Valéry Giscard d'Estaing : "Il est indispensable que les Irlandais revotent"

Alors que les Irlandais ont voté "Non" lors d'un référendum sur la constitution européenne, l'auteur de ce texte était l'invité de RTL. Et pour Valéry Giscard d'Estaing, ce vote est un "avertissement" qui peut conduire à "un calendrier plus raisonnable et un retour aux sources démocratiques". Mais pour l'ancien président de la République, il est "indispensable que les Irlandais revotent". "Il faut revenir vers l'Irlande pour leur demander un nouveau vote sur le texte accompagné de garanties" explique-t-il. Et en cas de nouveau refus ? "Qu'ils acceptent que les autres adoptent le traité en bénéficiant d'un accord d'exception" précise-t-il, rappelant que l'Irlande ne représente que 0,7% de la population de l'UE.

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Valéry Giscard d'Estaing est "l'invité de RTL" Crédit Média : Jean-Michel Aphatie



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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Valéry Giscard d'Estaing.

Valéry Giscard d'Estaing : Bonjour.

Chaque fois qu'un référendum sur la Constitution a été organisé dans un pays de l'Union européenne, c'est le "Non" qui l'a emporté. Dernier exemple en date : l'Irlande, jeudi dernier. Comment expliquez-vous, Valéry Giscard d'Estaing, cette victoire répétée du "Non" en Europe ?

Ce n'est pas tout à fait exact. Je ne vais pas vous contredire le matin, c'est mauvais pour la psychologie de la journée.

Une mauvaise journée qui s'annonce !

Il y a eu quatre référendums. Il y en a deux qui ont été gagnés, deux qui ont été perdus. Celui qui a été le plus gagné, c'est en Espagne chez nos voisins : 70% de "Oui". Et chez le plus petit des Européens, le Luxembourg ; après le référendum français, ils ont voté "Oui". Donc, il y a eu deux et deux, c'est simplement pour rétablir les faits.

Vous avez raison.

Alors, on peut regretter le vote des Irlandais, naturellement ; mais c'est un avertissement qui peut conduire à un résultat positif s'il est correctement interprété.

Alors, interprétons !

D'abord, ça peut conduire à un calendrier plus raisonnable, ce n'était pas raisonnable de vouloir terminer le 1er janvier prochain, c'était trop précipité ; et deuxièmement, retour aux sources démocratiques parce que l'Europe s'est éloignée depuis les années 90, des sources démocratiques, c'est-à-dire du fait que l'on consulte et que l'on décide avec l'opinion publique. Alors, les Irlandais... D'abord, ils avaient le droit de répondre "Non" parce que quand vous posez une question, on doit pouvoir répondre.

Bien sûr.

On dit : c'est un petit pays ; mais il y a des grands pays et des petits pays. Quand vous avez des élections municipales en France, on fait des élections dans les grandes villes et dans les villages.

Mais le traité de Lisbonne est mort ?

Pas du tout, le traité de Lisbonne n'est pas mort. Nous allons en parler. Le traité de Lisbonne ne pourra être adopté que le jour où la position de l'Irlande aura été redéfinie.

Ah bon ?

Bien sûr.

Mais la position de l'Irlande est définie, il faut la redéfinir ?

Non, la position de l'Irlande...

Elle est définie ?

Elle est définie pour le moment.

C'est "Non" ?

Mais on peut changer d'avis.

Comment peuvent-ils changer d'avis, en revotant ?

Il est indispensable qu'ils revotent.

Ah ! A votre avis, on peut faire...

Naturellement. Il n'y a aucun moyen après un référendum constitutionnel, ce qui n'était pas le cas en France où nous avions le choix entre deux systèmes ; mais pour les Irlandais où c'est dans la Constitution, il faudra évidemment qu'ils revotent.

Alors, revoter sur quoi ?

S'il revient à vraiment la démocratie en Europe, il faut voir que le vote des Irlandais, c'est le vote d'un pays qui représente 0,7 % de la population européenne. Donc, il peut décider pour lui, il ne peut pas décider pour les autres. Les autres représentent 99% de la population européenne. Ils ont le droit de décider. Ce qui veut dire que le traité qui est déjà ratifié par dix-huit Etats membres depuis hier soir, dont la Grande-Bretagne...

Je crois, dix-neuf Etats membres.

Même peut-être dix-neuf Etats membres. Vous me corrigez, à votre tour. C'est très bien.

Voyez ! Ca arrive à tout le monde.

