Bouches-du-Rhône : un retraité répond de tortures sur sa femme aux assises

Un retraité accusé de tortures et actes de barbarie sur sa femme comparait devant les assises des Bouches-du-Rhône ce lundi.

Le palais de justice de Marseille en 2011 (illustration).
Crédit : GERARD JULIEN / AFP
Le palais de justice de Marseille en 2011 (illustration).

Un retraité, ancien enseignant, comparait à partir de lundi 10 février durant trois jours devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, pour tortures et actes de barbarie que sa femme, Colette, a endurés pendant plus de 30 ans. René Schembri, 72 ans, devrait se présenter libre à l'audience, sous simple contrôle judiciaire après avoir été écroué au début de l'enquête, en 2009, puis placé sous bracelet électronique durant deux ans.

Violences aux conséquences graves

Il n'aura cependant pas à répondre de la totalité des sévices dont l'accuse son ex-femme, une partie d'entre eux étant prescrits. Car si "les faits ont commencé immédiatement", au début de leur vie commune, en France et en Afrique, dans les années 70, et "sont "allés crescendo", selon son avocat, Me Laurent Epailly, Colette n'a osé porté plainte qu'en 2009.

La prescription étant de 10 années, les jurés ne devront juger René Schembri que pour les seuls actes commis entre 1999 et 2002. Entre 1969, date de leur rencontre à Paris et 2002, date de sa fuite du domicile conjugal, Colette a vécu, a-t-elle raconté aux enquêteurs, "dans la violence et l'humiliation". Des violences aux conséquences graves : "perte de dents, ablation des muscles du bras, cécité de l'oeil gauche, mutilation du sexe, atrophie d'une lèvre, déformation nasale.

Elle avait tenté de s'échapper et de mettre fin à ses jours

Décrivant aux enquêteurs son mari comme un pervers excessivement jaloux, la "maintenant sous sa coupe par manipulation psychologique", Colette a mis longtemps avant de pouvoir fuir. Par deux fois, elle avait tenté de s'échapper durant les premières années, sans y parvenir pour finalement se résoudre à subir les coups puis à tenter, à deux reprises de se suicider.

"Il dirigeait sa vie,", dit Me Epailly. Après la plainte, en 2009, quatre ans après avoir obtenu le divorce aux torts exclusifs de son ex-mari, une information judiciaire a été ouverte sur les faits de tortures et actes de barbarie ayant entraîné une infirmité permanente (30%) commis entre juin 1999 et juillet 2002. Les huit expertises médicales pratiquées sont sans appel : toutes les plaies sont d'origine traumatique et susceptibles de correspondre à des coups de poing, des coups de nerf de boeuf ou autre objet contondant.

L'ex-mari, mis en examen pour "torture et actes de barbarie ayant entraîné une infirmité permanente", nie les faits, imputant la plupart des blessures à des accidents domestiques et à la volonté de vengeance "sans limite" de son ex-femme. Durant l'enquête, il a n'a eu de cesse de solliciter des contre-expertises et de critiquer les témoins qui le mettaient en cause.

Témoignages de la famille

A l'audience, sa fille aînée devrait répéter ce qu'elle a dit aux enquêteurs auxquels elle a affirmé avoir assisté à de nombreuses reprises aux violences, évoquant des coups, racontant aussi que son père l'avait violée elle-même. Catherine, la fille cadette du couple devrait en revanche à nouveau prendre le parti de son père, "un homme honnête, digne et bon", selon elle.

Comme ils l'ont fait devant les enquêteurs, les frères et la soeur de l'accusé devraient eux-aussi témoigner en sa faveur. L'avocat de Colette entend pour sa part contester la prescription et faire requalifier certains des actes de violence. L'enquête "évoque des actes sexuels non consentis, je demande qu'ils soient reconnus comme viols", a-t-il dit à l'AFP.

"Juridiquement, requalifier ces faits est impossible", estime pour sa part Me Frédéric Monneret, avocat du mari. Il considère qu'il s'agit peut-être moins du procès de violences conjugales que celui d'une relation sado-masochiste entraînée dans "une spirale infernale". "Une psychologue a indiqué avoir été effarée par le comportement de consentement de Colette à tout ce qu'elle a subi", dit-il en insistant sur "l'attitude passive de l'épouse". Néanmoins si les faits sont établis, il sera "avéré que l'ex-époux est bien un pervers", conclut-il.

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