Aubry sur Hollande : "Quand c'est flou, il y a un loup !"

La maire de Lille, candidate à la primaire socialiste, répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Martine Aubry a trouvé qu'il y avait du "flou" chez François Hollande, son adversaire de la primaire, lors du débat qui les ont opposés la veille. "J'ai bien compris qu'il essayait de passer entre les gouttes quand je lui posais un certain nombre de questions", a-t-elle insisté. "Ma grand-mère disait : 'Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup'", a-t-elle poursuivi. "J'ai essayé de mettre le doigt sur certains de ses loups". Martine Aubry a également accusé François Hollande d'avoir employé "des mots de droite" mercredi.

Martine Aubry sur RTL le 13 octobre 2011
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Martine Aubry sur RTL le 13 octobre 2011
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Martine Aubry, maire de Lille, candidate à la primaire socialiste : "Quand c'est flou, il y a un loup !" Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Martine Aubry.

Martine Aubry : Bonjour.

Vous avez débattu, hier soir, avec François Hollande sur France 2. Avez-vous été la meilleure ?

Si "la meilleure", ça veut dire : être claire ; si ça veut dire : avoir de l'expérience ; et si ça veut dire : avoir un cap de Gauche pour changer vraiment les choses, je pense que les Français ont compris qu'en effet, j'étais "la meilleure" pour battre Nicolas Sarkozy en mai 2012.

François Hollande n'a pas été clair ?

J'ai trouvé qu'il y avait des points de flou. J'ai bien compris qu'il essayait de passer entre les gouttes quand je lui posais un certain nombre de questions. Mais prenons...
Dans le fond, il y a deux choses dans un débat comme celui-ci. Les Français doivent se dire :
- Quelle présidence pour demain ?
- Et quelle France ?

Quelle présidence ? Je pense avoir montré, hier, que pour présider la France, il fallait à la fois de l'expérience et de la clarté. Et ça n'a pas été le cas, je le trouve, chez François Hollande dans un certain nombre de cas.

Deuxièmement, j'ai dit : il faut changer vraiment les choses ; et là aussi, je n'ai pas eu de réponses sur certaines questions que je lui ai posées, voire même des divergences d'appréciation avec ce qu'il a dit à Ségolène Royal. Voilà.

Vous l'avez dit, hier soir ; donc, vous le confirmez ce matin : ce n'est pas le débat qui est gênant, avez-vous dit, c'est le flou. Donc, pas clair, flou.Vous avez aussi dit, hier soir : "Mais tu changes d'avis". Il est changeant aussi, François Hollande ?

Ecoutez, moi, ma grand-mère disait : "Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup". Voilà. J'ai donc essayé de mettre le doigt sur certains de ses "loups", hier soir. Par exemple, l'Education nationale. Chacun sait que François Hollande, pendant l'été, pour montrer qu'il était le plus sérieux, il avait dit qu'il était d'accord avec la règle d'or et puis qu'il ne bougerait pas le budget de l'Education nationale. Ensuite, il a annoncé qu'il allait créer 60.000 postes, ce qui me paraît... Il faut créer des postes mais je ne crois pas que ça réponde à la question. Et puis finalement...

... Combien faut-il en créer ?...

Eh bien je vais négocier parce que je sais combien d'argent je veux mettre sur l'Education nationale.

Combien vous voulez en mettre ?

Mais je vais le négocier justement parce que je ne suis pas la Gauche sectaire. Je n'ai pas aimé à ce qu'il reprenne le terme de la Droite pour la CMU, pour les 35 heures, non ! Moi je suis une Gauche forte.

Je reprends l'exemple de l'Education nationale. Donc, il va finalement en créer 60.000 et puis, il nous explique qu'il va les financer en en supprimant 60.000 qui sont ceux qui correspondent au non-redoublement. Bon, voilà c'est un exemple. Il y a un "loup" là-dedans.

Sur les licenciements boursiers ? Ségolène Royal le dit d'ailleurs dans son communiqué, dit : "François Hollande a repris ma proposition d'interdire les licenciements boursiers". Et là, il nous dit : "Non, non ! J'en parlerai".  Les Français ont besoin de savoir aujourd'hui ce qu'il va faire demain.

Je ne reparlerai pas des cumuls des mandats, mais c'est quand même là aussi assez symptomatique de voir que François a fait à l'intérieur du parti parce qu'une campagne sur le non-cumul des mandats ; non il n'est pas d'accord et puis maintenant nous dire que finalement il va peut-être y arriver. Voilà.

Donc, j'ai trouvé qu'il y avait du flou ; et j'ai trouvé aussi que parfois la Gauche que je propose n'est à l'évidence pas la sienne. Par exemple, la fiscalité.

S'il y a du flou et s'il y a du changeant, c'est embêtant s'il est désigné comme un candidat des socialistes. Ce n'est pas terrible pour être candidat à la présidence de la République, d'être flou et changeant ?!

Mais ça c'est aux Français d'apprécier et aux journalistes aussi, puisque les positions, nous les connaissons des uns et des autres. Et moi, c'est pour ça que je pense que je gagnerai dimanche prochain parce que contre Nicolas Sarkozy, je pense qu'il faut avoir une ligne ; et moi, j'ai un avantage par rapport à lui, si je puis dire, c'est que je n'ai pas besoin de changer ma cohérence entre le premier et le second tour. Tout ce que j'ai dit, je l'ai écrit aux Français. Je continue à le défendre de manière extrêmement claire sans changer d'avis. Et je pense que, vous savez, la constance pour moi, c'est un peu aussi la morale en politique.

Donc, vous pensez être désignée Martine Aubry ?

Oui.

Si vous ne l'êtes pas, vous soutiendrez le candidat flou et changeant ?

Ah bien ça, bien sûr, je le soutiendrai...

C'est terrible. Vous comprenez la difficulté qu'on a à comprendre la démarche : flou, changeant !

Non, mais attendez, ou alors il ne faut pas faire de primaires.

Eh bien justement, ça c'est votre responsabilité !
 
Mais on si fait des primaires, c'est pour qu'il y ait un débat. A partir du moment où les Français ont choisi ; moi je suis une démocrate, je ne disais pas, la semaine dernière :" Si Martine fait 27 comme le disent les sondages et moi 45, il ne faut pas qu'elle se présente au second tour". Moi je disais : "La démocratie, c'est 50% + 1".

Si François Hollande a cela - ce que je ne crois pas - , eh bien, je serais la première à faire une campagne parce que je veux que la Gauche gagne....

... Mais vous comprenez ma question ?

... Eh bien oui, mais je le ferais peut-être  changer encore vers moi et sur des positions plus fortes.

D'accord.

Ce qui n'est pas gagné parce que je vois l'exemple de la fiscalité, hier. Dire : je vais faire cette réforme de la fiscalité qui est très compliquée sur laquelle nous sommes tous d'accord. Je vais la faire très, très vite et donc je ne créerai pas une tranche complémentaire à 50% à partir de 100.000 euros par part fiscale, ce que moi je propose, c'est un peu reculer.

Dire sur la retraite, quand je lui pose la question : "Oui, je ferai tout de suite la retraite pour ceux qui ont leurs quarante et un années ; et pour les autres, je repousserai". Moi je vais négocier tout de suite à partir de dimanche avec les syndicats pour que la réforme de la retraite, je puisse la faire immédiatement parce qu'on ne va pas attendre, pour les femmes, par exemple... Il ne m'a pas répondu.

Bien sûr. Vous en avez parlé hier soir.

Voilà. Ou pour les emplois pénibles.

"Gauche sectaire", ça vous a blessé ?

Ah non, ça ne m'a pas blessé, c'est des mots de la Droite. Et ça me gêne toujours quand un homme de Gauche utilise les mots de la Droite. Moi je suis... Il a parlé de "Gauche dure"...

... Que vous avez employé, vous ! C'est un terme que vous avez employé, vous !

Non. Moi j'ai dit "Gauche forte".

Face à une Droite... La semaine dernière, vous avez dit : "Face à une Droite dure, il faut une Gauche dure !"

Non, non ;  il ne faut pas une Gauche molle, il faut une Gauche forte. Non, non, c'est lui qui a répondu, je ne suis pas une Gauche dure.

On en parle parce que "Gauche molle", alors ça c'est vous qui avez...
 
... Oui, oui.

C'est une appellation contrôlée Martine Aubry, "Gauche molle" ! Alors, bien sûr, ça vise François Hollande ; vous ne voulez pas le reconnaître mais bon ! Et François Hollande vous a dit : "Je n'aime pas les manœuvres obliques". Vous manquez de franchise dans ce point du débat ?

Est-ce, que franchement, vous pouvez me poser cette question sérieusement en me regardant dans les yeux comme disait quelqu'un ?

Alors, je vous regarde dans les yeux en vous posant : "Gauche molle", c'est François Hollande ?

J'ai répondu moi, je n'ai pas besoin d'argumenter pour qu'on considère que je ne suis pas la "Gauche molle" ou la "Gauche tiède"...

... Vous voyez ! Vous ne répondez pas à ma question.

Non parce que moi je défends... C'est quoi les primaires ? C'est dire aux Français : "C'est à vous de décider. Les Français sont libres".

Qui est la "Gauche molle" ? François Hollande, tout le monde l'a compris.

Eh bien, si vous voulez...

Pourquoi vous ne voulez pas le dire ?

Eh bien, dites-le !

Mais pourquoi vous ne voulez pas le dire, vous ?   

Mais parce que moi, je ne parle pas des autres. Je qualifie ce que je pense. Je vous ai parlé tout à l'heure des impôts. On pourrait parler du juste échange. François Hollande a toujours été extrêmement réservé. Aujourd'hui, il dit à Arnaud Montebourg : "Je suis pour". Moi je dis très clairement à Arnaud Montebourg, je lui ai dit au téléphone et je lui ai écrit  ; je lui ai dit : "Moi, Arnaud, je te répondrai. Nos vraies cohérences qui ne sont pas de circonstances ; et je te dirai aussi ce sur quoi je ne suis pas d'accord, bon". Par exemple, sur la République nouvelle...

... Vous pensez qu'il appellera à voter pour vous ?

Je n'en sais rien.

Vous n'avez pas de nouvelles ?   

Si, si, je l'ai eu au téléphone. Je lui ai renvoyé ma réponse.

Et vous ne savez pas s'il va se décider pour vous ou pour François  Hollande ?

Je ne sais pas du tout, je ne sais pas du tout. Moi je pense que ... vous savez, il ne faut pas faire de tractations, on est dans des primaires, les Français veulent être libres, ils ne se sont pas laissés avoir  par les sondages, par le matraquage des commentaires autour des sondages. Le seul sondage pour moi qui compte, c'est celui qui dit que je bats Nicolas Sarkozy à 58% ou à 59%.

Ah, il y a des sondages qui sont bons ! Et d'autres qui ne sont pas bons !

Oui parce que ceux-là, on a l'habitude de les faire, ils parlent d'un vrai échantillon, de celui de tous les Français tandis que vous savez bien que ces échantillons sur les primaires, on ne sait pas exactement ce que c'est ; et on l'a vu d'ailleurs  la semaine dernière.

Ségolène Royal a rallié, hier, François Hollande. Vous fait-elle payer, Martine Aubry, la tricherie constatée lors de l'élection du poste de premier secrétaire en novembre 2008 ?

Non, Ségolène Royal sait mieux que quiconque que je n'ai pas triché. Donc, ça ne peut pas être cela.

Elle le disait à l'époque !

Bien sûr. Mais elle le sait mieux que quiconque. Non, je crois que c'est un choix personnel ; et moi, vraiment, je le respecte. Je pense en outre que Ségolène...   

.... Ca vous a déçu quand même  ! Vous ne pouvez pas imaginer... Ce n'est pas une bonne nouvelle pour vous ?

J'ai toujours dit que...   

... S'il faut dire les choses clairement !

J'ai toujours dit que les électeurs étaient libres. Voilà.

Ce n'est pas ma question !

Attendez, je n'ai pas terminé ! J'ai effectivement avec Ségolène Royal défendu avec force des sujets que nous avons en commun, notamment par rapport aux banques, par rapport justement aux licenciements. Même si ma réponse n'était pas la sienne, elle l'a d'ailleurs très bien expliquée, je ne pense pas comme François Hollande qui a dit : on est dans un monde d'argent, donc il faut payer les licenciements, non, moi je pense que les gens veulent garder leur emploi et que quand un licenciement est un licenciement qui ne correspond pas à des difficultés économiques, eh bien il ne doit pas avoir lieu, les gens doivent garder leur emploi.

Une question ?

Voilà. Non, deuxièmement sur la république nouvelle, sur la morale, sur l'indépendance de la Justice, c'est pour ça que Jean-Louis Nadal me soutient, nous étions en proximité. Donc, si cela m'a déçu c'est parce que je pense que nous sommes plus proches et que les gens qui ont voté pour elle sont plus proches de ce que je propose. Je pense que Ségolène a aussi une autre qualité que je lui ai toujours reconnue même quand j'étais en désaccord avec elle sur beaucoup de propositions, c'est qu'elle connaît la réalité du terrain, qu'elle parle des Français et de leurs difficultés. Je pense aux points que nous avons en commun, avec les jeunes, avec les banlieues, etc.

Voilà, nous allons débattre tout à l'heure avec Alain. Est-ce que c'est plié ? Vous répondez : Oui ou Non ? C'est pliée, la primaire ?

Ah non, moi je crois que ce n'est pas plié,

D'accord.

... Moi j'en appelle à tous les Français qui veulent un vrai changement...

... François Hollande peut gagner ou vous, vous pouvez gagner ?

... Pour aller voter dimanche... Les femmes, les jeunes. Voilà.

Vincent Parizot : On aura eu l'avis de Martine Aubry et ensuite, on aura celui d'Alain Duhamel, de Jean-Michel Aphatie et de vous, au 32.10. Est-ce que d'après vous, les jeux sont faits pour dimanche prochain ?

Les carottes sont-elles cuites  ? Eh bien, je réponds "non". Et comme nous ne sommes pas des petits pois dans une boîte Bonduelle, nous sommes différents. Voilà. Et les Français apprécieront !

Pas de publicité, voilà. Martine Aubry était en cuisine ce matin sur RTL. Merci beaucoup
2012 et vous

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Aubry sur Hollande : "Quand c'est flou, il y a un loup !"
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La maire de Lille, candidate à la primaire socialiste, répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Martine Aubry a trouvé qu'il y avait du "flou" chez François Hollande, son adversaire de la primaire, lors du débat qui les ont opposés la veille. "J'ai bien compris qu'il essayait de passer entre les gouttes quand je lui posais un certain nombre de questions", a-t-elle insisté. "Ma grand-mère disait : 'Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup'", a-t-elle poursuivi. "J'ai essayé de mettre le doigt sur certains de ses loups". Martine Aubry a également accusé François Hollande d'avoir employé "des mots de droite" mercredi.
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2011-10-13 11:10:00
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