VIDEO - Pierre Moscovici sur RTL : "Il faudra revoir les régimes de retraite pendant ce quinquennat"

Le ministre de l'Economie, des Finances et du Commerce extérieur, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Venu défendre le projet de réforme bancaire du gouvernement, Pierre Moscovici a annoncé qu'il faudra de nouveau revoir les régimes de retraite sous ce quinquennat pour les ramener à l'équilibre financier.

Pierre Moscovici était l'invité de RTL mardi 23 octobre 2012
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Pierre Moscovici était l'invité de RTL mardi 23 octobre 2012
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Le ministre de l'Economie et des Finances : "Vers une nouvelle réforme des retraites" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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"Pas la même philosophie que la réforme Fillon"

Malgré la réforme de 2010, le déficit des régimes de retraite devrait atteindre 18,8 milliards d'euros en 2017, contre 14 milliards en 2011, estime le Conseil d'orientation des retraites (Cor).

"Il me semble qu'il faudra en effet revenir sur le sujet"
, a déclaré Pierre Moscovici face à Jean-Michel Aphatie. "Oui il y aura sans doute une (réforme), mais il faudra que ses paramètres soient des paramètres justes", a-t-il ajouté, disant vouloir prendre en compte les paramètres financiers et de fond, et soulignant qu'une nouvelle réforme n'aurait pas la "même philosophie" que celle du gouvernement de François Fillon.

La précédente majorité avait décidé en 2010 de relever progressivement l'âge minimum légal à 62 ans pour effacer le déficit des régimes de retraite à l'horizon 2018. Le ministre de l'Economie et des Finances a estimé qu'il y aurait une concertation sur le sujet d'ici mi-2013.


Retrouvez l'interview de Pierre Moscovici en intégralité :


Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Pierre Moscovici,
   
Pierre Moscovici :
Bonjour, 

Que va changer la réforme bancaire que vous présenterez tout à l'heure, dans une heure, en Conseil des ministres ?

Elle va changer déjà beaucoup de choses pour les Français, notamment pour les Français les plus modestes, les plus fragiles parce qu'on a voulu faire une réforme qui ne soit pas faite pour les banques mais qui soit faite pour les Français. On a eu le sentiment trop que l'Etat se préoccupait des banques et pas assez de la situation de certains. Donc, il y a un certain nombre de mesures qui vont concerner les ménages les plus fragiles. Je prends l'exemple des commissions d'intervention, c'est-à-dire ces prélèvements qui sont faits par les banques de 8 euros, chaque fois qu'un ménage modeste a une opération sur sa carte qui induit un dépassement de découvert. On va plafonner tout ça.
   
Vous allez limiter les frais bancaires ...

   
...Oui...
   
... Parce que certaines banques exagéraient ?
   
Non, parce que ça représente surtout pour des foyers modestes des centaines d'euros parfois alors qu'ils n'ont aucun revenu. On va aussi faciliter l'efficacité des procédures de surendettement. On va limiter les coûts de ce qu'on appelle l'assurance emprunteur que nous sommes obligés de contracter quand nous faisons un crédit immobilier, que très souvent  des Français contractent quand ils font des crédits à la consommation. Et donc, on va introduire là dans la concurrence qui permettra de réduire le coût de ces assurances, ça peut aller jusqu'à des économies considérables, de l'ordre de 1.500 ou 2.000 euros par an pour des emprunts immobiliers de l'ordre de 150.000 euros. On va améliorer le droit aux comptes. Donc, si vous voulez, il y a tout un aspect ...
   
Ça, ce sont des bonnes nouvelles pour les utilisateurs, les clients des banques.
   
Oui, notamment les plus fragiles, notamment les plus modestes parce que nous souhaitons que chacun dans ce pays ait droit au compte et qu'il n'y ait pas non plus des prélèvements indus sur les plus modestes. Et puis, il y a une deuxième chose qui est l'aspect structurel de cette loi qui matérialise un des engagements qui avait été pris par le candidat François Hollande, on s'en souvient, qui était de séparer ...
   
... On va en reparler...

.. Les activités spéculatives des banques des activités qui sont utiles à l'emploi et à l'investissement. C'était la formulation de ses engagements. Et donc, on va créer au sein des banques françaises, en gardant le modèle de Banque universelle, des filiales dans lesquelles on cantonne, on isole les activités spéculatives parce qu'il s'agit de prévenir les crises, il s'agit de les anticiper, il s'agit de les empêcher, il s'agit de faire en sorte de protéger les déposants.

