Jean-Pierre Raffarin : "Je ne sais pas qui est le chef de la Majorité" (vidéo)

Le sénateur UMP de la Vienne répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Jean-Pierre Raffarin a constaté un "problème d'organisation" au sein de la Majorité, plaidant pour qu'un choix soit fait entre "une Vème République avec un président arbitre" et un "régime présidentiel". Et l'ancien Premier ministre de s'interroger : "Qui est le chef de la Majorité ? Est-ce le président de la République ? Est-ce le Premier ministre ? Est-ce le chef du groupe ? Au fond, nous ne sommes plus dans une pratique traditionnelle de la Vème République".

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Le sénateur UMP de la Vienne répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie Crédits Média : Jean-Michel Aphatie | Durée : | Date :
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Pierre Raffarin.

Jean-Pierre Raffarin : Bonjour, monsieur Aphatie.

Les parlementaires, dont vous-même Jean-Pierre Raffarin, voudraient avoir un peu plus de temps pour évaluer l'impact de la réforme de la taxe professionnelle, que le gouvernement voudrait voir entrer en vigueur dès janvier prochain. Du temps ? "Il n'en est pas question", a dit ici hier matin, François Fillon, l'actuel Premier ministre. Le gouvernement vous mène à la schlague. Jean-Pierre Raffarin, est-ce que vous aimez ça ? 

Il nous mène pas à la schlague, mais il est clair que ce texte devra être modifié par le Parlement.

C'est un mauvais texte ?

Le Parlement ne peut pas accepter un recul de la décentralisation. Ce texte prévoit notamment une transformation de la taxe professionnelle, sans donner aux collectivités territoriales les responsabilités qu'elles sont en droit d'attendre dans un pays qui a mis dans sa Constitution la République décentralisée. Donc, nous modifierons le texte. Nous sommes en train de discuter. Je suis optimiste sur un changement radical de ce texte.

L'histoire parlementaire de la Vème République, c'est le Parlement qui cale devant le gouvernement !

Ecoutez, je pense que nous sommes, aujourd'hui, dans une situation un peu nouvelle. Au fond, s'il y a de la nervosité dans la Majorité c'est d'abord un problème d'organisation. Qui est le chef de la Majorité ? Est-ce le Président de la Pépublique ? Est-ce le Premier ministre ? Est-ce le chef du groupe ? Au fond, nous ne sommes plus dans une pratique traditionnelle de la Vème République.

Excusez-moi ! Vous ne savez pas, vous, Jean-Pierre Raffarin qui est au cœur du système, qui est le chef de la Majorité aujourd'hui ?

C'est ambigu. Il est clair que le Président de la république assume la fonction ; mais institutionnellement, c'est le Premier ministre. Au fond, nous sommes à mi-chemin entre la pratique traditionnelle de la Vème République et le nouveau régime présidentiel. Moi je vous dis que d'ici 2012, il faudra faire le choix. Ou on revient à une Vème république avec un Président arbitre ; ou on va, en 2012, au régime présidentiel - ça veut dire : réduction du mandat à quatre ans du Président de la république, ça veut dire fin du droit de dissolution, ça veut dire le Président au Parlement.

Aujourd'hui, le Président est de fait le leader de la Majorité ; mais il ne peut pas assumer cette responsabilité quotidienne qui en fait le chef de la Majorité. Nous sommes à mi-chemin entre deux systèmes institutionnels, il faudra choisir sans doute le régime présidentiel ; la pratique de Nicolas Sarkozy nous met dans cette situation, aujourd'hui. Il faut en tenir compte.

On va parler de votre interview, sans doute, ce matin sur RTL ; Jean-Pierre Raffarin, vous décrivez une situation de désordre au sommet de l'Etat ?

Je pense qu'il faut mettre un peu d'ordre, en effet, dans la vie de la Majorité présidentielle. Il faut clarifier notre organisation. Je pense que le débat est en partie nerveux, nous sommes à trente mois de la prochaine élection, à trente mois de la dernière élection. Il est clair que ce sont toujours des périodes difficiles ; mais je pense qu'il faut regarder avec une certaine hauteur de vue. Au-delà de la nervosité, il y a une question institutionnelle qui est posée : la Vème république doit évoluer probablement vers le régime présidentiel.

En tout cas, vous qui êtes spécialiste vous décrivez une situation d'affaiblissement considérable du Premier ministre !

Ca, c'est votre interprétation de mes propos. Je reconnais là votre optimisme sur la situation de la Majorité, monsieur Aphatie.

Vous m'auriez dit que vous reconnaissiez là mon acuité en ayant bien décodé vos propos, vous m'auriez fait davantage plaisir, Jean-Pierre Raffarin !

Mais écoutez, dans cette émission, on ne cherche pas forcément ni l'un ni l'autre à se faire plaisir !

On voulait parler de la réforme de la taxe professionnelle, et on en est arrivé à la réforme des institutions.

La taxe professionnelle, il est clair qu'il y aura, au fond, un changement d'assiettes. On avait des assiettes sur cet axe qui étaient traditionnelles. C'était le personnel, la masse salariale et c'étaient les investissements, ce qui était pénalisant. On change l'assiette, ce qui est bien. On prend la valeur ajoutée et on prend l'immobilier.

Ce que je demande, c'est que la valeur ajoutée soit attribuée notamment aux collectivités territoriales de base qui sont les communes. Le maire est, avec le Président de la République, le Français le mieux élu. Il est clair qu'il faut qu'il y ait ce partenariat, cet accompagnement du Président par les maires. C'est - je crois - la meilleure façon de faire fonctionner notre République.

"C'est se foutre du monde !", a dit Alain Juppé à propos de la réforme actuelle. Vous êtes d'accord avec lui ?

Je crois qu'il a regretté le ton de ses propos...

Oui, mais il l'a dit quand même... C'est exceptionnel ! Mais la possible accession de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, fait rire le monde entier. Les médias chinois (vous aimez la Chine, Jean-Pierre Raffarin) ont parlé de cette histoire, c'est pas tous les jours. Ecoutez, au micro de Rémi Sulmont, cet opposant à Omar Bongo. Il s'appelle Grégory Minsta. Il parle de Jean Sarkozy : "Ca me rappelle Omar Bongo qui nommait ses neveux, ses enfants et ses fils directeurs généraux ou ministres alors qu'ils étaient encore sur les bancs de l'université. Je ne savais pas que c'était possible en France !" C'est terrible d'entendre ça...

Ecoutez, franchement, vous avez entendu ce qu'il dit ce monsieur. Il dit : nommer. Et au fond, c'est une élection. Ecoutez, ça, c'est assez extraordinaire. Au fond, par quoi on voudrait remplacer les désignations ? Il n'y pas de désignations plus démocratiques que l'élection.

Est-ce que vous ne défendez pas l'indéfendable, Jean-Pierre Raffarin ?

Franchement, je connais ce garçon. J'ai de l'affection pour lui.

Ce n'est pas lui qui est en cause.

Il a du talent, il a gagné... Vous savez, on critique beaucoup les élections ; et en général, ce sont ceux qui n'ont jamais été candidat qui critiquent les élections. Dans une République, dans une démocratie, il n'y a pas d'autre dignité que l'élection. Et au fond, quelqu'un qui aujourd'hui a une responsabilité et plus il est jeune, plus ça veut dire que notre république est moderne, que notre République est capable d'intégrer des jeunes. Au fond, Jean Sarkozy, je vais vous dire : il est fier de son nom ; et je lui donne raison.

Un jeune homme de 23 ans qui n'a pas terminé ses études et qui va devenir président de ce qui est la plus grande zone d'affaires d'Europe, ça vous paraît vraiment cohérent ?

Ce n'est pas un pouvoir solitaire. Il y a plein de gens très responsables. Il fait partie d'une équipe. Il est clair que l'impulsion à 23 ans c'est très important. Moi je pense qu'il faut rajeunir beaucoup nos équipes politiques. Je pense qu'il faut envoyer au combat politique, des jeunes. Les jeunes représentent aussi la France. Il faut faire en sorte qu'ils puissent s'exprimer ; et ce n'est en aucun cas un  handicap quand on est jeune et élu.

La presse rappelle beaucoup, ces jours-ci, une phrase prêtée à Jacques Chirac : "Les merdes volent toujours en escadrille". Je ne sais pas si vous avez entendu l'ancien Président dire ceci ?

Ah j'en ai entendu plusieurs. Ca a été répété. Oui, cette formule est assez répandue. C'est, en général, assez vrai d'ailleurs.

Il a pu la dire. Alors parmi ces merdes, comme aurait dit Jacques Chirac : l'affaire Mitterrand a-t-elle troublé l'électorat de la Majorité, Jean-Pierre Raffarin ?

Ah franchement, je le pense. De mon point de vue, il y a là une question de fond alors que pour l'affaire Jean Sarkozy, je ne vois pas d'affaire de fond, comme le dit justement Alain Duhamel tout à l'heure, c'est une affaire qui s'est fabriquée artificiellement. Et je vais vous dire...

... L'affaire Mitterrand, alors quel est le fond ? Qu'est-ce qui vous inquiète dans cette affaire ?

Ecoutez, c'est qu'au fond, on arrive dans ce pays à laisser penser que la prostitution est quelque chose dont on peut débattre sans reconnaître au fond la notion de délit. Il ne s'agit pas des comportements de monsieur Mitterrand ; il s'agit des sujets évoqués. Pour les sujets évoqués, il est clair que dans la société française, il y a des divergences importantes. C'est un sujet qui peut diviser. Et au fond, je vais vous dire, moi, quand je vois que nous sommes dans une situation de crise économique, qu'une génération comme la mienne n'a jamais connue, il faut remonter à la première moitié du XXème siècle pour voir autant de dégâts sur le plan de l'emploi, sur le plan des déficits. On est dans une situation internationale très difficile, je pense notamment à l'Iran ; et voilà que notre Opposition fait de l'affaire Mitterrand ou de l'affaire Sarkozy-le fils, un grand débat national. Il faut vraiment que l'Opposition traverse un grand désert intellectuel pour en arriver là.

Frédéric Mitterrand peut rester ministre ?

C'est à lui de l'apprécier ; mais je pense qu'aujourd'hui il n'y a pas délit, donc il n'y a pas de ce point de vue, question posée à la collectivité ; mais comme toujours, les questions éthiques se posent à la personne.

Jean-Pierre Raffarin était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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2009-10-14 11:00:00