que les annonces faites par Rémy Pflimlin "sont inquiétantes" et exige un "plan stratégique" pour le groupe, qui "ne peut pas toujours se retrancher derrière les difficultés budgétaires". Elle va le rencontrer "dans les plus brefs délais".

Aurélie Filippetti sur RTL le 12 décembre 2012
Crédit : RTL
Aurélie Filippetti sur RTL le 12 décembre 2012

"Des interrogations sur la stratégie"

"Je voudrais surtout qu'il y ait une réflexion stratégique, un plan stratégique qui soit présenté par la direction de France Télévisions, qui ne peut pas toujours se retrancher derrière les difficultés budgétaires, que nous connaissons tous et qui sont réelles", a déclaré la ministre au micro de Jean-Michel Aphatie.

"Moi je veux que France Télévisions nous présente un plan stratégique avec des missions de service public qui soient claires en matière de soutien à la création, d'augmentation des programmes en direction des enfants et notamment les programmes éducatifs, d'information, de qualité de l'information", a répété Aurélie Filippetti, qui jusqu'à présent n'avait pas exprimé aussi clairement sa position sur ce dossier.

Interrogée sur ce qui ressemble à un désaveu du PDG de France Télévisions, la ministre a ajouté : "J'avoue que j'ai des interrogations sur la stratégie, notamment en matière d'annonces qui est faite par la direction de France Télévisions et c'est pourquoi j'ai demandé à voir très rapidement Rémy Pflimlin".

"France 3 doit rester la chaîne de la proximité"

"Il y a eu une série d'annonces notamment sur des programmes, par exemple l'élargissement du journal de France 3, le Soir 3. En soi, faire passer à une heure ce journal n'est pas un problème, évidemment l'information est de qualité sur le service public, tant mieux. Simplement ça a des conséquences sur la case des documentaires et des fictions qui jouxtent le Soir 3 et ça n'a pas été visiblement anticipé", a-t-elle détaillé.

"Or, le documentaire est là aussi une obligation et une mission du service public. Deuxièmement, on nous a annoncé l'éventualité d'une suppression d'une émission, 'C'est pas sorcier', qui a une approche ludique de l'enseignement de la science et de la technique pour les enfants. Là aussi j'estime que ça fait partie des missions du service public et donc annoncer comme cela qu'on fragilise une émission du service public qui a fait ses preuves, ça ne me semble pas de bonne politique", a-t-elle poursuivi.

"Sur France 3 il y a des inquiétudes, on y travaille avec la direction de France Télévisions, je pense que France 3 doit rester la chaîne de la proximité", a-t-elle ajouté.

La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a souligné à la mi-journée que le gouvernement avait "le droit" et "le devoir" de "poser des questions et de demander des réponses" sur la "stratégie" de France Télévisions.

Retrouvez l'interview d'Aurélie Filippetti en intégralité :

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Aurélie Filippetti.

Aurélie Filippetti :
Bonjour, 

Le Louvre-Lens ouvre aujourd'hui ses portes au public. La Droite l'a fait, la Gauche l'inaugure. Tout n'est pas mauvais dans l'héritage ?

En fait, c'est la Droite et la Gauche qui l'ont fait puisque c'est avec le président du Conseil Régional, Daniel Percheron, du Nord-Pas de Calais qui finance l'installation de l’Équipement.
   
Et Jacques Chirac qui l'a voulu, Nicolas Sarkozy qui l'a poursuivi et François Hollande qui l'a inaugré  ...

   
... Et Jacques Chirac qui l'a voulu, et Renaud Donnedieu de Vabre
   
Donc, tout n'est pas mauvais dans l'héritage.
   
Mais parfois, oui, parfois c'est bien la continuité de l'Etat et quand on peut être unis derrière la Culture et le Patrimoine, moi j'en suis ravie.
   
Et on imagine un grand succès pour cette antenne du Louvre-Lens.
   
C'est déjà un grand succès puisque ce week-end, il y a eu 36.000 visiteurs, donc un chiffre inespéré.
   
Donc, c'est aujourd'hui accessible au grand public.

Grand jour aussi pour la Télévision. 6 nouvelles chaînes accessibles sur la TNT, immédiatement dans 16 millions de foyers. Un petit peu plus tard, dans deux, trois ans pour l'ensemble des foyers français.
Et Laurent Marsick qui est notre spécialiste Télévision le disait tout à l'heure sur l'antenne : très peu de créations, beaucoup, beaucoup, beaucoup de rediffusions. Alors, on se dit quand même : à quoi ça sert ?

   
C'était d'ailleurs la critique que j'avais émise avant d'être ministre puisque j'avais un petit peu regretté qu'on élargisse comme ça  encore le nombre de chaînes parce qu'évidemment, dans un contexte où la publicité n'est pas extensible à l'infini, surtout avec la crise économique, eh bien ça va diluer les ressources publicitaires pour les autres chaînes et puis, les chaînes qu'on appelle premium.
   
Maintenant le CSA est heureusement tout à fait indépendant ; donc a décidé d'attribuer ces six canaux et en tant que ministre de la Culture et de la Communication, eh bien j'irai tout à l'heure au CSA participer au lancement de ces chaînes puisque je vais veiller à ce que ça se passe bien, c'est-à-dire à ce que les obligations soient respectées.
   
Il faut rappeler qu'en France, on a un système où on attribue gratuitement les fréquences à donc des chaînes, mais en échange, elles doivent s'engager à contribuer à la création, notamment la création audiovisuelle française ou européenne.

Et vous doutez qu'elles y arrivent ?

Il faut qu'elles y arrivent mais c'est vrai que jusqu'à présent...
   
... Ce sera dur...

...Sur la TNT, on a quand même un certain nombre de doutes et d'interrogations.
   
Et vous n'avez pas les moyens de contraindre les chaînes à produire si elles ne le veulent pas ou si elles ne le peuvent pas ?
   
C'est le CSA quoi doit établir ce contrôle et le CSA est évidemment indépendant. On est en train de  réfléchir avec Arnaud Montebourg et Fleur Pélerin à une réforme du CSA. On va lui permettre de travailler davantage avec l'ARCEP, donc l'autorité précisément qui gère les fréquences.

Il va y avoir un rapprochement qui ne sera pas une fusion mais qui sera un rapprochement et avec un travail en commun plus approfondi et plus régulier surtout.

Donc moi ce que je souhaite, c'est que le CSA puisse avoir des pouvoirs de contrôle et éventuellement de sanctions accrues quand les chaînes ne respectent pas les obligations en matière de qualité des programmes qu'elles diffusent parce que malheureusement, trop souvent aujourd'hui, eh bien la multiplication des chaînes ne veut pas dire une augmentation de la qualité.

Télévision toujours. France Télévision, visiblement mal en point. Un préavis de grève est déposé par les syndicats pour mardi prochain. Des syndicats qui parlent, je les cite : "d'une situation alarmante de l'entreprise." Vous partagez leurs inquiétudes ?

Moi j'avoue que j'ai des interrogations sur, aujourd'hui, la stratégie notamment en matière d'annonce qui est faite par la direction de France Télévision ; et c'est pourquoi j'ai demandé à avoir très rapidement Rémy Pfimlin.
   
Quels sont vos doutes ?
   
Eh bien, il y a eu une série d'annonces, notamment sur des programmes, par exemple l'élargissement du journal de France 3 : le Soir 3.
   
En soi, faire passer à une heure ce journal n'est pas un problème, évidemment l'information est de qualité sur les Services Publics tant mieux. Simplement, ça  a des conséquences sur la case des documentaires et des fictions qui jouxtent le Soir 3, et ça n'a pas été visiblement anticipé. Or, le documentaire est, là aussi, une obligation et une mission du Service Public.
   
Deuxièmement, on nous annonce, on nous a annoncé l'éventualité d'une suppression d'une émission "C'est pas sorcier" qui est une des belles émissions qui a une approche ludique de l'enseignement de la Science et de la Technique pour les enfants. Là aussi, j'estime que ça fait partie des missions du Service Public et donc annoncé comme ça qu'on fragilise une émission de qualité qui a fait ses preuves, ça ne me semble pas de bonne politique.
   