Moi je ne veux pas dans ce pays qu'on spécule sur le dos des déposants ; et donc s'il y a une crise financière ou bancaire qui vient de telle ou telle activité spéculative, ce sont les actionnaires, ce sont les créanciers qui doivent être responsables et non pas les déposants. Donc, ce cantonnement, cette filiasiation permet une protection des dépôts et c'est une réforme tout à fait précurseur. Nous serons les premiers en Europe à le faire.
   
On est fort !

   
Je ne sais pas si on est fort ; en tout cas, on tient cet engagement.
   
Il n'y a jamais eu un problème en France, les banques telles qu'elles ont fonctionné, il n'y a pas eu de problèmes, la spéculation faite par les banques françaises n'a jamais mis en péril l'épargne des Français.  Et nous sommes les premiers à réformer ce qui marchait bien !

Mais c'est précisément ce que nous sommes en train de faire. En 2008, que s'est-il passé ? Il s'est passé que l’État est venu au secours des banques sans contrepartie, sans condition ...
   
Parce qu'elles n'avaient pas de liquidités. Pas, parce qu'elles avaient trop spéculé ?

Si. Les risques dans les banques, souvenons-nous des crises de Subprimes, par exemple, venaient de risques excessifs qui avaient été pris ...
   
...Pas en France...

... Je parle moi de la prévention  de ce type de crise. Et donc ce que nous faisons, c'est que nous créons au sein de la banque qui va rester une banque universelle, une filiale. Cette filiale sera supervisée par ce qu'on appelle l'autorité de contrôle prudentielle.

L'autorité prudentielle verra à la fois ses moyens et ses pouvoirs renforcés. Elle aura aussi la capacité de donner des injonctions aux banques, de leur dire : il faut faire davantage de réformes structurelles ou modifier tel ou tel compartiment. J'ajoute que nous allons aussi supprimer un certain nombre de produits spéculatifs qui sont faits par les banques pour leurs comptes propres et qui ne servent à rien.

Je pense à ce qu'on appelle le trading à haute fréquence, des opérations purement informatiques ou bien la spéculation sur les matières premières agricoles. Et je suis ouvert à des amendements. Je me suis évidemment rapproché des groupes de     la Majorité pour qu'on puisse faire évoluer ce texte.
   
D'accord. Donc, pour les détails du texte et notamment pour tout ce qui concerne la partie utilisateurs des banques, on renvoie les auditeurs de RTL, sur le site de RTL.fr et qui détaillera dans la matinée, le projet de loi que vous présenterez en Conseil des ministres, Pierre Moscovici.

   
Dans quelques minutes.

On reparle de la réforme des retraites.  Il paraît qu'il va manquer à peu près 20 milliards à l'horizon 2020. Y aura-t-il pendant le quinquennat  -c'est obligé-  une nouvelle réforme des retraites ?
   
Écoutez, d'abord revenons sur cette donnée. Le COR, le Comité d'Orientation des Retraites, a rendu un rapport, hier, qui établit - hélas !- que comme nous l'avions dit quand nous étions dans l'Opposition,
   
...Et puis, il y a le chômage, il y a la crise ...
   
...Absolument. Mais la réforme Fillon n'était pas une réforme financée. Donc, il manquera en 2020 à nouveau 17, je crois, milliards d'euros. Et ce qui veut dire qu'il faudra examiner ce sujet. L'examiner pas seulement à travers le paramètre financier mais aussi à travers les paramètres fondamentaux, la prise en compte de la pénibilité, les carrières interrompues ...
   
Et ça, ça coûte cher, ça !

Mais à travers un dialogue avec aussi la nécessité d'équilibrer financièrement les retraites. C'est pas quelque chose qui est imprévu. Ca avait été dit également pendant la campagne électorale. Ca avait été annoncé. Il y aura d'ici à je crois la mi-2013, je ne suis pas le ministre chargé de ça, il y aura une concertation et puis ensuite,
   
On va retoucher à l'âge du départ à la retraite ? Il faudra !  On est obligé de faire ça ?
   