Bon. Ce traité, on va, en effet, continuer à un rythme normal : la ratification, en n'ayant plus l'idée naturellement, ça doit se terminer le 1er janvier parce qu'on voulait, en plus, désigner à la sauvette, et vraiment ça montre la manière dont on tient peu compte de la démocratie en Europe : le futur président créé par le traité. Le futur président, la mise en oeuvre du traité, ça doit être renvoyé après les élections européennes : 1er juillet prochain. Alors, Les Irlandais, qu'est-ce qu'on peut leur proposer ?

Parce que certains de ceux qui nous écoutent peuvent être un peu choqués par votre explication, Valéry Giscard d'Estaing, faire revoter des gens, après tout ça n'est pas très démocratique. Ils se sont exprimés une fois et donc, jusqu'à ce qu'ils disent "Oui", il faut les faire revoter. C'est ça l'état d'esprit de votre proposition ?

Malheureusement, si vous voulez, c'est parce que nous sommes encore dans la règle de l'unanimité. Si on était dans la règle future, je l'espère qu'elle viendra un jour, la règle de la majorité. La majorité des Européens va voter le traité de Lisbonne. Donc, les Irlandais diront, auraient dit : nous sommes dans la minorité, et voilà. Comme c'est la règle de l'unanimité, leur décision entraine l'ensemble. Et puisque ça entraîne l'ensemble, et que la majorité veut le faire, il faut donc regarder la situation de l'Irlande.

La première chose c'est qu'il faut demander aux Irlandais, avec eux, rechercher avec eux, pourquoi ils ont voté "Non". Alors, ils ont voté "Non" pour des raisons qui sont compréhensibles. Premièrement, parce qu'ils ont dit que le texte était incompréhensible, c'est ce qu'a dit 30% des Irlandais.

 Il est incompréhensible. Je l'ai dit à l'époque.

Absolument. Vous l'avez dit à ce micro.

Ici même. Vous demandez aux gens de voter sur un texte incompréhensible, ils disent "Non". Donc, il faut regarder si on peut mieux le leur expliquer. Si on leur explique mieux, vous pouvez faire changer une partie de ces 30%.

Deuxième raison, c'est qu'ils ont peur pour leur identité nationale et leur droit de décider les affaires de l'Irlande ; et là, ils ont tort car le Traité de Lisbonne les garantit mieux que la situation actuelle parce qu'on définit mieux les compétences de l'Europe, on introduit le principe de subsidiarité, on le fait protéger par le parlement national, etc. Donc, on peut leur expliquer que là-dessus, sur ce point, ils ont tort ; mais ils peuvent s'obstiner.
Alors, vous avez le choix entre les deux choses suivantes. On ne peut pas renégocier le traité de Lisbonne. On ne va pas renégocier trois fois, c'est grotesque. Il y a eu la Constitution qui était le meilleur traité, il y a le traité de Lisbonne qui est moins bon ; mais enfin ! On n'y touche pas.

On n'y touche pas ?

On n'y touche pas. Donc on demande aux Irlandais : est-ce qu'à partir d'explications qu'on vous donne ou d'interprétations qu'on vous donne, par exemple sur la charte des droits fondamentaux à laquelle ils ont adhéré, à laquelle ils ne pourraient ne pas adhérer, est-ce que ça vous a suffi pour voter, re-voter ? S'ils disent "Oui", ils votent.
 
Et s'ils disent "Non" ?

S'ils disent "Non", les autres vont faire ce qu'ils estiment bon : c'est-à-dire adopter le traité de Lisbonne ; et nous, ce qu'on va vous demander simplement, c'est : laissez-les faire. Laissez-les faire ! Vous gardez votre position et vous demandez qu'on négocie un statut spécial, un accord d'exception avec vous qui préserve vos droits tout en laissant les autres poursuivre l'intégration européenne. Donc, ça sera ça le choix qu'on pourra proposer à l'Irlande.

Les chefs d'Etat et de gouvernement se réunissent aujourd'hui pour un sommet ; donc, c'est le conseil que vous leur donnez : revenir vers l'Irlande pour obtenir d'eux un nouveau vote.

Revenir vers l'Irlande pour leur redemander un nouveau vote sur le texte accompagné de garanties que l'on regardera avec plus de soins avec eux, et s'ils ne pensent pas pouvoir le faire, qu'ils acceptent que les autres adoptent le traité, eux-mêmes laissant faire cette adoption et demandant à bénéficier d'un accord d'exception.

Avez-vous l'occasion d'expliquer cela à quelques dirigeants européens qui se réunissent, par exemple le Président de la République française ; ou vous avez eu l'occasion d'en parler avec lui ?

Non, je n'ai pas eu cette occasion mais je suis heureux de l'expliquer avec vous.

Voilà, le message est passé publiquement. Donc, c'était sur RTL, Valéry Giscard d'Estaing, qui conseille de faire en sorte que les Irlandais puissent revoter sur le traité de Lisbonne.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2008-06-19 07:50:00