Ce que les juges du Mediator ont découvert en Suisse et en Belgique

INFO RTL - Les juges d'instruction en charge de l'affaire du Mediator ont collecté en Belgique et en Suisse des éléments essentiels qui montrent comment ces deux pays ont, bien avant la France, écarté le médicament de leurs pharmacies. Ce sont des éléments essentiels alors que l'agence française du médicament vient d'être mise en examen pour blessures et homicides involontaires.

Le Mediator, retiré du marché en 2009, provoquait des valvulopathies, affections cardiaques mortelles, selon des expertises
Crédit : AFP / Archives
Le Mediator, retiré du marché en 2009, provoquait des valvulopathies, affections cardiaques mortelles, selon des expertises
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Les magistrats qui enquêtent sur le Mediator, se sont rendus en Belgique et en Suisse, deux pays qui ont retiré le médicament bien avant la France Crédit : Mathieu Delahousse

Première alerte en Suisse en 1996
Le juge Pascal Gand s'est rendu à Genève le mois dernier pour entendre d'anciens responsables de l'office inter cantonal du contrôle du médicament (OICM). Selon des pièces dont Mathieu Delahousse a pu prendre connaissance pour RTL, ces médecins ont expliqué que les doutes apparaissent en Suisse en 1996 concernant le Mediator - qui s'appelle en Suisse le Mediaxal -. Une patiente suivie à Genève et souffrant d'hypertonie artérielle pulmonaire est à l'origine de l'alerte. "Ces effets secondaires peuvent-ils être découverts sans que les médecins soient formés quant à la similitude chimique entre le benfluorex (molécule du Mediator) et le fenfluramine (molécule coupe-faim réputée pour ses effets indésirables) ?", demande l'OICM qui souhaite diffuser largement l'infirmation auprès des médecins.

Servier assure son médicament "n'avait pas sa place en Suisse"
Le groupe pharmaceutique Servier répond, mais pas avec assez de rigueur au goût de Genève qui dit vouloir "identifier les complications médicales possibles". Puis en 1998, le laboratoire abandonne de lui-même l'idée de commercialiser le Mediator en Suisse.

Le juge Gand, à Geneve, a demandé à Rudolf Stoller, ancien responsable de la pharmacovigilance si il avait "été surpris que Servier renonce à l'enregistrement (en Suisse) de son médicament. Réponse : "Pas vraiment, c'est ce que nous souhaitions." Servier, de son côté, estimait qu'il n'y avait pas de place pour son produit sur le marché suisse.

La Belgique inquiète dès 1978
En Belgique, c'est dès l'année 1978 que la commission belge des médicaments écrit aux laboratoires Servier : avis défavorable concernant le Mediator. "Le dossier toxico-pharmacologiuque présente des lacunes importantes" soulignent dans un courrier du 3 février 1978  les responsables belges qui soulignent surtout l'effet anorexigène de la molécule, c'est-à-dire que, déjà, ils considèrent le Mediator comme un coupe faim.

Dans une lettre de la commission belge des médicaments du 30 novembre 1978, le diagnostic des sévère sur le Mediator : "L'effet anorexigène de la molécule (peut) à lui seul expliquer beaucoup des résultats soit disant favorables obtenus" !

La France à la traîne

Les autorité de santé françaises ne prendront la décision de retrait du marché du Mediator que trente-et-un ans plus tard, en 2009, après plusieurs investigations médicales notamment l'étude Regulate lancée en 2005. Mardi, les juges d'instruction chargés de l'affaire du Mediator ont mis en examen l'agence du médicament comme personne morale. Une première.

par Mathieu DelahousseJournaliste RTL
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