Écoutez, encore une fois moi je ne suis pas le ministre chargé des retraites. Évidemment, j'y suis attentif parce que je suis le ministre de l’Économie et des Finances, fait partie des grands équilibres financiers de la France, mais je ferais quand même une observation.
   
Allez-y !


C'est que nous avons commencé ce quinquennat, non pas en allongeant l'âge de départ en retraite mais en faisant en sorte que ceux qui avaient commencé à travailler tôt et qui avaient cotisé longtemps, que ceux là puissent partir à la retraite à 60 ans, à taux plein. 

C'est quand même donner un signe, c'est-à-dire que oui, il y aura sans doute une retraite mais il  faudra que ces paramètres soient des paramètres justes, que ce soit concerté et que ça réponde aussi aux différences de situation. Je parlais tout à l'heure ...
   
Donc, il y aura bien une nouvelle réforme des retraites dans le quinquennat, c'est obligatoire ?
   
Il me semble qu'il faudra en effet revenir sur le sujet. Je ne sais pas si j'appelerai ça réforme de retraite au sens de la réforme Fillon, il ne s'agit pas de ça, et ce ne sera pas la même philosophie.
   
Non. Mais enfin, il y aura quand même des mesures sans doute qui seront désagréables ...
   
... Et nous .... à la fois financiers et de fond qu'il faut considérer.

Dans le journal Le Monde, daté d'aujourd'hui, votre collègue Arnaud Montebourg assure les nationalisations temporaires, c'est l'avenir. C'est vrai ?


Ah, écoutez ! Je vais vous donner mon sentiment.
   
Sincèrement.
   
D'abord, première chose, je veux tout de suite couper la tête à un canard ...
   
Vous le sauriez ?
   
Il n'y a pas de Gauche dans ce gouvernement, il n'y a pas de ligne, il y a un cap.
   
On ne peut pas le croire.
   
Et ce cap ... Mais attendez, laissez-moi le dire. Ce cap, c'est celui qui a été fixé par le Premier ministre quand on a défini le pacte de compétitivité et par le Président de la république dans sa conférence de presse. Après, qu'il y ait des talents différents, qu'il y ait des sensibilités différentes, qu'il y ait des expressions différentes, ça peut être logique ...
   
... Les nationalisations temporaires, c'est l'avenir...

... Alors, je viens à ça.
   
Voilà.
   
Je vais vous donner mon sentiment. Moi, les nationalisations temporaires, c'est un sujet que je regarde de manière très froide, très objectif. Je n'y suis pas hostile. Je pense que dans certains cas de figure, quand vous avez des intérêts stratégiques nationaux qui sont en cause ...
   
Les Chantiers de l'Atlantique, par exemple ?
   
Je vous rappelle que dans "les Chantiers de l'Atlantique" l’État est déjà actionnaire à 33%.
   
Oui.

Je suis, moi, ce dossier de près et il s'agit, en réalité, surtout d'aider les Chantiers Atlantiques à trouver de nouvelles commandes à travers des financements EXPORT, par exemple, ou à réussir leur diversification.
   
Mais je reviens là -dessus. Ça peut avoir aussi des problèmes de liquidité mais pour des problèmes de compétitivité isolés, non je ne crois pas qu'il faille une nationalisation temporaire. Ce qui fait qu'au final, ça peut être, à l'occasion, quelque chose d'utile.

Ça peut être une arme dissuasive dans une discussion. C'était le cas chez Mittal. Ça ne doit pas être une finalité en soi. Voilà ce que je réponds par rapport à : c'est l'avenir. C'est une partie de l'avenir. Ce n'est pas tout l'avenir.

Donc, on peut conclure : Pierre Moscovici est d'accord avec Arnaud Montebourg. Les nationalisations c'est l'avenir. C'était sur RTL ce matin.
   
Je ne pense pas que ce soit exactement ce que j'ai dit ; mais vous avez compris ce que j'ai voulu dire.
   
L'essentiel, peut-être ?

   
Non, non ...

Laurent Bazin : Ce qu'on a entendu, c'est qu'il y avait un point commun au gouvernement : c'est qu'on aime couper les têtes au canard parce que Michel Sapin l'avait fait déjà sur le débat sur les 35 heures, il y a quelques semaines de ça.

Merci Pierre Moscovici d'avoir été notre invité

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2012-12-19 07:59:00
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