Pourquoi le désamour pour François Hollande est aussi rapide ?

VIDEO - François Hollande a fait une rentrée morose, et l'a concédé jeudi. Le président est passé sous la barre des 50% de confiance, après trois mois de gouvernance. Ce désamour si vite, c'est courant ? La chronique de Alain Duhamel.

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Pourquoi le désamour pour François Hollande est aussi rapide ? Crédits : Alain Duhamel | Durée : | Date :
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Ecoutez, justement, après les derniers sondages, je me suis posé la question, donc j'ai repris les enquêtes d'opinions au bout de quatre, cinq ou six mois, selon les Présidents de la République, et je suis arrivé à la conclusion qu'il n'y a qu'un cas comparable à celui aujourd'hui de François Hollande, c'était Jacques Chirac en 1995, avec déjà une crise très forte, déjà des problèmes avec sa majorité et déjà des questions personnelles qui étaient posées.

Est-ce que ça veut que François Hollande, comme Jacques Chirac peut-être à l'époque, paye une forme d'impatience des Français face à la crise que vous évoquez là ?


Alors, je crois, pas directement. C'est-à-dire, la crise, bien sûr, est omniprésente. Bien sûr, la crise met sur pied tous les jours un décor qui est assez funèbre, mais les Français savent très bien que la crise existe. Ils la vivent tous les jours et elle existait avant l'élection, elle a existé pendant la campagne et elle existe après l'élection. Personne n'imaginait qu'il puisse y avoir brusquement un miracle à la suite d'une élection présidentielle.

Et en réalité, il me semble que ça intervient plus indirectement. Je crois que le problème de François Hollande et de sa majorité et de son gouvernement, c'est moins le fait que la crise continue -on s'en doutait dans les mêmes proportions- qu'il ne donne pas le sentiment de l'avoir prise dès le départ à bras le corps. Et je pense que c'est cette frustration là qui se traduit de l'impatience, de l'inquiétude aussi et de l'incompréhension.

Mais on savait que ce serait difficile. François Hollande l'avait dit : pas d'état de grâce. Il l'a répété : il n'y aura pas d'état de grâce.


Oui, mais ça ça ne suffit pas à désamorcer. Vous savez, il y a d'autres facteurs qui existent et qui sont aussi explicatifs de ce qui se produit. Par exemple, il y a quelque chose qu'on sous-estime beaucoup aujourd'hui, maintenant, mais c'est le fait que cette campagne était très longue, très dure, très polarisée et que, au sortir de cette campagne, et ça ce n'était pas vrai des élections présidentielles précédentes, on retrouve deux France et deux France politiquement antagonistes, et que le camp de Nicolas Sarkozy, et sa nostalgie le montre bien, ne désarme pas du tout.

Comme, par dessus le marché, les alliés de François Hollande sont des alliés réticents ou rebelles, ou en tout cas incertains, le résultat de tout ça c'est que paradoxalement les Socialistes ont à la fois tous les pouvoirs à tous les niveaux territoriaux, mais ils n'ont pas une vraie majorité.

Il y a une dimension personnelle dans cette déception liée, je ne sais pas, au comportement de la compagne de François Hollande ou à ses vacances à Brégançon. Ca a été le cas pour Nicolas Sarkozy.

Oui, oui, ça je me le rappelle, tout le monde se le rappelle, et ça a joué bien entendu. De même qu'il y a eu un déficit de communication politique pendant l'été. De même, il y a effectivement la dimension personnelle, et notamment le fameux tweet, qui a alimenté non seulement des papiers mais des livres, des romans, et plus tard peut-être, des films, je n'en sais rien.

 Tout ça joue mais, moi, j'ai une thèse. Alors, elle est vraie, elle est fausse, ça je n'en sais rien, mais ma thèse c'est que la personnalité autour de laquelle s'est construite l'élection, ce n'est pas François Hollande, c'est Nicolas Sarkozy, et que ça a été une chance pour François Hollande, pendant la campagne, et que c'est un handicap depuis qu'il est Président.

Est-ce que c'est une simple alerte, une sorte de rappel à l'ordre, ou est-ce que c'est plus grave que ça ?

Je crois que c'est un très gros avertissement. Ce n'est pas encore un divorce.

par Alain DuhamelJournaliste RTL
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