Philippe Poutou : "On est pour bosser le moins possible"

VIDEO - Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à l'élection présidentielle a répondu aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi à 7h50. Philippe Poutou a plaidé pour une réduction radicale du temps de travail en France avec pour objectif ultime de "bosser le moins possible" et de "gagner le plus possible". "On nous dit que les 35 heures c'est du luxe, eh bien nous, on pense qu'il faut réduire", a-t-il déclaré. Celui qui est ouvrier à l'usine Ford de Blanquefort, en Gironde, veut "aller vers les 32 heures et aller au-delà". Avant de poursuivre : "Si on pouvait ne pas travailler du tout, on ne serait pas contre, parce qu'on n'est pas non plus des forcenés à dire 'il faut bosser' parce que ça fait bien de dire ça".

Philippe Poutou sur RTL le 11 avril 2012
Crédit : F.Bukajlo Abacapress / RTL
Philippe Poutou sur RTL le 11 avril 2012
Philippe Corbé >
Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la Présidentielle : "On est pour bosser le moins possible" Crédits : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
1/

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Philippe Poutou.

Philippe Poutou : Bonjour

Parmi les mesures d'urgence - c'est votre formule - que vous préconisez, figurent l'interdiction des licenciements, l'expropriation des banques, le retour de la retraite à 60 ans, tout peut être fait en même temps ?
  
Eh bien, on verra mais ça suppose évidemment un rapport de force qui soit complètement différent et une mobilisation de la population pour imposer cette politique-là. Ca ne peut pas se faire tout seul ; ça ne peut pas venir d'en-haut. Ca veut dire un affrontement avec le Capital, ça veut dire donc un rapport de force, une bataille ; et on espère bien, oui, dans la période qui vient pouvoir reconstruire cette riposte unitaire dont on aura besoin pour imposer une politique vraiment de Gauche qui réponde aux besoins des gens.
 
Donc, en fait, il  faut sortir du baratin, et bien comprendre que la crise c'est le résultat du fonctionnement capitaliste et que donc, si on veut s'en sortir, c'est rompre avec cette politique qui est menée depuis des années. Donc, il faut stopper le chômage. Eh bien, stopper le chômage ? C'est interdire les licenciements, c'est aussi simple que ça.

Je ne citais pas ces propositions au hasard, Philippe Poutou : interdiction des licenciements, expropriation des banques et retour de la retraite à 60 ans. Elles sont absolument identiques à celles que propose Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte Ouvrière. Et si elles vous paraissent, à vous et à elle, aussi importantes, on se demande pourquoi vous n'unissez pas vos forces ? Et on se demande pourquoi vous vous présentez tous les deux, et divisez ainsi votre poids politique par deux ? Ca, on a du mal à comprendre !

Nous aussi, d'une part, on ne comprend pas tout. Il y a des divisions aujourd'hui qu'on pense qui pourraient être supprimées. On avait proposé d'aborder la discussion sur une éventuelle campagne unitaire avec Mélenchon, enfin le Front de Gauche, et puis Lutte Ouvrière, à l'époque, à la sortie du mouvement des retraites. On voulait faire un prolongement de cette lutte-là en essayant de trouver un candidat issu du mouvement social. Voilà. Ca n'a pas été possible de part et d'autre ; donc, du coup, nous on est le dernier candidat à s'être affiché puisque c'est en juin qu'on a présenté notre candidat. Donc voilà. On a constaté que ce n'était pas possible de faire ensemble. Donc, on est présenté séparément.

Ceci dit, il y a des points de convergence dans le programme ; il y a aussi des points de divergence ; et par rapport à Lutte Ouvrière, il y a aussi la question du nucléaire et ce n'est pas un détail. Nous, on est pour sortir du nucléaire, en disant : on est pour mettre en place une politique écologiste radicale", et ça n'est pas du tout le cas de Lutte Ouvrière ; donc, il y a aussi des divergences.

Mais ce n'est pas le nucléaire qui vous divise au point de ne pas vous retrouver tous les deux ?!

