Trafic de Kalachnikov près de Belfort : le "collectionneur" remilitarisait les armes

Quatre jours après la saisie d'une importante quantité d'armes et d'explosifs à Belfort, trois hommes ont été présentés à un juge d'instruction mercredi matin en vue d'une mise en examen. Les policiers comme les magistrats y voient maintenant un peu plus clair dans cette affaire. Le principal suspect, âgé de 47 ans et qui se présentait comme un collectionneur, remilitarisait des Kalachnikov de collection dans le but présumé d'alimenter le grand banditisme ou des revendeurs de drogue de la région parisienne et du sud de la France.

>
Le principal suspect remettait les armes à niveau dans le but présumé d'alimenter le grand banditisme ou des revendeurs de drogue de la région parisienne et du sud de la France Crédit : Julien Dumond

"Un véritable orfèvre"

La saisie d'un important arsenal à Danjoutin, bourgade de 3.500 habitants du Territoire-de-Belfort, confirme "la banalisation des armes de guerre" en France, a souligné mercredi François Molins, le procureur de la République de Paris.

Des Kalachnikov ont notamment été utilisées lors de plusieurs règlements de comptes dans les Bouches-du-Rhône, qui ont fait dix-neuf morts depuis le début de l'année.

Les enquêteurs ont saisi près de Belfort vingt Kalachnikov, neuf fusils d'assaut M16 ou Zastava, quatre pistolets-mitrailleurs et vingt kilos de TNT, notamment.

Le principal suspect, âgé de 47 ans, se présentait comme un collectionneur, mais pour Christian Lauthion, le directeur central de la police judiciaire, "c'est avant tout un bon trafiquant d'armes et un bon armurier". "C'est un véritable orfèvre en la matière", a-t-il dit lors d'une conférence de presse conjointe avec François Molins.

La plupart des Kalachnikov avaient été achetées à une société vendant en toute légalité ce type d'armes démilitarisées. "Elles sont passées par l'Allemagne", a dit Christian Lauthion. Une fois "remise à niveau", chaque pièce pouvait se revendre 2.000 euros, a-t-il précisé.

"L'armurier", qui s'était un temps spécialisé dans la fabrication de silencieux, s'était procuré les autres armes lors de "bourses de collectionneurs", avant de les rendre de nouveau opérationnelles.

Hausse des saisies en 2011

Selon les enquêteurs, les saisies d'armes de guerre sont rares. "Je n'ai pas vu une saisie de Kalachnikov de cet ordre depuis 2007", a dit le directeur central de la PJ.

Les policiers en ont trouvé dernièrement une dizaine dans le coffre d'une voiture abandonnée par un automobiliste lors d'un contrôle de routine.

Selon le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, le nombre d'armes saisies est passé à 3.910 en 2011, contre 2.710 en 2010, mais plus de 4.000 avaient été récupérées en 2005 et 2006. Il y avait toutefois peu d'armes de guerre dans le lot.

La saisie de Belfort a été déclenchée par l'Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) à la suite de la surveillance, depuis mai dernier, d'un habitant de la banlieue parisienne fiché au grand banditisme.

Les enquêteurs ont constaté que cet homme de 68 ans se procurait des armes auprès du "collectionneur" de Belfort. Ils ont ensuite suivi ce dernier alors qu'il passait des "vacances" en Haute-Corse chez un insulaire soupçonné d'avoir appartenu dans le passé au groupe armé Armata Corsa.

Le 22 septembre, le Corse a été arrêté alors qu'il s'était rendu à Danjoutin pour faire son "marché" en armes de gros calibre. Une partie des armes saisies se trouvaient dans sa voiture, dans des caches spécialement aménagées.

Les trois hommes, qui ont été placés en garde à vue, seront présentés à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen pour importation d'armes de guerre, notamment, a précisé le procureur de Paris. 

(Avec dépêches)

par Julien DumondJournaliste
Suivez Julien Dumond sur :
VOUS AIMEREZ AUSSI
Commentaires Avec Bell & Ross

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous