Manuel Valls : "La Gauche ne gagnera pas en 2012 uniquement sur le rejet du sarkozysme"

Le député-maire socialiste d'Evry (Essonne) répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin à l'occasion de la parution de son livre "Pouvoir" (Stock).

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Le député-maire socialiste d'Evry répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Manuel Valls.

Manuel Valls : Bonjour.

Vous publiez donc un livre aux éditions Stock intitulé "Pouvoir" (pouvoir au singulier). Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Parce que je crois que la Gauche a besoin désormais d'avoir un projet, une alternative crédible à la politique de Nicolas Sarkozy. Les élections régionales, au fond, la victoire de la Gauche, incontestable, la sanction que le Président de la République et la Majorité ont subi, l'abstention massive qui est un signe d'inquiétude, d'une rupture civique, politique entre les élites de ce pays et le peuple, nous oblige...

Absention, au passage, qui a aussi concerné votre électorat...

Je ne dis pas le contraire. Cela a concerné tous les électorats et il est d'autant plus inquiétant que je crois que c'est une volonté très forte des Français, de marquer cette rupture avec les responsables politiques de ce pays et cela depuis longtemps.

Mais les résultats des élections régionales nous donnent donc une responsabilité nouvelle. Je sens d'ailleurs un état d'esprit nouveau et au sein du Parti socialiste et dans la Gauche, mais tout simplement parmi les Français. Ils pensent que nous pouvons demain gouverner, eh bien il faut préparer ce projet. Et nous ne gagnerons pas en 2012 uniquement sur fond de crise politique et sur le rejet du sarkozysme. Donc, il nous faut bâtir un projet qui corresponde à notre époque, et c'est le but, c'est le sens de ce livre.

Donc, il y a beaucoup de réflexions sur le fond dans votre livre, c'est l'essentiel d'ailleurs du livre. Et des réflexions sages. Vous êtes favorable aux 35 heures, à la fiscalité sur le travail, ce n'est pas bien. Vous employez ce terme de flex-sécurité à propos de l'emploi, c'est-à-dire la flexibilité et la sécurité, comme ça personne n'est fâché. Ce n'est pas un peu manque d'audace tout ça ?

J'ai dit que les 35 heures ont touché la compétitivité de notre pays.  Même si elles ont créé de l'emploi, il faut incontestablement les dépasser et que cela soit pour le travail ou pour la retraite, il faut penser le travail tout au long de la vie, et je considère que l'essentiel pour notre pays est de donner la priorité, évidemment à la croissance et à l'emploi en investissant d'abord dans l'économie de la connaissance par la recherche, dans l'innovation, dans la formation, dans l'université, dans l'école parce que c'est sur ce terrain-là que se joue...

Tout le monde est d'accord avec ça ?

Oui, mais tout le monde ne le fait pas et tout le monde ne met pas en œuvre.

Tout le monde dit à peu près la même chose... Au fond, il y a des vastes zones de consensus. On ne voit pas bien, aujourd'hui - peut-être parce que le monde est difficile, parce qu'il n'y a pas 36.000 réponses à apporter - on ne voit pas bien aujourd'hui votre singularité, Manuel Valls ?

Jean-Michel Aphatie, notre monde est marqué par une accélération extraordinaire de changements en matière économique, sociale, culturelle, avec les nouvelles technologies, avec l'ouverture des frontières. Or, les Français n'arrivent plus depuis des années, à penser ces changements en termes positifs et la plupart des évolutions, aujourd'hui  -et les politiques portent leur responsabilité- sont considérées comme des régressions ; d'où cette inquiétude qui existe dans notre pays.

Et moi je crois que la responsabilité du politique est de réconcilier les Français avec le changement ; et je pense qu'avec l'échec de Nicolas Sarkozy, il y a eu l'impuissance de Jacques Chirac parce qu'il ne faisait rien, et il y a l'impuissance de Nicolas Sarkozy, je le décris par ce boudisme. Il n'y a plus de cap, le pays ne s'est pas où il va. Regardez ce qui s'est passé, par exemple, avec la taxe-carbone.

Et donc le rôle de la Gauche, et notamment de ma génération, est de réconcilier les Français avec l'idée de changement, y compris d'optimisme. Nous sommes dans un monde où tout bouge. Toute nation définit sa stratégie, pense avoir son destin. Et donc, la France et l'Europe ne peuvent pas échapper à cette nécessité de changement mais à condition que ce changement soit expliqué, soit juste pour nos compatriotes. Et dans les mesures que les socialistes ou la Gauche proposeront, et dans les propositions que je fais dans ce livre, en matière d'emploi, de croissance, d'assainissement des finances publiques, de réforme de l'école ou des retraites, il y a, croyez-moi, des réponses et des propositions qui sont audacieuses et en même temps qui tiennent compte du réel et de la réalité de notre économie.

On renvoie les auditeurs au livre. Et ils jugeront eux-mêmes. Vous voulez être quoi, Manuel Valls ?
- candidat à la candidature ? ;
- candidat à l'élection présidentielle ? ;
- ou Président de la République ?

Je suis candidat à l'élection présidentielle à travers cette extraordinaire méthode que les socialistes vont mettre en place et qui...

... qui s'appellent les primaires.

Peut-être ne concerneront pas que les socialistes.

... de choisir un candidat.

J'espère qu'elles concerneront aussi les écologistes, mais elles concerneront d'abord, et c'est là l'essentiel, les Français puisque plusieurs millions d'entre eux vont être amenés à choisir notre candidat. Et il s'agira de choisir évidemment une personnalité qui incarne le changement et un projet pour permettre ce changement et cette justice sociale que j'appelle...

Vous vous projetez vraiment comme un candidat ?

Mais le livre de réflexion qui est le mien, est celui de quelqu'un qui a pensé, effectivement, l'exercice du pouvoir. Comment dans ce pays, quand on a 47 ans, quand on est parlementaire, quand on est maire d'une grande ville populaire, quand on est confronté à la réalité, quand on a l'expérience qui est la mienne, on ne pourrait pas penser son destin. On ne pourrait pas imaginer ces responsabilités à la tête de ce pays. De toute façon, la question se pose pour tous les responsables de la Gauche, et notamment les socialistes, nous devons penser de nouveau l'exercice du pouvoir parce que si demain, nous gagnons, nous savons que cela sera difficile et il faut expliquer, avant, comment nous allons faire.

Vous racontez dans votre livre, Manuel Valls, que vous croisant lors de la garden party à l'Elysée, le 14 juillet dernier, Carla Bruni vous a dit : "Battez-le vite (elle parle de son mari), que l'on puisse reprendre une vie normale". Et elle reprend cette idée, aujourd'hui, dans "Le Figaro Magazine" : "J'ai peur que mon mari y laisse sa santé". Est-ce que quand vous lisez ça, quand vous voyez Carla Bruni répéter qu'être Président de la République, c'est "risquer d'y laisser sa santé", vous dites quoi ? Elle a tort de dire ça. C'est une charge très lourde.

Je n'en sais rien ; mais qu'il y ait un doute dans l'esprit de la Majorité, peut-être du Président de la République, et en tout cas des Français sur la capacité de Nicolas Sarkozy à poursuivre après 2012, son action, c'est une réalité, tant la rupture entre Nicolas Sarkozy et les Français est puissante. Et je l'avais déjà analysée...

Ca, c'est pour des raisons politiques.

... Moi, je le dis dans le livre.

Son épouse a l'air de dire que c'est pour des raisons personnelles, des raisons psychologiques, des raisons de santé...

Dans le livre, je dis que je n'en crois rien et que je pense que Nicolas Sarkozy sera quand même le candidat. Mais je crois que ce qui est le plus important, aujourd'hui, c'est de réconcilier les Français avec l'avenir et sur tous les grands sujets qui les concernent : l'avenir, les retraites, l'école, l'emploi. C'est là-dessus que nous devons être audacieux.

Il faut signaler aussi le premier sondage CSA - "Le Parisien" qui donne pour la première fois, Martine Aubry en situation de battre Nicolas Sarkozy !

Mais je me méfie, moi, de tous les sondages, parce qu'en même temps, en 2004 nous avons gagné les élections régionales. Nous n'avons pas gagné la Présidentielle en 2007. Pourquoi ? Parce que nous avons été paresseux sur le plan intellectuel et nous ne pouvons gagner uniquement que si nous sommes audacieux, si nous proposons un projet d'avenir aux Français.

Si un sondage vous donne gagnant, un jour, vous vous en méfierez moins, peut-être ?

Je m'en méfierai tout autant parce que de toute façon, je sais que ce sont les Français qui choisissent et pas les sondages.

Là, ce n'est pas faux. Manuel Valls qui écrit donc, "Pouvoir" aux éditions Stock, était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée.


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2010-03-26 09:01:00