Non, non, mais c'est quand même un des aspects qui fait qu'on n'est pas ensemble. Nous ce qu'on a envie de discuter c'est la question de la période qui vient, de la riposte ; et c'est vrai que là, par contre, on n'est pas d'accord donc, parce qu'il faut qu'on soit un parti anticapitaliste large, complètement indépendant du PS et c'est vrai qu'après, il y a des désaccords de stratégie ou de perspectives politiques à court terme, entre Lutte Ouvrière et le Front de Gauche ; et ce qu'explique aujourd'hui ; on va dire il y a trois stratégies ou trois perspectives différentes à la gauche de la Gauche.

Parmi les mesures que vous proposez, je cite précisément votre programme, vous parlez d'une "réduction massive du temps de travail". C'est quoi "massive" ?

Là, c'est 35 heures ; alors, à l'heure où on nous dit que les 35 heures, c'est du luxe, eh bien  nous, on pense qu'il faut réduire. Alors 32 heures ? Aller vers les 32 heures et aller au-delà parce que l'idée... Là aussi, c'est l'idée toute simple,

Au-delà, c'est-à-dire ?

C'est que tant qu'il y a du chômage, eh bien 30 heures... Et puis, s'il faut moins. Parce que nous, on est pour bosser le moins possible et gagner le plus possible.

Pourquoi ne pas travailler du tout ?

Si on pouvait ne pas travailler...

Finalement, on pourrait ne pas travailler et être payé ?

Si on pouvait ne pas travailler du tout, on serait pas contre parce qu'on n'est pas non plus des forcenés à dire : il faut bosser parce que ça fait bien de dire ça. Non, si on peut... Le problème c'est qu'il y a du chômage et de la précarité, donc il faut répartir le travail entre tous et tant qu'il y a du  chômage, il faut diminuer le temps de travail. C'est comme ça que ça devrait pouvoir marcher et c'est vrai qu'on se revendique un peu de certaines idées du mouvement ouvrier, notamment il y avait Lafargue qui avait écrit un bouquin qui s'appelait "le droit à la paresse".

Eh bien oui, c'était de dire que plus il y avait de richesses techniques et scientifiques, plus il y avait la capacité de produire des choses ; plus il y avait une logique aussi derrière, c'était eh bien de diminuer le temps de travail, et voilà de s'émanciper un peu de tout ça au fur et à mesure. Donc, on pense qu'une société riche de ça pourrait le permettre.

Et dans votre programme, vous dites aussi  (vous y avez référence là, et je m'y étais arrêté aussi en lisant votre programme) : sortir du nucléaire en disant : grâce au développement des énergies renouvelables, dix ans, ce n'est pas sérieux parce que dix ans, c'est impossible. Arrêter les centrales...

Ca, c'est vous qui l'affirmez !

Oui, c'est moi qui l'affirme, oui. Mais moi, en fonction de ce que disent les gens qui s'intéressent aux questions nucléaires depuis longtemps.

Oui, mais ça dépend qui on écoute et c'est vrai qu'il y a des gens qui disent que ça n'est pas possible.

C'est dix ans qui n'est pas possible. Sortir du nucléaire, ce n'est déjà pas facile ; mais dans un temps très court, sans connaître des coupures de courant, ça ça paraît très compliqué. Alors...

Le Japon en douze mois : c'est 51 réacteurs sur 52 qui sont arrêtés, et il n'y a pas de catastrophe au Japon. Donc, déjà, ça fait relativiser le point de vue quand même.

Oui.

On peut penser que si en un an, le Japon a quasiment arrêté son Nucléaire, que là, en dix ans, ce serait possible pour la France. Non mais après, il y a aussi des scientifiques...
 
... Le Japon exporte à prix d'or aujourd'hui sa capacité à produire de l'électricité.

Il y a les deux points de vue, effectivement... Il y a des scientifiques qui expliquent ...

... Le Japon exporte très chère sa capacité à produire de l'électricité.

C'est 30% de l'énergie électrique qui est d'origine nucléaire. En France, c'est le double ; donc c'est pour ça que ce n'est pas si simple que ça. Mais enfin, bon ! N'empêche qu'en douze mois, voilà. Oui, mais après, il y a des scientifiques qui vont nous dire ou des défenseurs du nucléaire qui vont dire : ce n'est pas possible ; et puis, il y en a d'autres qui vont dire : "Si, c'est possible".

Mais après, il y a la question de la possibilité : est-ce que techniquement, on peut le faire ? Donc, nous, on s'appuie sur des travaux notamment du réseau "Sortir du Nucléaire" qui disent : même ils disent en cinq ans ! Donc, c'est pour vous dire qu'on n'exagère pas plus que ça.

Alors, on peut le faire l'année prochaine alors !

J'ai l'impression que les réacteurs ont atteint la limite d'âge. Alors, après on peut jouer. On peut dire : mais non, on va le faire vivre un peu plus longtemps, on va dépasser sachant bien que la maintenance est plus lourde, que les risques d'accidents sont encore plus importants. On peut jouer à ça si on veut. Eh bien nous, on dit qu'il ne faut pas jouer. Voilà.

L'énergie nucléaire, c'est assez dangereux comme ça pour pouvoir s'en sortir le plus rapidement possible et en même temps de dire que techniquement, il y a des solutions de rechange qui sont des énergies renouvelables qui sont beaucoup moins dangereuses pour nous et pour les générations qui suivront ; et c'est cette question-là qui se pose. C'est que : est-ce qu'on peut se débarrasser de ça ?

Et puis après, le dernier problème, c'est que l'uranium, il n'y en a pas pour très longtemps non plus et ça sert à quoi de continuer le nucléaire et puis abandonner ... De toute façon, il faudra que ça s'arrête parce qu'il y en a pour 50 ans, 60 ans suivant les Scientifiques. La réserve de l'uranium est de toute façon limitée  ... donc ...

C'est la question du délai, du réalisme.La réduction du temps du travail, il faut qu'elle soit massive. Au fond, vous vous faites plaisir. Vous dites des choses un peu en l'air ; vous vous faites plaisir. C'est important de se faire plaisir ; mais...

... C'est ça, oui !

Est-ce que c'est très utile au débat politique ?

A ce moment-là, tout le monde se fait plaisir parce que dire que le nucléaire, ça ne coûte pas cher, et tout ça... Les gens se feront plaisir alors que tout le monde sait que c'est l'inverse. Donc, non, non.

La question, c'est qu'aujourd'hui, nous on pense qu'il y a un système capitaliste qui est profondément injuste, il y a des inégalités. Après, on peut discuter comme ça ; mais la réalité, c'est qu'il y a 8 millions de gens qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Il y a des gens qui ne peuvent plus se soigner, qui ne peuvent plus se loger. Eh bien ça, c'est inadmissible sachant qu'à côté de ça, il y a des fortunes, il y a des milliards de profits qui s'accumulent et voilà...

Nous, on dénonce ce système-là et on dit qu'il faut une société qui soit capable de répondre aux besoins de la population. Et nous, on est pour se battre contre ce système-là, oui parce qu'il y a la possibilité ... les richesses existent. Et là, on ne se fait pas plaisir, c'est tout simplement de la révolte contre un système profondément injuste.

Et pour terminer, dans votre document de campagne, vous écrivez ceci : "Dégageons Sarkozy !

Oui, oui.

"Sans faire confiance à Hollande !" Comment on peut voter pour quelqu'un si on n'a pas confiance en lui. Ca n'est pas la peine ?

Mais non, mais on a eu des comptes à régler avec un gouvernement déjà.

Non mais "sans faire confiance à Hollande !"

Oui, oui.

"Dégageons Sarkozy !" ; j'ai compris. "Sans faire confiance à Hollande !"

Oui, oui.

Donc, il ne faut pas voter pour lui si vous n'avez pas confiance ?

Eh bien oui, mais la question c'est qu'aujourd'hui il y en a beaucoup et puis, nous on fait partie de ceux-là. On a envie de régler des comptes avec un gouvernement qui a attaqué la retraite, qui fait des lois racistes et qui stigmatise...

... Vous me parlez de Sarkozy. Moi, je vous parle de Hollande.

Mais oui, non, mais d'accord, sauf qu'aujourd'hui, on a un gouvernement dont on veut se débarrasser. Et pour s'en débarrasser, on fait comment ? Hein, vous avez une autre solution que de voter contre lui ? Voilà. C'est ça qui va sûrement se passer le deuxième tour.
 
Le 6 mai.

Oui.

Philippe Poutou, 8h30, prévu pour  répondre aux auditeurs (cliquez ici).
Philippe Pourou sur RTL le 11 avril 2012
2012 et vous

par La rédaction de RTLJournalistes RTL
Suivez La rédaction de RTL sur :
Vous aimerez aussi
Commentaires Avec Bell & Ross

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous