Pierre Moscovici : pour 2012, "Sarkozy peut se tortiller dans tous les sens..."

Pierre Moscovici était l'invité de RTL ce lundi matin. Le directeur de campagne de François Hollande et député du Doubs répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie. Premier invité de RTL pour 2012, Pierre Moscovici est notamment revenu sur l'élection présidentielle qui s'annonce en insistant sur le bilan de Nicolas Sarkozy.

Pierre Moscovici sur RTL le 28 octobre 2011
Crédit : RTL
Pierre Moscovici sur RTL le 28 octobre 2011
>
Pierre Moscovici : pour 2012, "Sarkozy peut se tortiller dans tous les sens..." Crédit Média : Jean-Michel Aphathie Télécharger

Bonjour Pierre Moscovici
Bonjour... 

Nicolas Sarkozy a présenté ses vœux samedi. Il était à Metz hier, il sera à Yerres demain. Le Président, n'est pas candidat, mais il est candidat sans l'être. Ça vous gêne Pierre Moscovici ?
En tous cas, on a affaire à un candidat, à un candidat sortant qui se réfugie derrière son statut de président, pour multiplier, j'imagine les initiatives, les vœux, les mouvements...

C'est gênant ?
Non, ce n'est pas gênant. Il faut faire avec, comme si chacun comprend, que c'est un déséquilibre dans la confrontation démocratique, mais simplement, il faut prendre les choses ainsi, et observer d'ailleurs ce que fait Nicolas Sarkozy, parce que, j'ai regardé avec amusement ce qu'il a dit hier aux vœux, aux fonctionnaires.

Si ça vous a amusé, c'est bien !...
On est quand même assez sidéré de voir un président de la République, qui depuis quatre ans a amputé les effectifs de la fonction publique, qui n'a cessé de dauber les fonctionnaires, de les mépriser, de les traiter - excusez-moi d'utiliser cette expression qui est d'un autre - "de la mauvaise graisse", de faire la RGPP, d'expliquer "défonctionnariser la France", la "débureaucratiser", et puis tout à coup, parce qu'il y eu la Saint Sylvestre, et parce que les Français sont attachés aux services publics, rappeler son amour de la fonction publique.

Si tout est comme ça, ça ira. Parce qu'il faut bien comprendre une chose... Mais il a été bien reçu quand même. Vous le dépeignez comme l'ennemi des fonctionnaires, il a été bien reçu.
C'est la courtoisie républicaine, et en plus il est aujourd'hui, le chef de l'Etat, et donc le patron des fonctionnaires de France. Mais en même temps, il y a une grogne, une colère dans la fonction publique, dans le service public, qui s'est senti méprisé, et ce ne sont pas quelques vœux qui vont changer. Parce que moi, ce qui m'a frappé dans les vœux présidentiels du 31, ceux que j'ai vus, c'est que ce président de la République - candidat - n'échappera pas à son bilan, il n'échappera pas à ses promesses, il n'échappera pas à ses mensonges, il n'échappera pas à ses échecs. Il  a beau se tortiller un peu, pardonnez-moi l'expression, dans tous les sens, ça le ramène à ce qu'il a fait, ou ce qu'il n'a pas fait, et ce bilan est un bilan terrible pour un président de la République qui devrait s'il avait la dignité de sa fonction, le conduire en réalité, à ne pas se représenter.

Carrément ?
Ecoutez, je ne vois pas ce que Nicolas Sarkozy peut présenter aux Français. Je ne vois pas comment il ose leur dire "..Ecoutez, regardez la Grèce, l'Italie, tout ça, ça a été emporté dans la tourmente". Non, ce qui est exact, c'est que le gouvernement Papandréou a été emporté dans la tourmente, que le gouvernement Berlusconi a été emporté dans la tourmente, que le gouvernement de Monsieur Zapatero a été emporté dans la tourmente, mais ces pays sont là, et la France, elle, n'a pas de leçon à donner quand on a 600 milliards de dettes publiques en plus, quand on frôle les 3 millions de chômeurs, quand on a une récession qui est à nos portes, quand notre tripe A est menacé, on ne dit pas "..J'ai tenu le cap..et voilà le pays va bien". C'est faux.

On pourrait déduire de vos propos, Pierre Moscovici que vous pensez davantage que Nicolas Sarkozy sera battu, que François Hollande sera vainqueur.
Non. Je crois qu'il faut recréer dans ce pays une espérance, une campagne présidentielle ce n'est pas uniquement du rejet, même si ce rejet est considérable. Je ne parlerai pas comme Luc Ferry, ancien ministre de Jacques Chirac, de "détestation", parce qu'il ne faut jouer sur ces ressorts-là. Mais je sens qu'il y a dans notre pays, qu'il y a de la colère, qu'il y a du ras le bol, qu'il y a de la défiance. Et que le président de la République actuel, le candidat sortant, appelons comme ça, n'est pas à même de susciter l'espérance, sans laquelle il n'y a pas de grande élection.

On va y revenir...
Espérance, ne signifiant pas mensonge, ne signifiant pas fausses promesses. Espérance signifiant simplement dynamique retrouvée dans le pays, sérénité retrouvée, et rassemblement des Français.

Je vois que vous êtes en forme ce matin. Les vacances vous ont fait du bien Pierre Moscovici. On lit dans le Figaro ce matin, ce commentaire, hélas anonyme d'un responsable socialiste : "Je ne vois pas comment François Hollande peut perdre".
Ecoutez, en tous cas, on ne voit pas bien comment Nicolas Sarkozy, peut être réélu en bonne logique. Mais la politique et la logique, ne font pas toujours bon ménage. Car, encore une fois, il n'y a pas de raison pour les Français d'accorder leur confiance à cette politique qui a échoué, et à ce responsable politique qui a beaucoup menti.

Luc Ferry, que vous citiez, dans le Parisien  hier, disait ceci à propos de François Hollande : "...Il est sympathique et intelligent, mais il ne semble encore pris la mesure du poste". Il y a toujours un doute autour de François Hollande, trois mois après son investiture.
L'élection présidentielle a lieu dans trois mois et trois semaines. Pas de 5 mois, comme l'a dit Nicolas Sarkozy, il s'est trompé d'un mois.

Trois mois et trois semaines, vous voulez dire quatre mois  ?
Non trois mois...

Oui, vous avez raison.. trois mois ...
 Et donc, on est dans cette situation où c'est vrai, on attend la confrontation. Elle commence, on le sent bien avec l'année nouvelle. On attend aussi la révélation des personnalités. Et François Hollande...

Et on attend celle de François Hollande d'après vous ? On attend la révélation de sa personnalité ?
Évidemment, comme on attend celle des autres candidats. C'est une confrontation, qui va, aujourd'hui, prendre une autre tournure. Qu'elle va se durcir, qu'elle va s'approfondir. Mais vous savez, on ne devient pas candidat du parti socialiste par hasard. On ne franchit pas ce parcours d'obstacles incroyables qu'ont été nos primaires par hasard.

 François Hollande est un homme politique expérimenté, qui connaît bien le pays, qui est proche des Français, qui je crois, j'en suis sûr, a beaucoup réfléchi à ce qu'était la fonction de président de la République en 2012, c'est à dire d'une part, rétablir les comptes publics, redresser le pays, si nécessaire. Il a le sens des responsabilités, mais aussi recréer une confiance, recréer un élan.

Et je parlais tout à l'heure d'espérance, lui a parlé de "rêve français". Oui, c'est nécessaire que la jeunesse dans notre pays, retrouve un espoir. C'est nécessaire qu'on se dise, qu'après la crise, il y aura une France qui retrouve une dynamique. Et François Hollande est porteur de cela. Et dans cette campagne, je pense, et je suis même sûr, qu'il va faire triompher, ses propos, ses projets.

Quand connaitra-t-on le programme du candidat Hollande ?
On va le connaître bientôt.

Bientôt, c'est pas une date ça.
Mais j'allais dire, on va le connaître sans arrêt.

Avant l'élection, j'espère.
Rassurez-vous. On va le connaître sans arrêt, parce que quand François Hollande parle, comme il l'a fait, c'était à la fin de l'année dernière, au Creusot ou à Saint Nazaire, de l'industrie, d'un pacte productif. Quand il parle du pacte éducatif, et il en parlera sans arrêt, parce que l'Education, c'est une grande cause pour les Français, il va petit à petit, dévoiler ce qu'est son projet présidentiel, et vous le connaîtrez dans les prochaines semaines.

Par petits bouts ? Il y aura une présentation générale ?
Rassurez-vous, il y aura une présentation générale parce que les Français ont droit à ça, tout simplement. Et de ce point de vue-là, la technique de Nicolas Sarkozy qui tronçonne les vœux, n'est pas une technique non plus qui respecte le peuple.

Vous allez abandonner beaucoup de choses par rapport au projet du parti socialiste Pierre Moscovici ?
En tous cas, pas la finalité.

La finalité, non des mesures. Ça c'est de la langue de bois.
C'est le redressement d'un pays qui a été abaissé par Nicolas Sarkozy. C'est la justice social, c'est fondamental...

Parlez des mesures : la retraite à 60 ans, on a bien compris, il y aura tout ça dans le programme.
Il y aura toutes les précisions nécessaires, avec quand même une chose que nous ne pouvons pas oublier non plus, c'est que la croissance est aujourd'hui en berne, que nous allons hériter d'une situation qui est une situation terrible, et qu'on ne peut pas mentir aux Français, et que l'impératif de la réduction des déficits, de la réduction de l'endettement, s'imposent à tous.
Et ça n'est pas d'ailleurs une mesure de droite que de réduire les déficits ou la dette, c'est tout simplement retrouver des marges de manœuvres pour les services publics, retrouver des marges de manœuvres pour la justice sociale.

C'est pour  vos alliés à gauche, qui vous accusent de pratiquer une politique de droite ?
Ça devrait être eux aussi, et pour chacun une évidence. Je ne vois pas pourquoi, il y aurait intérêt dans ce pays à servir justement les intérêts de la dette, plutôt qu'à créer des emplois de professeurs, quand l'Education Nationale est dans la souffrance, ou bien à relancer la production, quand notre pays aujourd'hui est en train de reculer.

La Une de Libération, fait parler ce matin : "Affaire Karachi, Sarkozy savait". Quand on lit le papier, on comprend qu'il savait parce qu'il ne pouvait ne pas savoir. Un commentaire, Pierre Moscovici ?
 Je vais être extrêmement prudent, car je ne crois pas qu'une campagne doit se faire dans un climat d'affaire ou d'affairisme.  Ce qu'on devine, c'est que Nicolas Sarkozy qui était le premier collaborateur à l'époque d'Edouard Balladur, était probablement informé, peut-être informé de commissions qui étaient versées dans le cadre de certaines affaires d'armements. La question est de savoir, s'il était au courant de rétro-commissions qui elles, auraient servi à financer la campagne du Edouard Balladur. Je rappelle, j'étais à l'époque le trésorier de la campagne de Lionel Jospin, qu'il y a plus que des doutes sur le financement de cette campagne, avec des sommes importantes en liquide, qui auraient été apportées à travers des gadgets vendus dans des meetings. Personne n'y croit. Et donc, il faudra bien qu'un jour, et Edouard Balladur, et Nicolas Sarkozy s'expliquent sur le financement de cette étrange campagne, ou l'étrange financement de cette campagne...

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
Suivez Jean-Michel Aphatie sur :
VOUS AIMEREZ AUSSI
PLUS DE VIDÉOS
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

article
7741642641
Pierre Moscovici : pour 2012, "Sarkozy peut se tortiller dans tous les sens..."
Pierre Moscovici : pour 2012, "Sarkozy peut se tortiller dans tous les sens..."
Pierre Moscovici était l'invité de RTL ce lundi matin. Le directeur de campagne de François Hollande et député du Doubs répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie. Premier invité de RTL pour 2012, Pierre Moscovici est notamment revenu sur l'élection présidentielle qui s'annonce en insistant sur le bilan de Nicolas Sarkozy.
http://www.rtl.fr/actu/politique/pierre-moscovici-pour-2012-sarkozy-peut-se-tortiller-dans-tous-les-sens-7741642641
2012-01-02 10:55:00
http://media.rtl.fr/cache/g6DZslK384TZFtTgZaC2dA/330v220-2/online/image/2011/1028/7730112436_pierre-moscovici-sur-rtl-le-28-octobre-2011.jpg