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L'échec de la conférence de Genève sur le racisme

Les déclarations anti-israéliennes du Président iranien Ahmadinedjad ont provoqué le départ de la conférence de Genève sur le racisme des représentants de plusieurs pays européens, dont la France. Fallait-il y aller ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Non, je ne crois pas. D'ailleurs je pense que la méthode qui a été choisie par plusieurs pays européens, comme l'Allemagne, ou l'Italie, ou la Hollande, et naturellement par Barack Obama et la quasi totalité des pays anglo-saxons, je pense que la méthode qui consistait à ne pas y aller, était la meilleure, parce qu'en réalité qu'est-ce qu'on a fait? On y a été, sans y aller, en y allant à moitié, en marchant à reculons, on n'a pas envoyé le ministre des Affaires étrangères, on a envoyé un ambassadeur. L'ambassadeur, on lui avait donné comme instruction, surtout de s'en aller s'il y avait le moindre propos choquant. On savait qu'il y aurait des propos choquants, donc on était sûr qu'il faudrait qu'il s'en aille. Maintenant, on proteste, Nicolas Sarkozy est très mécontent, Bernard Kouchner est furieux, Rama Yade sur notre antenne, il y a quelques minutes, expliquait à quel point elle était choquée. Elle a raison d'être choquée, mais à quoi ça rime de participer à une réunion dont on sait à l'avance comment elle se déroulera, quels seront les propos qui y seront tenus, et qu'on ne pourra jamais obtenir une majorité pour essayer de les rectifier pendant l'ensemble de la conférence.
Il ne faut pas se raconter des histoires, le texte de la conférence, le texte final, il est déjà adopté. Il a fait l'objet de mois, et même d'années, de négociations. On savait ce que chacun voulait. On savait que les Occidentaux voulaient des protections des minorités. On savait que les pays musulmans eux, voulaient des restrictions au droit de critiquer les religions, et voulaient surtout pouvoir fustiger autant qu'ils en avaient envie Israël. Tout ça, ce sont des postures. Et je ne crois pas que dans une période comme celle-ci, c'est en entretenant les postures qu'on fait progresser la cause de ce qu'on essaye de combattre, en l'occurrence le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme, et les droits des minorités.

Cela signifie que les efforts pour limiter le racisme, la xénophobie et l'intolérance sont vains?

Ils ne sont pas toujours vains, heureusement, après tout l'élection de Barack Obama, c'est quand même un beau symbole de ce qu'il y a des choses qui peuvent changer dans des pays significatifs comme les Etats Unis. Et puis en Europe, quand on voit les pays qui auparavant appartenaient à l'empire soviétique, qui aujourd'hui sont en Europe, il est évident que dans tous ces domaines, il y a des progrès considérables qui ont été faits.
Il y a d'ailleurs quelques pays arabes et des pays africains, dans lesquels lentement, partiellement, mais certains progrès ont lieu.
Reste que ce qui est très choquant dans ces affaires de discussions aux Nations Unies, sur des sujets de ce genre, c'est l'hypocrisie générale qui y règne. Les pays qui avaient la charge de préparer les choses, c'était quand même la Libye, le grand pays des droits de l'Homme, comme chacun sait, c'était Cuba, Cuba où comme chacun sait, peuvent s'épanouir toutes les minorités de tous les genres. Et on savait qu'à la tribune, celui qui triompherait serait l'Iran, l'Iran symbole là encore, de la liberté universelle.
Comment est-ce qu'on peut accepter des choses comme ça, surtout dans une période comme la nôtre, où on sait qu'on est dans une grave crise, et que dans des crises de ce genre, il y a toujours des tentations de protectionnisme, de nationalisme, de racisme, de xénophobie, et malheureusement on voit dans beaucoup de pays, y compris dans les pays occidentaux, on voit des travailleurs qui en étant eux-mêmes anxieux sur leur avenir, brusquement essayent d'expliquer que les travailleurs étrangers, après tout, ils n'en ont rien à fiche.

Les Etats européens se sont présentés une fois de plus dans le désordre?

Comme d'habitude. Alors c'est vraiment le paradoxe suprême, puisque s'il y a un sujet sur lequel tous les pays européens sont d'accord, c'est tout ce qui touche au racisme. S'il y a un continent dans lequel on le combat, je ne dis pas que le combat soit toujours un combat triomphant, mais dans lequel on le combat, c'est l'Europe. Et comme d'habitude, on arrive divisé.
On arrive divisé, parce qu'on n'a pas d'institutions, et on continue à faire avancer, à essayer de faire avancer, le camion européen avec un moteur de Vélosolex.

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2009-04-21 07:22:00