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Handicap : les auxiliaires de vie scolaire en colère avant la rentrée

INTERVIEWS - Quel que soit le contrat sous lequel ils sont employés, ils sont nombreux à dénoncer leur situation actuelle, à quelques jours à peine de la rentrée.

Un enfant en situation de handicap en classe
Un enfant en situation de handicap en classe Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP
Amélie James
Amélie James

AVS. Trois lettres au cœur du débat public depuis quelques jours. Alors que la plupart des contrats d'accompagnement (CAE) sont voués à disparaître, l'exécutif a promis de sanctuariser les postes d’auxiliaires de vie scolaire (AVS), avec la volonté de faire de la scolarisation des enfants handicapés, "une priorité absolue". Dans le même temps, Sophie Cluzel, secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées a expliqué vouloir "pérenniser" les emplois de ces accompagnants, tout en reconnaissant que leur nombre n'était "pas satisfaisant". 

Réelle béquille pour les enfants, ces AVS sont également un soutien pour leurs parents. Pourtant, à quelques jours de la rentrée, tous les élèves ne bénéficient pas encore d'accompagnants. Au micro de RTL mercredi 30 août, une mère de famille a confié que sur ces deux jumeaux handicapés, un seul pourra bénéficier d'un AVS à la rentrée. Ce à quoi la ministre Sophie Cluzel a répondu que si les AVS ne seront pas tous présents le jour de la rentrée scolaire, ils seront progressivement affectés. Ainsi aucun enfant en situation de handicap "ne sera laissé sur le bord de route", avait martelé la secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées.

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Il existe deux types d'accompagnants d'élèves en situation de handicap. D'un côté, les AVS (auxiliaires de vie scolaire) sont employés sous contrats aidés et de l'autre, les AESH (accompagnant d'élèves en situation de handicap) embauchés sous des contrats considérés comme moins précaires. À noter que leurs missions sont strictement les mêmes. Or, quel que soit leur contrat, ils sont nombreux à dénoncer leur situation actuelle. Une chose est sûre, sur le terrain, les tensions sont palpables. 

J'ai une collègue qui est obligée de se rendre aux Restos du Cœur !

Agathe Goupil, AESH
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"On a l'impression d'être des pions ou des Kleenex qu'on jette d'une année sur l'autre !", s'exclame Agathe Goupil. Depuis son entrée sur le marché du travail, la jeune femme a enchaîné les types de contrats. D'abord AVS en contrat public pendant 6 ans puis en contrat d'accompagnement (CAE) pendant 2 ans, elle est désormais AESH (Accompagnant d'élèves en situation de handicap) pour un établissement scolaire adapté aux élèves en situation de handicap à Eysines, près de Bordeaux. 

Depuis quatre années consécutives, elle suit un élève hémiplégique. À la fois lectrice et scripteur, elle veille à ce que le jeune puisse suivre les cours convenablement malgré son handicap. Pourtant, au fil des années, celle qui fait désormais partie d'un collectif œuvrant pour la CGT Educ'action, a constaté une dégradation de ses conditions de travail. D'abord à 32 heures, elle a progressivement vu son temps de travail diminuer pour n'atteindre que 20 heures. Aujourd'hui, son seul salaire ne permettrait pas de faire vivre son ménage. "J'ai une collègue qui est obligée de se rendre aux Restos du Coeur", précise-t-elle. 

Pour un véritable statut

Depuis deux années, elle lutte donc pour obtenir un véritable statut et vivre de sa profession. Un combat qu'elle a pourtant l'impression de mener en silence, loin de toute considération politique. "Les inspecteurs académiques ne savent même pas ce que l'on fait. On est vu comme des stylos pour écrire, des règles pour tracer droit, on est remplaçable. C'est presque de la charité que de nous donner des contrats", assure l'auxiliaire. Avant de préciser : "La loi sur le handicap existe depuis 2001 et il n'y a pas eu beaucoup d'améliorations. Il va y avoir des rapports de force mais on ne va pas lâcher l'affaire". 

Aurélie, AESH à Agen connaît, elle aussi, cette situation. Et c'est sur les réseaux sociaux qu'elle tente de faire bouger les choses. Son groupe intitulé "AVS/AESH en colère" réunit plus de 8.000 membres sur Facebook. Tous ont une volonté commune : améliorer leur situation professionnelle. Une formation, 7 ans en tant qu'AVS, quelques mois de chômage et depuis un an, un poste en tant qu'AESH. Aurélie milite, comme de nombreux autres, pour l'obtention d'un réel statut. "On est prêt à travailler à temps plein", précise la jeune femme. 

On a envie d'y croire, mais...

Aurélie, AESH
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Ce statut permettrait notamment de définir précisément les missions affectées à ces accompagnants car selon elle, la profession est actuellement exposée à de nombreuses dérives. "Il nous faut des fiches de poste. Car aujourd'hui, on est amené à faire de la surveillance et de l'administratif sous prétexte que l'on est à disposition de l'établissement", confie-t-elle. Cette année, elle a appris qu'elle était reconduite pour l'année quelques jours avant la rentrée. Mais peu importe, presque lassée, elle semble s'y être habituée. "Chaque année, c'est pareil", lâche-t-elle. Selon elle, la fin des contrats aidés peut être une bonne chose car elle pourrait mettre fin à la précarisation de la profession. Or, tant qu'aucune solution de remplacement ne sera proposée, la jeune femme se montrera dubitative. "On a envie d'y croire, mais on verra bien". 

Pas d'AVS à la rentrée

Pourtant, en France, des parents affirment être délaissés. Parmi eux, Emmanuelle Mangin, habitante dans le Doubs, en Franche Comté. Depuis 18 ans, la mère de famille se bat pour que son fils puisse s'intégrer malgré son handicap. Souffrant de surdité bilatérale et d'une déficience visuelle, le jeune homme a dû être accompagné à l'école depuis son plus jeune âge. En primaire, il a pu bénéficier de l'aide d'un accompagnant pour prendre ses notes et lui transmettre les consignes données par les instituteurs. "C'est grâce à ses AVS que Thibault a réussi tout ce qu'il a réussit", souligne Emmanuelle Mangin. 

Mais cette année, Thibault devrait faire sa rentrée seul. Scolarisé dans un CFA agricole dans le Doubs, il ne pourra bénéficier de cette aide pourtant "indispensable". La cause ? Le jeune homme ne dépend désormais plus du ministère de l'Éducation mais du ministère de l'Agriculture. "Il (le ministère de l'Agriculture nldr) n'a jamais eu à intégrer un élève différent et du coup, personne ne sait et ne peut nous aider !", déplore la mère de famille.

Emmanuelle Mangin se dit alors prête à rejoindre les bancs de l'école de son fils dès lundi pour l'aider à suivre les cours. Une solution acceptée par le jeune homme qui a compris que la poursuite de ses études risque d'être un réel parcours du combattant. 



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2017-09-01 08:30:00
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