Et je voudrais surtout qu'il y ait une réflexion stratégique, un plan stratégique qui soit présenté par la direction de France Télévision qui ne peut pas toujours se retrancher derrière les difficultés budgétaires que nous connaissons tous, et qui sont réelles, et d'ailleurs pour lesquelles nous avons voté, l'Assemblée et le Sénat sont en train de voter une augmentation de la Redevance.
  
 Donc, moi je veux que France Télévision nous présente un plan stratégique et avec des missions de Service Public qui soient claires en matière de soutien à la création, d'augmentation des programmes en direction des enfants et notamment les programmes éducatifs, évidemment d'Information, de qualités de l'information, d'offres numériques, et puis, pour France 3, le renforcement de la proximité.
   
Or, sur France 3, là aussi il y a des inquiétudes. On y travaille avec la direction de France Télévision. Je pense que France 3 doit rester la chaîne de la proximité.

C'est une forme de désaveu public du PDG de France Télévision que vous venez de prononcer, Aurélie Filippetti ?
   
J'ai demandé à le voir ; et je vais le voir très prochainement parce qu'aujourd'hui, on a besoin, et je lui ai demandé à plusieurs reprises, d'avoir la définition d'un plan stratégique pour France Télévision.
   
Il risque de mal vivre le propos que vous venez de tenir ?

   
Mais écoutez les annonces qui ont été faites récemment ont suscité un émoi bien compréhensible  de la part des salariés de France Télévision. Il y a eu des propos aussi assez durs vis-à-vis des producteurs. Or, l'une des missions du Service Public c'est de défendre les producteurs, la production audiovisuelle et cinématographique en France.

L'augmentation de la Redevance que vous évoquiez est acquise ?
   
C'est en cours puisque vous le savez ...

...Elle est nécessaire, indispensable.
   
Elle est indispensable ; et d'ailleurs, elle a toujours été ...
   
...6 euros supplémentaires.

   
Ça serait 6 euros supplémentaires. On est parti quand même de 125 euros pour l'Hexagone, ce qui est nettement moins que ce qui se fait en Allemagne ou en Grande Bretagne où on est à 180 et 215 euros.

La ministre de la Culture que vous êtes, ne peut pas être insensible à l'information. Gérard Depardieu, l'un des plus grands acteurs français, est en Belgique. C'est à cause des 75%, peut-être ? Vous y pensez ? Vous expliquez le départ de Gérard Depardieu en Belgique ?
   
Écoutez, moi ce que je sais c'est que pour les artistes, il y a finalement quand même très peu d'artistes qui sont concernés par la mesure sur les 75%. Pourquoi ? Parce que ceux qui ont la chance d'avoir des revenus supérieurs à 1 million d'euros par an, eh bien ils peuvent étaler leurs revenus quand il s'agit, par exemple, d'un film. On ne fait pas tous les ans, un film où on gagne plus d'un million ; donc ils peuvent étaler ces revenus sur deux ans, ou trois ans ; enfin, la durée sur laquelle ils n'ont pas tourné.

En ce qui concerne Gérard Depardieu, eh bien si c'est le cas, moi je le regrette, je le déplore. Je préfère voir les artistes qui ont des comportements positifs et citoyens et j 'ai été agréablement surprise, ce week end, de découvrir une interview de Michel Sardou qui disait, lui...
  
...Pourquoi surprise ?


Non, parce qu'il n'a pas l'habitude d'avoir des positions ... On l'a toujours caricaturé comme plutôt un chanteur disons conservateur politiquement ...
   
(rire !)

... Eh bien, là il dit que LUI, il considère qu'on est dans une situation très difficile et que donc, c'est normal quand on a plus de revenus, eh bien de faire un effort particulier pendant deux ans.

Vous avez essayé d'appeler Depardieu ? De parler avec lui de cette situation ?

   
Non, je n'ai pas essayé.

Il faut le déchoir de sa nationalité française ?
   
Non, je ne pense pas qu'il faille, qu'il faille aller jusque là.
Vous savez, je pense que la nationalité, la citoyenneté française c'est quelque chose de trop important pour qu'on puisse en faire un argument politique conjoncturelle.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2012-12-12 08:29:00
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