Renault : Carlos Ghosn "optimiste" sur l'accord de compétitivité

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, s'est dit "raisonnablement optimiste" vendredi sur RTL, sur la signature d'un accord sur la compétitivité des sites français du constructeur automobile lors du prochain round de négociations prévu mardi avec les syndicats.

Jean-Michel Aphatie >
Carlos Ghosn "optimiste" sur l'accord de compétitivité chez Renault Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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"De la bonne volonté de part et d'autre"
"Je suis raisonnablement optimiste que nous devrions aboutir", a déclaré le patron de Renault, soulignant qu'il y avait "beaucoup de bonne volonté de part et d'autre. Les débats (...) sont sérieux".

Pour faciliter une issue positive des pourparlers, le PDG de Renault a proposé mercredi de différer à fin 2016 le paiement de 30% de la part variable de sa rémunération de l'an passé, si un accord de compétitivité est signé dans l'Hexagone.

Renault, deuxième constructeur automobile français, est engagé dans une négociation houleuse avec ses syndicats sur un tel accord. Le projet de la direction porte notamment sur la suppression de 8.260 emplois en France d'ici à 2016, soit plus de 15% de ses effectifs, a priori sans fermeture de sites ni licenciements. Un choix stratégique confirmé sur RTL ce vendredi. "Il n'y aura ni fermetures de site, ni plan social", a en effet martelé le patron du constructeur français. L'accord prévoit également un gel des salaires cette année et une augmentation du temps effectif de travail.

En échange d'un accord, le groupe a promis de maintenir en activité toutes ses usines en France pendant la durée de l'accord et de renforcer leur niveau de production avec 80.000 véhicules supplémentaires qui seraient construits à l'horizon 2016 pour le compte des partenaires du groupe, notamment Nissan  et Daimler.
  
L'enjeu est de taille, même si Renault a mieux résisté à la crise l'an dernier que son concurrent PSA Peugeot Citroën en parvenant à se maintenir dans le vert malgré une chute de ses bénéfices.

Retrouvez l'interview de Carlos Ghosn en intégralité :

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Carlos Ghosn
   
Carlos Ghosn
: Bonjour,

L'année 2012 a été dure pour Renault comme pour tous les constructeurs automobiles : parts de marché en baisse, chiffre d'affaires en baisse. Bénéfices ? Alors, vous, vous faites des bénéfices cette année ; mais des bénéfices en baisse aussi. L'année 2013 sera aussi difficile que 2012 ?

Je pense que pour l'industrie, elle sera aussi difficile. En tous les cas, en Europe, en ce qui nous concerne elle devrait être meilleure  que 2012 pour une raison très simple, c'est que nous avons beaucoup de produits qui arrivent. Il y a des productions déjà arrivées qui vont avoir un effet plein comme Clio 4. Il y a d'autres produits qui arrivent comme le lancement de Zoë et le lancement de la nouvelle Sandero et de Logane. Donc, je suis optimiste en ce qui concerne l'année 2013. Ça ne veut pas dire qu'elle sera plus facile.

Mais on prévoit, en Europe et en France tout de même, des marchés automobiles plutôt en régression ?

En contraction, malheureusement de 3%, c'est ce que nous pensons pour l'Europe ; et la France : entre 3 et 5%.

Dans ce contexte, Carlos Ghosn, vous menez une négociation difficile avec les syndicats de Renault en France. Vous demandez aux salariés français de geler leurs salaires, ce qui revient avec l'inflation à les baisser ; de travailler davantage et d'être plus mobile. Pourquoi faites-vous cela ? Quel est le but que vous recherchez ?

Non, le sujet c'est celui de la compétitivité en France. Ce n'est pas un sujet uniquement Renault, d'ailleurs. C'est un sujet au niveau national. Il y a un accord qui a été signé entre les différents partenaires sociaux, les employeurs, évidemment facilité par le gouvernement, encadré par le gouvernement. Il faut rebondir sur cet accord ...
   
Mais vous avez commencé les négociations avant ?   Les négociations, vous avez commencé avant ?
   
Incidemment, parce que nous savions que les négociations nationales étaient engagées. Ces négociations nationales ont abouti à un succès. C'est un premier pas très important qui va dans la bonne direction. Il faut à tout prix en profiter pour améliorer la compétitivité, entreprise par entreprise. C'est ce que nous faisons. Nous voulons renforcer la compétitivité de Renault en France, de façon à ce qu'il n'y ait plus de préoccupation sur : est-ce qu'on va avoir suffisamment de production en France ? Est-ce qu'il va y avoir suffisamment d'emplois en France ? On mettra cela derrière nous puisque nous nous engageons dans le cadre de cette négociation à augmenter la production en France.

Alors de combien, justement ? Renault a produit 530.000 voitures en France, l'année dernière. Vous confirmez ce chiffre.
       
Oui.
   
C'est beaucoup moins déjà qu'en 2011. Vous en produisiez 650.000. Et il y a 10 ans, c'était 1 million 3, donc vous avez beaucoup quitté la France, Carlos Ghosn. Si l'accord est signé, donc 530.000 voitures produites en 2012, vous remonteriez à combien de véhicules ?
   
Écoutez, d'abord  on a baissé en 2011 et 2012 parce qu'il y a un marché qui a baissé. Le marché français a baissé de 14% entre 2012 et 2011. Et je vous signale d'ailleurs que le mois de janvier n'est pas très, très bon puisque les ventes de voitures en France ont baissé de 14%. Encore une fois de 14%.  Donc, ce n'est pas le reflet d'une stratégie, c'est le reflet  d'un marché qui est à la baisse, au moins pour les années les plus récentes. Deuxièmement, ce que nous proposons, c'est de dire : actuellement, il y a une production de 530.000 voitures.
   
Oui.
 
Nous nous sommes engagés à dire : la production augmentera à plus de 710.000. Nous nous engageons à 710.000 ...
   
... A quel horizon, 710.000 ?
   
En 2016. C'est-à-dire que c'est l'échéance de l'accord de compétitivité.
   
Et quelles voitures produirez-vous ? Par exemple, vous produisez aujourd'hui des Clio en Turquie. Vous les produiriez en France si cet accord était signé ?
   
Ah elles sont produites en France. Il y a des Clio qui sont faites. Oui.
   
Mais ?
   
Oui, alors il y a une proportion qui est variable ...
   
... Est-ce que vous rapatrieriez une partie de la production en Turquie, est-ce que vous la rapatrieriez en France ?

Il y a un pourcentage de la production de CLIO 4, la nouvelle Clio, qui sera faite à Flins mais il n'y a pas que cela, quoi. Il y a Zoë qui est faite à Flins, il y a l'arrivée de nouveaux produits : une nouvelle Espace, qui sera fait en France à partir de l'année 2014. En France, nous faisons Mégane. Nous allons faire le nouveau Haut de Gamme qui arrive. Et puis, il y aura, bien sûr, les productions des partenaires.
   
Des Nissan, par exemple ?
   
Ah des partenaires. Je n'ai pas spécifié les marques parce que c'est une décision qui leur appartient dans chacune de ces entreprises, il y a un comité exécutif. Il y a un conseil d'administration. Il faut respecter leur décision. Mais évidemment, nous allons tout faire de façon à ce qu'ils deviennent, et nous nous sommes engagés à dire : si nous avons un accord de compétitivité, nous amènerons au moins 80.000 voitures.
   
80.000 voitures. La CFDT a notamment dit, puisque vous situez à 710.000 à l'horizon 2016, le niveau de production qui pourrait être le vôtre en France. La CFDT dit : il faut arriver à 800.000 parce que sinon, l'entreprise n'est pas rentable. Le seuil de rentabilité est fixé à 800.000 à peu près. C'est ça ? 800.000 voitures produites en France ?

Non. En ce qui concerne le seuil de rentabilité, il faut nous en laisser quand même la responsabilité, c'est notre métier. Par contre, produire plus, évidemment c'est l'objectif de tout le monde, produire plus. Maintenant, produire c'est facile, c'est plutôt vendre qui est le véritable sujet aujourd'hui. Donc, moi ce que je suis en train de dire c'est que compte tenu de ce que nous voyons sur le marché européen, ce qui est raisonnable, c'est de s'engager sur 710.000 voitures. Si le marché est bien meilleur que celui que nous voyons actuellement, la production sera à la hausse, tant mieux ! Mais il me paraît essentiel  avant d'envisager tous ces volumes supplémentaires de traiter le problème de la compétitivité en France, que ce ne soit plus un sujet.
   
D'accord. La question des volumes est importantes parce que la question qui est derrière, c'est : la fermeture ou non des sites.  Vous vous engagez, Carlos Ghosn, il n'y aura pas de fermeture de sites ?
 
Bien sûr. Bien sûr. Il n'y aura pas de fermeture de sites. Il n'y a pas de fermeture de sites.
   
Tous les sites Renault seront maintenus en France ?
   
J'ai dit : il n'y a pas de fermeture de sites. Il n'y a pas de Plan Social.

La dernière réunion avec les syndicats, c'est mardi prochain ?
   
Oui, il y a une séance de négociations mardi prochain.
   
Vous espérez la signature, mardi prochain ?

Ah, écoutez, moi je pense qu'il y a beaucoup de bonne volonté de part et d'autre.  Je pense que les débats dans le cadre des négociations sont extrêmement sérieux. Je pense qu'il y a des propositions qui viennent de part et d'autre. Il faut laisser cette équipe négocier. Je suis raisonnablement optimiste que nous devrions aboutir.

En contrepartie des efforts que vous demandez aux salariés, Carlos Ghosn, vous dites : Je suis prêt à baisser un peu mon salaire. Vous touchez une part fixe et variable chez Renault. Vous avez aussi un salaire de chez Nissan mais chez Renault, vous touchez à peu près 2 millions d'EUROS. Vous dites accepter de reporter à 2016, une part de votre salaire variable qui représente 430.000 euros. Écoutez la réaction d'un salarié de Renault, recueillie hier par un de nos reporters :
" Ca a un effet de dupe. Il renonce à une partie de salaire qu'il touchera plus tard. Quand on voit que nous on déclare à peu près 20.000 euros par an ; et que c'est ce qu'il touche sur une journée. Ca peut excéder les gens, quoi !
Il va faire partir 1.500 à peu près emplois rien qu'à Renault-Douai. Je suis ému parce que moi ça m'énerve ! "


Que lui répondez-vous à ce salarié de Renault, Carlos Ghosn ?
   
Alors, écoutez, moi je ne réponds pas, je ne réponds pas aux salariés par l'intermédiaire des radios. Ce que je dis c'est que : afin de faciliter la signature de l'accord de compétitivité et permettre l'adhésion de tous à cet accord, d'abord je rappelle que ce n'est pas le Président Directeur Général d'une entreprise qui fixe son salaire, je veux dire en passant ; c'est un conseil d'administration et que les salaires sont exposés à l'assemblée des actionnaires tous les ans.
   
Que le salaire de Nissan est voté par les actionnaires de Nissan et suivi par le conseil d'administration de Nissan, celui de Renault, il en est de même. Alors ceci étant dit, le conseil d'administration de Renault a décidé. Moi j'ai pris une décision qui consiste à reporter une partie de ce qui a été décidé par le conseil et à le conditionner par le succès de l'accord. Je l'ai fait, d'abord pour sortir un peu le côté émotionnel qui tourne autour de l'accord ; et puis surtout, pour faciliter l'adhésion de tous à la réussite de l'accord de compétitivité parce que ce dont il s'agit, ici, c'est de Renault, du succès de Renault et du succès de Renault en France. Donc, c'est un sujet important et tout ce qui peut être fait pour faciliter une conclusion positive, je le ferai.

On vous reproche d'être PDG à la fois de Renault et de Nissan, et d'avantager Nissan.
   
Oui. Mais ça, vous savez quand vous êtes PDG de deux entreprises, vous assumez les deux entreprises. Donc, moi j'assume en tant que patron de Renault et je suis responsable de la santé de Renault. Je suis responsable de la pérennité de Renault et de la croissance de Renault en même temps que celle de Nissan. Je ne fais pas de différence entre les deux.

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